Effondrement à Lille. Le récit des trois colocataires qui ont donné l'alerte : "Si Thibault n'était pas rentré...

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En prévenant les pompiers de la présence de dégâts dans leur hall d'entrée, ces trois étudiants ingénieurs à Lille ont certainement sauvé des vies. Au lendemain de l'effondrement de deux immeubles et du drame de la rue Pierre Mauroy à Lille, ils racontent ce qu'ils ont vécu.

Ils sont étudiants, âgés d'une vingtaine d'années, et leur geste a permis de sauver des vies.

Thibault, Constantin et Gaspard vivaient tous les trois en colocation dans un appartement de l'immeuble de la rue Pierre Mauroy. Ce sont eux qui, en pleine nuit, ont donné l'alerte aux pompiers pour évacuer le bâtiment qui s'est effondré quelques heures plus tard, le samedi 12 novembre, causant malgré tout le décès du médecin psychiatre Alexandre Klein.

Un geste de clairvoyance salué de toute part par les responsables politiques, de Martine Aubry, maire PS de Lille, à Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, en passant par Olivier Klein, ministre du Logement ou encore Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur.

Au lendemain de ce drame, ces trois étudiants en école d'ingénieur à Lille reviennent ensemble sur cette nuit particulière et les événements qui ont suivi.

Un récit glaçant, empli de lucidité.

Thibault : "Quand j'ouvre la porte, je vois le mur gondolé"

Son nom a commencé à circuler dans les médias quelques heures seulement après l'effondrement des deux immeubles. Thibault, 22 ans, est celui qui a constaté les dégâts sur le mur de son hall d'immeuble, en rentrant de soirée, vers 3 heures du matin.

"Quand j'ouvre la première porte, je vois que le placo est déplacé, ce qui est un peu inquiétant déjà, raconte-t-il. Puis, quand j'ouvre la deuxième porte, je vois que tout le flanc du mur est gondolé."

"Dans mes études, j'ai eu l'occasion de faire un peu de mécanique de résistance des structures donc je sais qu'une telle situation n'est pas normale", poursuit-il. Le jeune homme suit ses études à l'Icam, une école d'ingénieur à Lille, en alternance en tant qu'ingénieur informatique industriel au sein de l'entreprise LFB.

On se met en petite cellule de crise tous les trois, on appelle les pompiers, et ils arrivent dans la foulée.

Thibault.

"Quand je suis sorti à 20 heures, j'ai vraiment rien constaté, tout cela s'est fait en peu de temps, je n'avais jamais vu de fissures avant. Je me dis que ça craint et qu'il faut agir vite."

Thibault monte rejoindre ses colocataires pour les informer de la situation. "On se met en petite cellule de crise tous les trois, on appelle les propriétaires, ils ne répondent pas, tant pis, on appelle les pompiers, et ils arrivent dans la foulée."

L'ensemble des occupants est alors évacué. Seul le bâtiment voisin, où dormait le médecin psychiatre, ne le sera pas. Les trois étudiants relogés en urgence ne constateront que le lendemain matin que leur immeuble s'est effondré, vers 9h10.

"On se rend compte qu'on a frôlé le pire, on a une bonne étoile, réagit Thibault. On a aussi eu un bon discernement à trois, de ne pas avoir laissé ça au lendemain, sans quoi je ne serai pas là pour en parler."

Gaspard : "Si Thibault n'était pas rentré..."

Gaspard, étudiant à l'Isen, une autre école d'ingénieur à Lille, et son ami Constantin regardaient un film quand Thibault est rentré de soirée. "Quand Thibault est arrivé, il n'arrivait déjà pas à ouvrir la porte de l'appartement, se souvient-il. Il a essayé de tambouriner un peu. Au début, je me suis dit qu'il rentrait de soirée, qu'il avait peut-être un peu abusé."

Les pompiers nous ont dit d'aller chercher nos affaires pour se préparer à évacuer.

Gaspard.

Tous les trois descendent constater l'ampleur des dégâts. Pendant leur film, les deux colocataires avaient bel et bien entendu des "bruits de choses qui tombaient". "On a cru d'abord que quelque chose était tombé dans l'appartement, ou que des personnes étaient en train de grimper sur l'échafaudage pour monter sur le toit."

Mais rien d'alarmant. "Si Thibault n'était pas rentré, on serait allé se coucher."

Constantin appelle alors les pompiers, qui se rendent sur place rapidement. "Ils sont venus, ont vu le mur, sont allés voir à la cave et ailleurs dans l'immeuble, puis ils nous ont dit d'aller chercher nos affaires pour se préparer à évacuer."

Constantin : "Je ne me rends pas encore compte"

Constantin, 23 ans, est également étudiant en cinquième année à l'Icam et poursuit une alternance dans l'entreprise ekiHO, un constructeur de logements passifs dans la métropole lilloise. 

"On a juste fait ce qui semblait bien pour notre propre survie et pour que tout se passe correctement, explique-t-il. On nous a qualifié de héros parce que l'immeuble s'est effondré, mais s'il n'y avait rien eu on aurait juste été remerciés gentiment."

Ca a été difficile de s'endormir, les événements défilent en boucle dans la tête.

Constantin.

Tous les trois sont actuellement hébergés chez leurs parents respectifs.

Encore sous le coup des événements, la prise de recul est pour le moment difficile pour eux.

"Je ne me rends pas encore compte que je n'ai plus d'appartement et que je n'ai plus du tout d'affaires." Dans ce contexte, le sommeil est compliqué. "Ça a été difficile de s'endormir, les événements défilent en boucle dans la tête, avec toutes les situations possibles qui auraient pu se passer, en pire ou en mieux. Les émotions arrivent au fur et à mesure."

Si la lucidité de ces trois étudiants a certainement permis de sauver des vies, une personne a péri durant l'effondrement.

"Au début, on s'est dit que c'était que du matériel, mais le fait qu'il y ait une victime, ça change la donne, raconte Constantin. On a donné l'alerte 5 heures avant l'effondrement, alors on se pose la question : pourquoi y avait-il encore une personne dans l'immeuble ?"

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