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600 ans d'Azincourt : comment la France s'est finalement relevée de cette débâcle

Malgré l'humiliante défaite d'Azincourt le 25 octobre 1415, la France est parvenue à remporter la Guerre de Cent Ans et à bouter les Anglais hors de son territoire. Comment un tel redressement a-t-il été possible ? 
Si Jeanne d'Arc symbole le redressement français après la débâcle d'Azincourt, son épopée n'en a été qu'un épisode.
Si Jeanne d'Arc symbole le redressement français après la débâcle d'Azincourt, son épopée n'en a été qu'un épisode. © Wikicommons
La bataille d'Azincourt est un désastre total pour la France. Une grande partie de son élite a été tuée ou capturée par les Anglais lors de cette funeste journée où plus de 6000 combattants ont péri. Le roi d'Angleterre Henry V ne va pourtant pas tirer immédiatement profit de son triomphe. A l'issue des combats, il repart vers Calais où il rembarque avec ses troupes, son butin et ses prisonniers parmi lesquels le neveu du roi de France, le duc Charles d'Orléans. Au lieu de se rassembler pour prendre leur revanche sur les Anglais, les seigneurs français qui ont échappé au désastre reprennent aussitôt leur lutte intestine. Le duc de Bourgogne, Jean Sans Peur, qui s'est tenu à l'écart de la bataille, considère que cette défaite est la responsabilité de ses ennemis orléanais - qu'on surnomme aussi les "Armagnacs"- bien qu'il ait perdu lui aussi nombre de ses vassaux et de ses capitaines picards et artésiens.

La France sous occupation anglaise entre 1420 et 1435.
La France sous occupation anglaise entre 1420 et 1435. © WIkipédia

En l'absence du duc d'Orléans captif, le comte Bernard VII d'Armagnac​, puissant seigneur du sud-ouest,​ devient le nouveau chef de cette faction presqu'entièrement décimée lors de la bataille d'Azincourt. Fin 1415, le roi Charles VI lui confie l'épée de connétable qui fait de lui le nouveau chef militaire du royaume. Il tient Paris mais ses méthodes brutales et sa politique fiscale vont rapidement le rendre impopulaire dans la capitale. Le 12 juin 1418, une insurrection éclate : Bernard d'Armagnac et plusieurs de ses partisans sont sauvagement assassinés. Les Parisiens ouvrent les portes aux troupes du duc de Bourgogne. Au même moment, les Anglais mettent la Normandie à feu et à sang. Henry V est revenu en force en 1417 finir le travail entamé deux ans plus tôt. Le chaos est total mais la France va se relever progressivement en plusieurs étapes. Mais il faudra du temps.

1418 : le Dauphin Charles entre en résistance        

Lors de l'insurrection parisienne de 1418, le Dauphin Charles a pu être exfiltré in extremis par le prévôt Tanneguy du Chastel, l'un des derniers survivants du camp armagnac. Cet adolescent de 15 ans n'était que le onzième enfant du roi Charles VI. Mais les morts successives de tous ses frères aînés en ont fait en 1417 l'héritier du royaume. Son père n'ayant plus toute sa tête, il a été nommé régent, malgré son jeune âge, et s'est brouillé avec sa mère, la reine Isabeau de Bavière, qui s'est ralliée, du coup, au duc de Bourgogne Jean Sans Peur. Après sa fuite de Paris, il se réfugie à Bourges, au côtés de sa belle-mère Yolande d'Aragon qui l'aide à organiser son propre gouvernement. Le duc de Bourgogne tente de convaincre le Dauphin de revenir à Paris. Une entrevue est organisée le 10 septembre 1419 sur le pont de Montereau mais les esprits s'échauffent : Tanneguy du Chastel abat Jean Sans Peur d'un coup de hache sous les yeux du jeune Charles.
Le traité de Troyes de 1420 offre la France à l'Angleterre.
Le traité de Troyes de 1420 offre la France à l'Angleterre. © Archives Nationales

