Municipales à Strasbourg : pourquoi les écologistes devraient se méfier des sondages

En 2001, les sondages pour les municipales de Strasbourg se sont complètement plantés. / © PELAEZ Julio. MaxPPP
En 2001, les sondages pour les municipales de Strasbourg se sont complètement plantés. / © PELAEZ Julio. MaxPPP

Que valent les enquêtes d’opinion réalisées plusieurs semaines avant le scrutin et auprès d’échantillons relativement faibles ? En remontant le temps, la comparaison avec les résultats finaux est parfois cruelle : les sondages se sont parfois lourdement trompés.
 

Par Renaud Hartzer

A en croire le sondage IFOP-Fiducial pour Sud Radio, paru jeudi 23 février (le premier du genre pour les municipales de Strasbourg), la prochaine maire de Strasbourg s’appellera Jeanne Barseghian, créditée de 40% des voix au second tour, dans une hypothèse de quadrangulaire, avec 32 % pour Alain Fontanel (LREM), 16 % pour Jean-Philippe Vetter (LR), 12 % pour Hombeline du Parc (RN).

Au premier tour, la liste écologiste arriverait également en tête :
 
 

Si un sondage n’est en aucun cas une prédiction de résultat, mais une photographie de l’opinion à un moment donné, le score élevé de la liste EELV à Strasbourg reste "très étonnant" selon Richard Kleinschmager. "Mais la campagne n’a pas vraiment démarré", nuance le politologue. "Les gens se positionnent sur cette idée que la planète va très mal", avec les questions de réchauffement climatique, les incendies en Australie ou actuellement le coronavirus.
 

Jeanne Barseghian bénéficie pour l’instant de "l’aura de l’inconnue"
Richard Kleinschmager, politologue


Autrement dit, les enjeux planétaires l’emportent sur les questions locales. "La question est de savoir si le local va reprendre de l’importance. Généralement, dans les dernières semaines, les questions proprement locales s’imposent, et la campagne se personnalise." Ainsi, Jeanne Barseghian bénéficie pour l’instant de « l’aura de l’inconnue », face à d’autres candidats affichant des kilomètres de politique au compteur comme Alain Fontanel. "Encore devra-t-elle faire ses preuves lorsqu’ il faudra se confronter aux autres candidats", alerte Richard Kleinschmager.

Les sondages d’avant-municipales, réalisés le plus souvent sur des échantillons restreints (608 Strasbourgeois interrogés pour le sondage IFOP), sont donc à manipuler avec prudence.


2001 : le crash sondagier

Si l’on se replonge dans les archives des sondages, la palme du fiasco revient au sondage CSA/DNA, France 3 Alsace, Radio France Alsace du 15 février 2001 qui donne alors Catherine Trautmann largement favorite (créditée de 44 % au premier tour) et vainqueur dans tous les cas de figure face à Fabienne Keller (55 % en duel face à Fabienne Keller 45 % ; 51 % en triangulaire, avec 37 % pour Fabienne Keller, 12 % à Jean-Claude Petitdemange).

Le sondage, pas plus que les observateurs d’ailleurs, n’a vu venir la victoire du tandem Keller-Grossmann. Les résultats sonneront comme une douche encore plus glacée pour la mairie sortante.
 

 

2008 : une fourchette assez proche des résultats

Le spectaculaire crash sondagier de 2001, toujours dans les mémoires, a profondément accru la méfiance à l’égard des sondages ultérieurs, qui pourtant vont se révéler dans l’ensemble relativement fidèles, ou qui tout au moins, indiqueront une fourchette assez proche des résultat finaux.

En 2008, un premier sondage (4 février) se contente d’observer un 50-50 entre la liste Keller et la liste Ries. Mais les deux derniers sondages (6 et 15 février), pressentent la victoire de la liste Ries, toutefois sous-estimée (53% ou 55% pour le candidat PS), alors que l’écart final sera beaucoup plus important.

Résultats 2e tour 2008 
  • Roland Ries (PS) : 58,3 %
  • Fabienne Keller (UMP) : 41,7  %


2014 : sondages et résultats serrés

En 2014, pas moins de 6 sondages vont s’enchaîner entre janvier et mars. Les premiers indiquent une « large victoire » de Roland Ries, placé en tête dès le premier tour et distançant largement son adversaire de droite au second. Les deux derniers sondages (6 et 19 mars) entrevoient un rapprochement des scores, la dernière enquête IPSOS Steria enregistre un coude à coude au second tour Ries 45 %, Keller 45 %, Schaffhauser (FN) 7  %. Le résultat final sera effectivement serré, le maire PS l’emportant avec seulement 1500 voix d’écart sur son adversaire de droite.

Résultats 2e tour 2014
  • Roland Ries (PS) : 47 %
  • Fabienne Keller (UMP) : 45 %
  • Jean-Luc Schaffhauser (FN) : 8 %.

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