LOSC : ce que révèlent les derniers comptes publiés

Cinquième de Ligue 1 la saison dernière, le LOSC a enregistré une perte de 18,1 millions d'euros. / © MaxPPP
Cinquième de Ligue 1 la saison dernière, le LOSC a enregistré une perte de 18,1 millions d'euros. / © MaxPPP

Les comptes du LOSC pour la saison 2015-2016 sont parus la semaine dernière au registre du commerce et des sociétés. Ils affichaient un déficit de 18,1 millions d'euros et une dette financière de 56,1 millions, avant le rachat par Gérard Lopez.

Par Yann Fossurier

Ces comptes annuels - arrêtés au 30 juin 2016 mais publiés la semaine dernière au registre du commerce et des sociétés - ont été approuvés en conseil d'administration par l'ancienne équipe dirigeante du LOSC, le 14 décembre dernier, avant le rachat du club par l'actuel propriétaire Gérard Lopez. Ils concernent la saison 2015-2016 à l'issue de laquelle les Dogues ont terminé 5e du championnat de Ligue 1 et apportent un éclairage sur la situation financière de la SA LOSC Lille avant sa reprise.

Comme l'avait déjà révélé L'Equipe mi-décembre, le club nordiste a enregistré la saison dernière un résultat négatif de -18, 1 millions d'euros alors qu'il affichait un bénéfice de 1,2 million lors de l'exercice précédent. Il s'agit de la perte la plus importante des 14 années de présidence de Michel Seydoux.


Les ventes de joueurs effectuées entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2016 (Adama Traoré, Idrissa Gueye, Nolan Roux, Abdoulaye Diaby...) ont contribué à générer 26,2 millions de produits exceptionnels qui n'ont pas permis cette fois de compenser le déficit d'exploitation structurel du club. Il s'élève pour cet exercice à -38,5 millions d'euros (pour un résultat courant avant impôts de -40,7 millions) contre -32,4 millions l'année d'avant (pour un résultat courant avant impôts de -34,3 millions).

Les ventes de joueurs comme Adama Traoré (à gauche), parti à Monaco pour 14 millions d'euros, n'ont pas permis d'équilibrer les comptes. / © MaxPPP
Les ventes de joueurs comme Adama Traoré (à gauche), parti à Monaco pour 14 millions d'euros, n'ont pas permis d'équilibrer les comptes. / © MaxPPP

Un chiffre d'affaires en chute libre

Le chiffre d'affaires du LOSC a chuté de -9,5% en un an. 55,1 millions d'euros de recettes commerciales ont été enregistrées en 2015-2016 contre 60,9 millions 2014-2015. Les plus faibles depuis la saison 2009-2010 (51,9 millions).

Le club nordiste a pourtant perçu davantage de droits TV (+10,7%) mais les recettes de billetteries (-34,4%) et de sponsoring (-31,9%) ont fondu.


Recettes commerciales2015-20162014-2015Evolution
Droits audiovisuels36,1M €32,6M €+10,7%
Sponsors / publicité9,4M €13,8M €-31,9%
Billetterie8M €12,2M €-34,4%
Merchandising0,4M €0,4M €+0%
Autres1,2M €1,9M €-36,8%
Chiffres d'affaires55,1M €60,9M €-9,5%

Les recettes billetterie au Stade Pierre-Mauroy ont baissé de 34,4% la saison dernière. / © maxPPP
Les recettes billetterie au Stade Pierre-Mauroy ont baissé de 34,4% la saison dernière. / © maxPPP


Le club est aussi parvenu à diminuer ses charges d'exploitation (-6,2% ) qui s'élevent à 96,9 millions d'euros contre 103,3 millions l'année précédente. Les charges de personnel (salaires et charges sociales) ont en revanche augmenté de +4,4%.


Charges d'exploitation2015-20162014-2015Evolution
Charges externes
(marchandises, etc...)
28,3M€30M€-5,6%
Impôts, taxes2,1M€ 4,7M€-55,3%
Charges de personnel47,2M€45,2M€+4,4%
Dotations d'exploitation12,8M€14,1M€-9,2%
Autres charges d'exploitation
(loyers, etc...)
6.5M€9,3M€-30,1%
Total96,9M€103,3M€-6.2%


Une dette financière record

D'après les comptes 2015-2016, la perte de 18,1 millions d'euros au terme de l'exercice a été compensée au bilan par un emprunt à court terme de 18,3 millions, dont 13,6 millions devaient être remboursés dans l'année. Ce que la vente de Sofiane Boufal à Southampton pour environ 18,7 millions fin août 2016 devait largement permettre.


Au 30 juin 2016, le LOSC affichait ainsi une dette financière record de 56,1 millions d'euros (+50,4%), avec notamment un emprunt obligataire convertible de 18,25 millions d'euros dont le remboursement a été repoussé d'un an, avant le 30 juin 2017. Une autre partie de cette dette (19,5 millions) correspondait à un compte-courant d'associé, c'est-à-dire une avance consentie par l'ancien actionnaire majoritaire, Michel Seydoux.


Dettes financières2015-20162014-2015Evolution
Emprunt obligataire convertible18,25M€18,25M€0%
Emprunts et dettes bancaires18,35M€0,005M€+366900%
Comptes-courants d'associés19,5M€19M€+2,6%
Total56,1M€37,3M€+50,4%


Michel Seydoux avait contracté un emprunt obligataire en 2011. / © MaxPPP
Michel Seydoux avait contracté un emprunt obligataire en 2011. / © MaxPPP

A cette dette financière s'ajoutaient 41,5 millions d'euros de dettes diverses dont 20 millions dettes fournisseurs et 17 millions de dettes fiscales et sociales.