Fou de rage, le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, devient le plus farouche ennemi du Dauphin et s'allie par vengeance aux Anglais qui, après avoir conquis la Normandie, menacent désormais Paris. Contrairement à son père Jean Sans Peur, il se désintéresse de la France et souhaite faire de son riche duché un état autonome qu'il cherche à étendre jusqu'en Hollande. Le 21 mai 1420, il ratifie le traité de Troyes qui reconnaît Henry V comme héritier du royaume de France. Le roi d'Angleterre épouse Catherine de Valois, fille de Charles VI. Mais il doit attendre la mort de ce dernier pour coiffer sa seconde couronne. En décembre, il fait son entrée triomphale dans Paris. Les Anglais sont maîtres du nord-ouest du pays, de la Bretagne à la Champagne, en passant par la Normandie et la Picardie. Sans oublier Calais et l'Aquitaine qui appartenaient déjà à l'Angleterre. Le traité de Troyes déshérite le "soit-disant Dauphin" Charles, faisant de lui un criminel et un renégat.

1421 : des renforts écossais arrivent

Déshérité et même accusé de bâtardise (il serait selon la rumeur le fils illégitime d'Isabeau de Bavière et du duc Louis d'Orléans assassiné en 1407), le Dauphin Charles ne reconnaît pas le traité de Troyes et ne désarme pas. Ses partisans se sont regroupés au sud de la Loire et détiennent encore quelques enclaves autour de Paris. Mais il manque encore d'argent pour lever une armée capable de contrer les Anglais. En 1421, il reçoit le soutien de l'Ecosse​, alliée historique de la France et autre "ennemie héréditaire" de l'Angleterre. Le comte de Buchan, John Stuart, débarque à La Rochelle, avec 3000 à 5000 hommes déterminés à en découdre, dont plusieurs archers.

John Stuart, comte de Buchan, peint en 1835.
John Stuart, comte de Buchan, peint en 1835. © Wikicommons


Le 22 mars, les troupes franco-écossaises repoussent une attaque de la cavalerie anglaise lors de la bataille de Baugé,
près d'Angers. Le duc de Clarence, Thomas de Lancastre, frère d'Henry V, est tué, privant l'Angleterre d'un de ses meilleurs commandants. Ce glorieux fait d'armes conduira le Dauphin à désigner John Stuart connétable de France et à lui attribuer le comté d'Evreux. Mais le vaillant comte de Buchan sera tué le 17 août 1424 lors de la terrible bataille de Verneuil, en Normandie, qui verra cette fois la victoire des Anglais conduits par le duc de Bedford, autre frère d'Henry V. Une partie du contingent écossais sera massacrée.

1422 : la mort d'Henry V

Avec le traité de Troyes, le vainqueur d'Azincourt a presque accompli le rêve de son arrière grand-père Edouard III, qui le premier, revendiqua le trône de France. Mais le 31 août 1422, Henry V meurt de dysenterie au château de Vincennes avant même d'avoir pu porter cette couronne tant désirée. Deux mois plus tard, Charles VI succombe lui aussi. En vertu du traité de Troyes, le nouveau roi d'Angleterre et de France est Henry VI, fils d'Henry V et de Catherine de Valois. Mais il ne s'agit que d'un bébé de 10 mois...

Avant de mourir, Henry V a remis la régence de la France à son frère Jean de Lancastre, duc de Bedford. L'Angleterre a été confiée à son autre frère, Humphrey, duc de Gloucester, et à son oncle, Henry Beaufort, évêque de Winchester. Bedford et Gloucester se jalousent. Autant le premier est un homme avisé, autant le second est d'un tempérament impulsif et imprévisible. Alors que Bedford cherche à consolider l'alliance avec les Bourguignons en épousant Anne de Bourgogne, soeur du duc, Gloucester va la mettre en péril.

