Stocamine : les dangereuses opérations de déstockage se terminent à Wittelsheim

Avant de sortir les colis de déchets, il faut consolider les parois. / © S.Gaudry
Avant de sortir les colis de déchets, il faut consolider les parois. / © S.Gaudry

Mission accomplie : Après trois ans et demi de travaux, 95 % des déchets mercuriels enfouis à Wittelsheim ont été destockés. 

Par Stéphane Gaudry

Alain Rollet, le patron de Stocamine, peut respirer. Il a honoré ses engagements vis-à-vis de l’Etat. A savoir déstocker 95 % des déchets mercuriels enfouis à Wittelsheim. Cela représente 2270 tonnes de déchets sur les 44 000 originellement enfouis.

Une tâche difficile

Pour respecter  la mission confiée par le Ministère de l’Environnement, trois ans et demi ont été nécessaires au lieu d’un an et demi programmé au départ. Selon Alain Rollet, la situation dans certains blocs était particulièrement détériorée. Il a donc fallu aller doucement pour sortir 1784 colis à plus de 500 mètres sous terre.

Un travail difficile qui n’a pas empêché  plusieurs accidents, sans gravité. Le plus important s'est produit le 25 août lorsque des billes de mercure se sont répandues au sol dans le bloc 23. Le chantier a été  immédiatement évacué et l’incident n’a pas affecté la santé des personnels.

Sur trois ans et demi, de nombreuses personnes ont été mobilisées : les 25 postes ont vu passer 108 opérateurs différents de l’entreprise allemande Saar Montan. Un turnover qui témoigne de la complexité de la tâche. Les 2270 tonnes de produits déstockés ont pour la plupart été envoyé en fond de mine en Allemagne.


Il reste 42 000 tonnes sous terre. Qu’en faire ? Si pour Alain Rollet, la solution, c’est de confiner ces déchets (pour la plupart inertes) à l’aide de bouchons de béton, pour le collectif Destocamine, il faut en revanche poursuivre le destockage. C’est aussi l’avis des associations Alsace Nature et Consommation logement et cadre de vie (CLCV), ainsi que le conseil régional et le département du Haut-Rhin. Chacun a déposé un recours au tribunal administratif pour faire annuler l'arrêté préfectoral autorisant le confinement des quelque 42.000 tonnes de déchets restants.

Jeudi 9 novembre, Brigitte Klinkert, présidente du Conseil Départemental du Haut-Rhin est attendue pour une visite au fond, en compagnie du député Raphaël Schellenberger (LR). Début novembre, Bruno Fuchs, autre député (MoDem), est aussi descendu.

Si le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a validé la procédure, le collectif Destocamine a écrit à tous les députés pour leur demander la création d'une commission d'enquête. Alors que tous les ministres de l’environnement ont validé le scénario d’un déstockage partiel, le collectif demande la création d’une enquête parlementaire et l’arbitrage du président de la République.

Un déstockage total coûterait entre 309 millions d'euros et 384 millions d'euros, selon le niveau de dégradation annuelle de la mine. Un tel chantier durerait jusqu'en 2028. Pour Alain Rollet, au-delà du coût, et même si l’argent était débloqué pour tout déstocker, cela resterait beaucoup trop dangereux, en raison de grands risques d’effondrement.

Le confinement des déchets

Pour empêcher l’eau de la nappe d’atteindre les déchets restants au fond, les MDPA vont obstruer toutes les galeries d’accès aux blocs de stockage en y coulant des bouchons de béton de 6 mètres de long.  Ces galeries auront préalablement été sur-creusées, pour leur donner une forme ovoïde, qui permettra une répartition homogène des pressions du terrain sur le bouchon, et des capteurs seront ajoutés aux bouchons pour contrôler leur tenue dans le temps.

La résistance à la pression et l’imperméabilité du bétons employé ont déjà été testées en laboratoire, mais deux bouchons-tests grandeur nature sont coulés dans une galerie à l’écart du site de stockage pour vérifier que ce béton conserve ses propriétés en fond de mine, et éprouver par la même occasion deux méthode de construction : béton coulé ou béton projeté.

En outre, les galeries des blocs de stockage vont être obstruées, par du sel gemme ou de béton de moindre qualité, pour limiter les mouvements de terrain, et éviter que ne se créent des fissures dans lesquelles l’eau pourrait cheminer.

Au total, les experts estiment qu’il faudra acheminer en fond de mine pas moins de 130 000 tonnes de béton. Les travaux devraient débuter fin 2018 et s’étaler jusqu’en 2022.

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