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REPLAY. Cahiers et feuilles de vie à Etival-Clairefontaine dans les Vosges, un documentaire sur ceux qui restent

C'est un petit coin de campagne, un village de montagne, dont le nom résonne dans toutes les écoles de France : Etival-Clairefontaine (Vosges). Là, s'y fabriquent des millions de cahiers d'écoliers, dans la papeterie qui fait la fierté de ses habitants. Chronique d'un village vosgien, qui pourrait bien être celle de tous les coins retirés de l'Hexagone.

Ils l'aiment leur usine les Stivaliens. Ils lui doivent leur subsistance, leurs espoirs et leur fierté. Vous pensez bien, grâce à elle, Etival, au cœur des Vosges est connu dans la France entière : de leur papeterie sortent des millions de cahiers d'écoliers, portant le sigle triangulaire au visage de femme stylisé (autrement appelée "la verseuse d'eau"). Ils aiment aussi leur forêt et leur massif, même s'ils sont un peu loin de tout. 

Là, où l'usine est plus centrale que l'église, ils vont, ils viennent, comme le réalisateur Guillaume Cuny, qui a dû partir pour mieux reconnaître sa commune. Et à travers l'histoire de quelques habitants, c'est un peu toute la France rurale et laborieuse que l'on lit.

Voici trois bonnes raisons de voir Papier poésie de Guillaume Cuny en replay.

1. Pour la madeleine de l'écolier que nous avons été

Entre l'odeur de la colle blanche en pot avec sa petite pelle, les traces d'encre au bout des doigts et, pour les plus anciens d'entre nous, les glissades en patins sur le linoléum ciré des salles de classe, reste encore gravé le souvenir des cahiers Clairefontaine. Il y avait les chanceux, qui louaient la douceur du papier aux carreaux Seyès, et les autres qui se hâtaient de couvrir leurs cahiers bon marché sous des protège-cahiers colorés. Une première différence de classe. 

Les habitants d'Etival le savent bien et sont fiers de leur papeterie, qui continue de fournir à des générations d'enfants cahiers à spirale ou à coutures, à gros ou à petits carreaux, petits ou grands formats. Les anciennes ouvrières, comme Annie, se rappellent qu'elles avaient droit à quelques cahiers pour les enfants. De quoi bien démarrer l'école, car, comme la retraitée le dit : "c'est à l'école primaire que tout se joue". Alors quand le matériel est bon, on a peut-être un avantage.

2. Parce que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs 

Les artistes, les chanteurs, les réalisateurs se posent la question. Universelle et individuelle à la fois. Le bonheur se trouve-t-il là où on naît ou là où l'on va ?

Deux jeunes lycéens, descendus de leurs motos près de la place de l'église évoquent bien ce dilemme : "C'est cool ici parce qu'il n'y a pas trop de monde, et il y a de quoi vivre : des forêts, de beaux paysages. On a tout : des médiathèques des boulangeries, des pharmacies, des tacos." Pourquoi donc aller chercher plus loin ce que tu as sous la main ? Pourtant, quand vient la question de l'avenir, il faudra bien partir pour réaliser son rêve de devenir chirurgien "dans un hôpital genre à Epinal ou à Nancy". On est loin, très loin des rêves dubaïotes de quelques influenceurs. Les rêves sont-ils plus petits quand on vit en plein ruralité, aussi prospère soit-elle grâce à son industrie préservée, ou sont-ils à hauteur d'homme, ceux dont les pieds touchent la terre ? 

Aurélien marche en forêt avec son père, ancien garde-champêtre. Aurélien a tout appris de la forêt : les arbres et leurs cycles, il connaît les champignons, les goûteux et les toxiques, il aime pêcher mais manque de temps pour être aussi bon pêcheur que son père.

Il a dû partir loin, faire ses études. "Je ne me suis pas déraciné, dit-il, au contraire je suis plus enraciné que jamais. Dans la vie, il y a un certain nombre de choses qui font qu'on ne peut pas toujours être au même endroit. Au lycée, certains disaient : moi je veux partir le plus loin possible et finalement moi j'habite à côté de chez mes parents. C'est pas mal comme ça."

3. Parce notre destin ne dépend pas seulement de nos choix

Ils ont de la chance, ceux d'Etival, ils ont gardé leur papeterie, propriété de la famille Nusse, qui continue de donner de l'emploi à ses habitants. Ils continuent d'entendre la sirène, qui rythme les changements d'équipes.

A quelques kilomètres de là, à Docelles, la plus vieille papeterie de France construite en 1478, a fermé ses portes en février 2015. Le maire, Christian Tarantola, en conserve un souvenir amer. L'usine faisait aussi la fierté des habitants, et le groupe industriel, qui la détenait alors, a orchestré sa fermeture dans des conditions qu'il qualifie "de sabotage" et "de trahison". L'édile montre la dernière fierté de la commune, quand les friches ont été investies par des artistes graffeurs, mais constate aussi la perte de tout un pan de l'histoire de sa ville, voire de sa région. "160 personnes dehors, enchaîne-t-il, sans compter tout ce qui est à côté. Beaucoup sont partis travailler ailleurs." 

Kilian, l'apprenti papetier dont on suit le parcours, s'est installé à Etival pour y suivre un contrat en alternance à la papeterie. Il attend les résultats de son bac pro et la décision de son employeur. Son histoire, les lignes de sa vie, comme celle de tous les protagonistes du documentaire vont dépendre de ses choix, de ceux des autres et du lieu où il se trouve. Déterminés ? 

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