1424 : l'alliance anglo-bourguignonne se fissure

En 1424, Humphrey de Gloucester intervient, contre l'avis de Bedford, dans le conflit de succession du Hainaut qui oppose Jacqueline de Bavière au duc de Bourgogne. Cette jeune femme a hérité en 1418 des comtés du Hainaut, de Hollande et de Zélande, alors qu'elle avait 14 ans. Mais elle a été mariée de force à Jean de Bougogne, jeune duc de Brabant, cousin de Philippe le Bon. Les Bourguignons espéraient ainsi étendre à terme leurs territoires. En conflit permanent avec son époux, elle se réfugie en Angleterre en 1422 et épouse l'année suivante... Humphrey de Gloucester alors que son premier mariage n'a pas été annulé.

Portrait d'Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, dans "le Recueil d'Arras".
Portrait d'Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, dans "le Recueil d'Arras". © Bibliothèque municipale d'Arras

Jacqueline souhaite reprendre la main sur ses terres et reçoit le soutien militaire de son nouvel époux anglais dans ce qu'on a appelé "la Guerre des Hameçons et des Cabillauds". Des troupes anglaises viennent combattre les Bourguignons en janvier 1426 lors de la bataille de Brouwershaven mais subissent une cuisante défaite. Gloucester se brouille alors avec Jacqueline de Bavière et retourne en Angleterre où il s'est entiché d'une nouvelle compagne, Eléonore Combham. Après la mort précoce de Jean de Brabant, Philippe le Bon hérite en 1428 du Hainaut, de la Hollande et de la Zélande. L'alliance anglo-bourguignonne a survécu mais la confiance entre les deux partenaires s'est détériorée.

1429 : le siège d'Orléans et l'épopée de Jeanne d'Arc

A la mort de son père en 1422, le Dauphin s'est proclamé roi de France sous le nom de Charles VII mais il n'a pas reçu les sacrements à la cathédrale de Reims, comme le veut la tradition. En 1428, après 10 ans de lutte, ses positions sur la Loire sont encore sous la menace des Anglais qui ont entrepris le siège d'Orléans. Charles VII reçoit alors le soutien quasi-providentiel d'une mystérieuse pucelle nommée Jeanne d'Arc. Cette jeune Lorraine d'à peine 16 ans est venue à sa rencontre à Chinon en février 1429. Elle se dit "l'envoyée de Dieu" et promet la libération d'Orléans, de Paris, le sacre du roi à Reims et la libération de son cousin, Charles d'Orléans, capturé à Azincourt.  

Jeann d'Arc au siège d'Orléans.
Jeann d'Arc au siège d'Orléans. © Wikicommons

Envoyée à Orléans, sa présence va galvaniser les troupes qui parviennent à repousser les Anglais le 8 mai 1429. Dans la foulée, les Français remportent une série d'éclatantes victoires à Jargeau (11-12 juin), Meung-sur-Loire (14 juin), Beaugency (15 juin) et surtout à Patay (18 juin), une bataille qu'on surnommera "la revanche d'Azincourt". Aux côtés de Jeanne, des solides capitaines s'illustrent dans les combats : les Gascons Etienne de Vignolles, dit la "Hire", et Jean Poton de Xaintrailles, le connétable breton Arthur de Richemont (fait prisonner à Azincourt et libéré en 1422), le Normand Jean II d'Alençon (dont le père a été tué à Azincourt) et "le Bâtard d'Orléans", Jean de Dunois, demi-frère du duc Charles détenu en Angleterre. Avec ses compagnons, la mystique Pucelle parvient à conduire Charles VII à travers les lignes anglaises jusqu'à Reims pour son sacrement le 17 juillet 1429. Alors que dans l'opinion, la débâcle d'Azincourt relevait de la punition divine, l'épopée de Jeanne d'Arc ramène Dieu du côté des Français. Beaucoup croient au miracle. Mais pour la jeune femme, la belle histoire se termine brutalement lors du siège de Compiègne en mai 1430. Capturée par les Bourguignons, elle est vendue aux Anglais, jugée à Rouen et placée sur le bûcher le 30 mai 1431.

