Pénurie d'eau à Gérardmer : l'eau va être puisée dans le lac, des centaines de truites sauvées

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Écrit par Céline Brégand avec Laura Poli

Alors qu'une pénurie d'eau due à une grande sécheresse menace Gérardmer, la commune a décidé de puiser l'eau dans le lac dès mercredi 3 août. Et avant que le ruisseau du Phény ne se retrouve à sec, plus de 900 truites lacustres ont été sauvées lundi 1er août.

A Gérardmer, dans les Vosges, la sécheresse s'intensifie de jour en jour. Le débit des sources continue de baisser, le niveau des puits de captage diminue de plus en plus, tout comme le niveau du lac. Les cours d'eau environnant sont également touchés. Et la situation pourrait empirer si, comme le laissent craindre les premières prévisions météorologiques, la sécheresse se poursuit en août avec de faibles précipitations et l' afflux de touristes.

La nappe phréatique de Ramberchamp fournit 80% l'eau de la ville et alimente actuellement quatre communes environnantes. Mais son niveau est de plus en plus bas. 19,4 mètres le 18 juillet contre 11,7 mètres le 1er août. "A très court terme, d'ici quelques jours, on ne pourra plus puiser dans cette nappe", explique Stessy Speissmann, le maire de Gérardmer.

Début du pompage du lac de Gérardmer mercredi

"La solution [...], c'est de puiser l'eau dans le lac. On l'a déjà fait il y a quelques années. On va renouveler aujourd'hui cette procédure", annonce l'élu le 1er août au micro de France 3 Lorraine. Cette nouvelle procédure sera mise en place mercredi 3 août dès 8h du matin.

"On va mettre cette eau immédiatement sur le réseau mais comme c'est une nouvelle ressource en eau, il va falloir faire des analyses complémentaires pour la sécurité de toutes et tous. Durant ces analyses, qui risquent de durer au moins 48 heures, l'eau sera déclarée non potable", précise-t-il. Elle pourra cependant être utilisée pour se laver ou tout autre usage qui n'implique pas son ingestion.

Nous sommes persuadés que ces épisodes vont perdurer. Donc si on ne trouve pas de solutions dans le temps, ça va poser de réels problèmes

Stessy Speissmann, maire de Gérardmer

France 3 Lorraine

Le maire de Gérardmer est bien conscient qu'une telle situation risque de se reproduire régulièrement dans les années à venir en raison du dérèglement climatique. "Nous travaillons avec l'agence de l'eau pour trouver des solutions annexes et pour faire un diagnostic territorial évident pour construire la suite", assure Stessy Speissmann. "Tout ce travail est enclenché car nous sommes persuadés que ces épisodes vont perdurer. Donc si on ne trouve pas de solutions dans le temps, ça va poser de réels problèmes", s'inquiète l'édile.

Plus de 930 truites lacustres sauvées

Pomper l'eau d'un lac n'est pas sans conséquence sur la biodiversité. Lundi 1er août au matin, une opération de sauvetage de truites lacustres, une espèce endémique, a été réalisée dans le ruisseau du Phény. Une obligation réglementaire pour la commune. En tout, ce sont 931 truites qui ont pu être pêchées avant d'être relâchées dans la Vologne, en amont du lac de Longemer.

Le ruisseau du Phény constitue la principale zone de reproduction des truites lacustres qui évoluent à Longemer et à Gérardmer. Or, afin que la population de truites lacustres puisse survivre, il est nécessaire que les jeunes truites passent au moins deux étés dans les eaux de ce ruisseau.

"Le relargage des eaux du lac qui est fait par la commune de Gérardmer va être stoppé puisque cette eau va être réinjectée dans le réseau d'alimentation en eau potable. Donc le ruisseau va se retrouver à sec", explique Christophe Hazemann, directeur de la fédération de la pêche des Vosges, intervenu gracieusement lundi matin avec 13 collègues pour ce sauvetage.

Une meilleure anticipation réclamée par la fédération de la pêche

Si une telle action fait partie des missions d'intérêt général de l'association, "c'est la première fois" qu'elle doit "intervenir sur ce type de situation sur la partie avale d'un ruisseau, qui est censée être tout le temps en eau", expose Christophe Hazemann.

Le pêcheur ne cache pas son agacement. "C'est la première et dernière fois qu'on fait ça, on va demander à la commune de mettre en place un dispositif. Il y aurait eu une anticipation et une pompe suffisamment grande, on aurait pu maintenir en eau la partie avale du ruisseau tout en permettant le pompage", estime le directeur de la fédération de pêche.

Actuellement, les réserves en eau potable de 16 communes des Vosges sont inquiétantes. En juillet, le niveau d'alerte sécheresse "renforcée" a été déclaré pour les bassins de Moselle amont et Meurthe-et-Moselle, avant d'être prolongé sur tous les bassins du département par le préfet fin juillet. Ce niveau d'alerte implique de réduire tous les prélèvements d'eau, et de réduire ceux destinés à un usage agricole.