Crise de l'hôpital public : ces infirmiers des Hauts-de-France qui font le choix de travailler en Belgique

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Écrit par Yacha Hajzler et Vincent Dupire

Meilleure rémunération, conditions de travail plus valorisantes, rythme moins soutenu... Face à la crise dans laquelle s'enfonce l'hôpital public français, de plus en plus d'infirmiers des Hauts-de-France font le choix d'aller travailler dans la Belgique voisine, bien plus attractive.

En France et dans la région, la crise de l'hôpital public est avérée : en avril, le centre hospitalier de Roubaix déclenchait un plan blanc qui, pour la toute première fois de son histoire, était dû à un manque de personnel. Les professionnels du corps infirmier, notamment, font défaut. A l'hôpital de Roubaix, 10% de l'effectif manque à l'appel. A Tourcoing, Douai, ou Amiens, on fait le même constat : "On est loin de vendre du rêve aux jeunes en formation aide-soignant ou infirmier. Quand ils voient ce job où on est rappelé tout le temps sur ses jours repos, où tout le monde est épuisé, ils partent en courant", regrette Virgile Rodrigues-Martins, du FO Santé de l'hôpital picard. 

De plus en plus, les étudiants infirmiers des Hauts-de-France se tournent vers la Belgique voisine, et ce dès les études. Selon le site spécialisé ActuSoins, entre 60% et 75% des étudiants sont français dans certaines écoles de Wallonie, massivement arrivés des Hauts-de-France. Depuis 2020, le mouvement s'amplifie alors que la crise française de l'hôpital public s'aggrave, mais le phénomène n'est pas si nouveau.

"Une façon de prendre en charge le patient" plus complète, et appréciée

Adrien Froment, infirmier, est brièvement passé au CHU de Lille après ses études, mais il a été formé et travaille depuis 12 ans en Belgique. A l'hôpital de Tournai où il exerce, un soignant sur quatre est français. Adrien Froment vit à Lesquin, mais, chaque jour, il n'hésite pas à parcourir 60 kilomètres pour exercer de l'autre côté de la frontière. Sa première motivation, ce sont les conditions d'exercice et l'organisation du travail. "C'est une façon de prendre en charge le patient de A à Z aussi bien pour faire sa toilette, pour visualiser les plaies, faire sa prise de sang et réaliser l'ensemble des traitements. C'est un peu plus sectorisé en France" explique le professionnel de santé. Un tableau loin de la surcharge chronique de travail qui a cours dans l'hexagone.

Justine Florecq, également infirmière à l'hôpital de Tournai, est domiciliée près de Lens. Malgré ses 100km journaliers, l'augmentation du prix de l'essence et les promesses du Ségur de la santé, elle ne se voit pas retourner travailler en France. "Il faudrait plus de moyens, augmenter les salaires davantage et améliorer les conditions de travail. C'est de ça que les collègues infirmiers se plaignent le plus, finalement, à l'hôpital français."

300 euros de différence dès l'embauche : une Belgique attractive

L'autre avantage est économique. Avec son statut de travailleur frontalier, Adrien Froment bénéficie d'une fiscalité avantageuse, et de primes qui rendent son salaire bien plus attractif qu'en France : une prime de congés payés, une prime d'attractivité, et une prime de fin d'année. A l'arrivée, il y a un salaire de 3500 euros net, qui fait rêver en France, où les professionnels du corps infirmières sont parmi les moins bien payés de l'OCDE. Ils arrivent à la 23ème place du classement des 29 plus grandes puissances économiques occidentales.

L'arrivée des soignants transfrontaliers n'effraie pas la Belgique, bien au contraire : là aussi, depuis la crise du covid-19, on recherche du personnel. Alors, les hôpitaux mettent tout en oeuvre pour être attractifs dès le recrutement. "On a des salaires autour de 1800 euros net en France, et on commence en Belgique à 2100 euros net" clarifie Vincent Loncke, infirmier chef des urgences de Tournai. Chez nous, l'éclaircie ne semble pas prévu pour tout de suite : les propositions de la mission flash sur les urgences, toutes retenues par la Première ministre Elisabeth Borne, sont très sévèrement critiquées par les soignants, qui anticipent une "casse" encore aggravée de l'hôpital public.