1435 : mort de Bedford et réconciliation franco-bourguignonne    

Vingt ans après Azincourt, le mois de septembre 1435 marque un tournant décisif dans la guerre. Le 14, Jean de Bedford meurt subitement à Rouen. Fin diplomate et brillant tacticien, il avait su reprendre le flambeau de son frère Henry V et imposer son autorité. A sa mort, il laisse sur le trône un Henry VI encore mineur, livré aux ambitions  dévorantes de son entourage. Son oncle et son grand-oncle, Humphrey de Gloucester et le cardinal Henri Beaufort, se disputent le pouvoir. Le premier veut continuer la guerre alors que le second préférerait négocier une trêve. Après deux décennies de conflit, l'Angleterre ne parvient plus à assumer financièrement et militairement l'occupation de la France. La violence de la colonisation et les nombreuses exactions de ses troupes ont renforcé le camp de la "résistance", incarné par Charles VII, qui regagne du terrain.

Jean de Lancastre, duc de Bedford, représenté à gauche dans le "Livre des Heures de Bedford".
Jean de Lancastre, duc de Bedford, représenté à gauche dans le "Livre des Heures de Bedford". © Wikicommons

Une semaine à peine après la mort de Bedford, l'alliance anglo-bourguignonne, dont il était l'un des principaux garants, vole en éclat. Phillippe le Bon a accepté de renouer le dialogue avec son vieil ennemi Charles VII. Le 21 septembre, le traité d'Arras, célébré en l'église Saint-Vaast, met officiellement fin à la guerre entre Armagnacs et Bourguignons. Le duc de Bourgogne accepte de reconnaître Charles VII comme le seul et unique roi de France, en échange de plusieurs concessions de son rival : Charles VII fait amende honorable pour le meurtre de Jean Sans Peur et cède à son cousin plusieurs villes de la Somme, ainsi que les comtés d'Auxerre et de Mâcon. Le traité de Troyes devient ainsi caduc. Les troupes bourguignonnes viennent aussitôt renforcer celles d'Arthur de Richemont qui assiègent Paris. Charles VII fait savoir qu'il pardonnera à tous ceux qui ont collaboré avec l'occupant. En 1436, les Parisiens se retournent contre les Anglais et ouvrent les portes de la capitale aux troupes du roi de France. Le 17 avril, la dernière garnison anglaise quitte Paris sous les huées de la foule pour rejoindre la Normandie. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, entreprend le siège de Calais mais il est repoussé par les hommes d'Humphrey de Gloucester.


1439 : Charles VII réorganise son armée

Le roi de France fait son entrée à Paris le 12 novembre 1437. De retour dans la capitale après 19 ans d'absence, Charles VII va s'atteler à réformer son royaume pour en finir définitivement avec l'occupation anglaise. En 1436, il a nommé Jacques Coeur "Grand Argentier pour redresser les finances. En 1439, il met en place un impôt permanent pour payer une armée régulière. La bataille d'Azincourt en 1415 a montré les difficultés à mobiliser des troupes en temps et en heure. Chaque grand seigneur avait jusqu'ici la responsabilité de former localement ses propres troupes pour les conduire ensuite à la guerre. Il a fallu parfois faire appel à des mercenaires étrangers qui, une fois démobilisés, se livraient aux pillages, allant même jusqu'à s'organiser en "grandes compagnies" pour semer la terreur.

Portrait du roi Charles VII.
Portrait du roi Charles VII. © Wikicommons

A partir de 1445, l'armée royale se divise en 15 compagnies, composées elles-mêmes de 100 lances qui comprennent chacune un homme d'armes, deux archers, un coutilier, un valet et un page. Charles VII crée le statut des "franc-archers" qu'il dispense d'impôt en échange de leurs services. Trente ans après Azincourt, les hommes de trait sont aussi nombreux côté français que côté anglais. L'autre grande réforme initiée par Charles VII concerne le développement de l'artillerie à poudre. Il en confie la responsabilité à deux frères, Jean et Gaspard Bureau qui généralisent l'usage des canons sur les champs de bataille pour disperser les archers adverses. Ils seront les grands artisans de la victoire finale.     

