"Il faut absolument se lancer dans la lutte contre cette bestiole". Face aux frelons asiatiques, le combat continue pour les apiculteurs

Il y a vingt ans, le frelon asiatique faisait son apparition en France. Depuis, il détruit la biodiversité et reste une menace pour la santé humaine. À Cappelle-en-Pévèle (Nord), des élèves apiculteurs apprennent dès leur première année à protéger leurs ruches. L'enjeu : éviter la prolifération des frelons en capturant les reines fondatrices.

Depuis son arrivée dans l'hexagone en 2004, la présence du frelon asiatique s'intensifie en France. On en trouve maintenant sur l'ensemble du territoire à l'exception de la Corse. Dans le Pas-de-Calais, par exemple, l'activité des sapeurs-pompiers liée aux frelons asiatiques a doublé en 2022 par rapport à l'année précédente.

Une espèce nuisible et invasive

L'insecte est reconnaissable grâce à ses pattes jaune orangé et son corps plus foncé que son homologue européen. Comme il se nourrit essentiellement d'abeilles et de miel, il peut détruire des ruchers entiers. "Une colonie mange environ entre 7 et 11 kg d'insectes en tout genre par an", indique Aurélie Roche, vice-présidente des Ruches communautaires.

Le frelon asiatique représente un danger pour l'ensemble de la biodiversité, l'humain ne fait pas exception. "Ça peut aller jusqu'à 10 piqûres par insecte, sachant qu'il y a environ 2 000 insectes par nid, ça peut-être mortel", explique Benjamin Dumoulin de l'association Abeilles en Pévèle. De la destruction des ruches à la baisse des rendements, le frelon engendre aussi des conséquences économiques pour tout ce secteur de l'agriculture. "On veut sensibiliser le maximum d'apiculteurs, heureusement les politiques sont avec nous et nous aident financièrement", poursuit Benjamin Dumoulin.

Piéger les reines fondatrices

L’intercommunalité du Pévèle-Carembault a financé l’an dernier la destruction de ces nids à hauteur de 15 000 €. Cette année, elle a alloué 6 000 € pour l’achat de pièges. Grâce à cette aide, l'association Abeilles en Pévèle organise des programmes de prévention. Une trentaine d'élèves en école d'apiculture ont suivi avec attention un atelier pour fabriquer des pièges à frelons. L'objectif, sensibiliser les apiculteurs et leur montrer qu'il existe des solutions simples et efficaces pour se protéger. En trois étapes le tour est joué ! Il suffit de se procurer une caisse achetée en magasin de bricolage classique, deux cônes grillagés à fixer et enfin, construire un tiroir dans lequel sera glissé l'appât.

Contrairement à d'autres, ce piège permet de ne pas emprisonner d'autres espèces. "Le frelon rentre par les grilles disposées des deux côtés de la caisse, les petits carrés du cône font qu'une fois capturé, il ne pourra pas ressortir", décrit Kevin en 1ère année d'école d'apiculture.

Tous concernés

"On est dans une région assez humide, favorable au développement du frelon asiatique, il faut absolument se lancer dans la lutte contre cette bestiole", s'inquiète Bernard Chocraux, le maire de Cappelle-en-Pévèle. Et il faut le faire maintenant.

La saison est effectivement propice à la chasse aux frelons asiatiques. "Au printemps, les reines fondatrices sortent d'hibernation, on peut les attraper grâce à des pièges sélectifs.", explique Aurélie Roche aux élèves apiculteurs. Les reines vont établir un nid primaire, plus facile à éliminer que les nids secondaires, pouvant faire la taille d'un ballon de football et contenir des milliers de frelons."Il est important que chacun vérifie son jardin, tout ce qui est cabane d'enfant, coffre de jardin, niche pour chien, des endroits où la reine fondatrice pourrait faire un nid primaire", ajoute Aurélie.

Les dégâts provoqués par le frelon asiatique coûtent 12 millions d'euros par an en France, estime Michel Masset, sénateur du Lot-et-Garonne, département particulièrement impacté. À son initiative, le sénat a voté jeudi 11 avril 2024 un plan national contre le frelon asiatique, mobilisant tous les acteurs jusqu'aux particuliers qui seront obligés de signaler tout nid de frelons.

Avec Christine Defurne et Antoine Morvan / FTV