1440 : le dernier prisonnier d'Azincourt est libéré

Le duc Charles d'Orléans a été détenu 25 années par les Anglais. Il est le dernier prisonnier d'Azincourt. A sa libération, le jeune feu-follet qui s'était précipité en première ligne lors de la bataille est un devenu homme mûr et assagi de 46 ans qui a passé sa longue captivité à écrire des poèmes et des chansons. Les Anglais avaient fixé sa rançon à 220 000 écus d'or, une somme exorbitante. Sur son lit de mort, Henry V avait ordonné que ce potentiel prétendant au trône ne soit jamais libéré. Désespéré, se sentant abandonné par son cousin Charles VII, il avait fini par reconnaître Henry VI comme roi de France en 1433. Par l'intermédiaire d'un barbier lillois, Jean Canet, il était entré en contact avec le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, fils de l'assassin son père, Louis d'Orléans, en 1407. Les deux hommes échangèrent une abondante correspondance et devinrent amis, au point que le duc de Bourgogne accepta de solder sa rançon ramenée à 120 000 écus.

Le duc Charles d'Orléans après son retour en France.
Le duc Charles d'Orléans après son retour en France. © Wikicommons

En février 1440, Charles d'Orléans accoste à Oye (aujourd'hui Oye-Plage) et foule de nouveau le sol français en homme libre. Il retrouve Philippe le Bon à Gravelines dans les accolades et les embrassades. Le duc de Bourgogne le lie à sa nièce, Marie de Clèves. Fêté en héros, le duc d'Orléans s'offre une tournée triomphale. Il est reçu en grandes pompes à Gand, Bruges, Tournai, Valenciennes, Cambrai, Saint-Quentin, Compiègne, Senlis et Paris. Charles VII en prend ombrage et voit d'un mauvais oeil le retour de cet encombrant cousin qui pourrait se poser en rival. Quand il rentre chez lui, au château de Blois, Charles d'Orléans est victime d'une tentative d'empoisonnement. Le coupable est un écuyer qui sera jeté dans la Loire. Mais le duc interprète ça comme un avertissement et, après tant d'épreuves, décide de se mettre définitivement en retrait de la vie politique jusqu'à sa mort en 1465. En 1498, après le décès sans héritier de Charles VIII, petit-fils de Charles VII, le fils de Charles d'Orléans deviendra roi de France sous le nom de Louis XII.

1447 : morts de Gloucester et Beaufort

Le roi d'Angleterre Henry VI est désormais adulte, mais comme son grand-père Charles VI, il n'a pas toutes ses facultés mentales. Aussi pieux qu'inoffensif, il peut rester des heures voire des jours totalement prostré, le regard dans le vide. A sa cour, tous les coups semblent permis pour exercer sa tutelle et gouverner le royaume à sa place. En 1441, sa tante, Eléonore Cobham, seconde épouse d'Humphrey de Gloucester, est arrêtée pour sorcellerie et nécromancie. Elle aurait consulté des astrologues qui lui auraient annoncé qu'Henry VI contracterait une maladie fatale, ce qui ferait de son mari, dernier frère encore en vie d'Henry V, le nouveau roi d'Angleterre. Sa condamnation et son emprisonnement contraignent Gloucester à se retirer de la vie publique. Le 20 février 1447, son grand rival, le cardinal Henri Beaufort, et son allié, William de la Pole, duc de Suffolk, ordonnent son arrestation pour trahison. Le turbulent Humphrey, vétéran de la bataille d'Azincourt, meurt trois jours plus tard dans sa geôle de Bury Saint-Edmunds​, probablement empoisonné.  

L'exécution de William de la Pole en 1450.
L'exécution de William de la Pole en 1450. © Wikicommons

Le cardinal Beaufort succombe à son tour le 11 avril 1447. William de la Pole devient le nouvel homme fort du royaume. Promu chambellan et amiral d'Angleterre par Henry VI, le duc de Suffolk a de nombreux ennemis. Capturé à bataille de Jargeau en 1429 puis libéré 3 ans plus tard, certains le soupçonnent de n'avoir jamais payé sa rançon et d'être un "agent double" à la solde des Français. Il a été un des geôliers de Charles d'Orléans, avec lequel il s'est lié d'amitié, et aurait eu des rencontres secrètes avec son demi-frère, Dunois, pour planifier une invasion française de l'Angleterre. Plus concrètement, de la Pole a négocié une trêve avec la France, à Tours, en 1444 et oeuvré pour qu'Henry VI épouse en 1445 une princesse française, Marguerite d'Anjou, cousine de Charles VII. Mais il a surtout accepté, dans le cadre de ses accords, de céder le Maine et l'Anjou aux Français, ce qui lui vaut l'hostilité du puissant duc d'York, Richard Platagenêt, et du duc de Somerset, Edmond Beaufort. Lorsque la France rompt la trêve de Tours en 1449 et chasse les Anglais de Normandie, William de la Pole est un bouc-émissaire tout désigné. Le 28 janvier 1450, il est arrêté pour trahison et condamné à 5 ans d'exil. Alors qu'il navigue vers Calais, son bateau est intercepté. Le duc de Suffolk est décapité. Son corps sera retrouvé, échoué sur la plage de Douvres.
   

1453 : l'Angleterre perd l'Aquitaine

Minée par ces luttes intestines et chassée de Normandie, l'Angleterre tente encore de conserver ce qu'il lui reste de  territoires français, notamment l'Aquitaine (ou Guyenne), très importante économiquement en raison du commerce de vin. Bordeaux tombe en 1451 mais les Français sont mal accueillis par une population globalement pro-anglaise. Henry VI envoie alors le vétéran John Talbot et 3000 hommes reprendre la ville. Les garnisons françaises s'enfuient. Le 17 juillet 1453, le vieux capitaine, qui a reçu de nombreux renforts anglais et gascons, engage une offensive à Castillon, près de Libourne, le long de la Dordogne. Mais Talbot et son armée sont anéantis par la puissante artillerie déployée par les frères Bureau (300 canons et bombardes) et la charge massive de la cavalerie bretonne. Ironie de l'histoire, le chef de guerre anglais, coincé sous son cheval, est achevé par un archer français. La revanche d'Azincourt est définitive.

La mort de Talbot à Castillon représentée au XIXe siècle.
La mort de Talbot à Castillon représentée au XIXe siècle. © Wikicommons

L'annexion rêvée par Henry V n'est plus qu'une lointaine chimère. Le 9 octobre 1453, un traité, signé au château de Montferrand, cède l'Aquitaine au royaume de France. L'Angleterre a perdu la Guerre de Cent Ans.  Elle n'a plus un seul territoire en France, à l'exception de Calais qui ne sera reprise qu'en 1558. A l'annonce de la défaite de Castillon, le roi Henry VI bascule dans la folie laissant ses lords régler leurs comptes dans une sanglante guerre civile, "la Guerre des deux Roses", qui lui coûtera sa couronne en 1461 et la vie dix ans plus tard. En juillet 1475, son successeur Edouard IV débarquera à Calais à la tête d'une armée encore plus grande que celle d'Henry V pour revendiquer à son tour la couronne de France. Mais il s'agira surtout d'une démonstration de force visant  à soutenir son beau-frère et allié, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire (fils de Philippe le Bon), face au roi de France Louis XI (fils de Charles VII). Mais ce dernier parviendra à soudoyer le roi d'Angleterre, obtenant son retrait en échange du versement d'une pension annuelle de 50 000 écus d'or, une somme considérable à l'époque. Le 29 août 1475, le traité de Picquigny entérinera cet accord et mettra véritablement fin - de façon assez peu chevaleresque - à la Guerre de Cent Ans. Il faudra toutefois attendre 1802 pour que les rois d'Angleterre retirent la fleur de lys de leur blason et renoncent définitivement au titre de roi de France.
A lire
VALERIE TOUREILLE "Le drame d'Azincourt, Histoire d'une étrange défaite"

THEO, NICOLAS JARRY, FRANCE RICHEMOND "Le Trône d'Argile" (série en bande-dessinée racontant la reconquête menée par Charles VII à partir de 1418 / 6 tomes parus à ce jour)  
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