Dettes diverses2015-20162014-2015Evolution
Dettes fournisseurs20,1M€14,5M€+38,6%
Dettes fiscales et sociales17M€16M€+6,2%
Dettes sur immobilisation4,2M€3,3M€+27,2%
Autres dettes0,2M€2,3M€-91,3%
Total41,5M€36,1M€+14,9%
 

La dette fournisseurs est la plus élevée de la présidence Seydoux. On peut y voir le besoin de préserver la trésorerie du club (395 171 euros seulement de disponibilités au 30 juin 2016 contre 1,8 million au 30 juin 2015).  

Ces dettes doivent cependant être minorées par le fait que le LOSC possédait à son actif, au 30 juin 2016, des créances évaluées à 62 millions d'euros (dont 41,6 millions pour la saison en cours) : 5,7 millions de la part de l'Etat (TVA, taxes), 4,5 millions de la part de clients, un prêt d'environ 350 000 euros et 51,8 millions de la part de "débiteurs divers", ce qui correspond notamment à de l'argent encore à percevoir sur des ventes de joueurs, des bonus ou d'éventuels pourcentages à la revente... Sur ces 51,8 millions d'euros, 32,2 millions devaient être perçus dans l'année.

Une vente devenue inéluctable

Avec un chiffre d'affaires en chute libre depuis 2013, des charges difficilement compressibles, une dette record et des capitaux propres négatifs (-16,6 millions d'euros), les besoins de financement étaient importants au sortir de cette saison 2015-2016, d'où la nécessité de trouver un repreneur pour injecter de l'argent frais. Gérard Lopez est entré en négociations exclusives avec Michel Seydoux le 16 octobre 2016 pour une vente conclue définitivement le 25 janvier dernier.

Dans le cadre de l'enquête que nous avons menée avec Mediapart et Mediacités sur son projet de reprise, l'homme d'affaires hispano-luxembourgeois nous avait déclaré qu'il allait reprendre l'ensemble des dettes du club. Pour autant, le LOSC n'a pas été désendetté. "Je rachète les dettes de M.Seydoux et je deviens créancier du club", nous avait-il expliqué. Le club nordiste devra donc désormais rembourser ces dettes à son nouveau propriétaire.

La passation de pouvoir entre Michel Seydoux et Gérard Lopez le 13 décembre dernier. / © MaxPPP
La passation de pouvoir entre Michel Seydoux et Gérard Lopez le 13 décembre dernier. / © MaxPPP

Un nouveau propriétaire qui a du pain sur la planche pour redresser les finances du club. Gérard Lopez a évalué à 80 millions d'euros la somme nécessaire pour racheter le club et mener les investissements nécessaires pour relancer la machine. Son premier mercato hivernal lors duquel sept nouvelles recrues ont été signées montre qu'il a déjà sorti le carnet de chèques, tout comme l'officialisation de l'arrivée l'été prochain de Marcelo Bielsa au poste d'entraîneur. Le futur salaire du coach argentin n'a pas été dévoilé mais il percevait à l'Olympique de Marseille 300 000 euros brut mensuels (soit 3,6 millions annuels). A moins que Bielsa ait revu à la baisse ses prétentions, son recrutement pèsera sur les finances. 

Si les dépenses du club augmentent la saison prochaine, Gérard Lopez et son directeur général Marc Ingla devront aussi en développer les recettes, en berne ces dernières années. "Un entraîneur qui offre un football spectaculaire normalement, ça devrait avoir un impact sur la billetterie", avait déclaré le nouveau patron lillois, lors de sa conférence de presse du 13 janvier dernier, en référence déjà à Marcelo Bielsa. "Un entraîneur qui fait jouer des jeunes, ça devrait avoir un impact sur la valeur des jeunes et donc des joueurs. Une équipe homogène qui fait ce que je viens de dire maintenant, normalement, ça devrait avoir un impact sur le sponsoring. Nous, on a peut-être un certain effet de levier, dû à un certain relationnel à travers le monde. Est-ce qu'on discute avec des partenaires avec le LOSC bien au-delà de la France ? La réponse est clairement oui. (...) Mais il n'y a pas de potion magique, il n'y a pas une explosion du chiffre d'affaires, d'une année à l'autre. On a aujourd'hui un plan à cinq ans, qui est censé nous amener à un niveau qu'on aimerait avoir. Et ce niveau-là, il inclut des pertes pendant un moment. Ça inclut des pertes mais ça inclut aussi de l'investissement".

Marcelo Bielsa (aux côtés de Franck Passi lors de leur collaboration à l'OM), argument commercial n°1 du LOSC ? / © MaxPPP
Marcelo Bielsa (aux côtés de Franck Passi lors de leur collaboration à l'OM), argument commercial n°1 du LOSC ? / © MaxPPP

Au regard des comptes 2015-2016, le sponsoring (9,4 millions d'euros) et le merchandising (environ 400 000 euros) étaient jusqu'à présent assez faibles. Le LOSC ne réalise par ailleurs que 0,06% de son chiffre d'affaires (environ 33 000 euros) à l'export, hors de France. D'où l'intérêt d'un développement commercial à l'international pour générer de nouvelles recettes. Gérard Lopez et Marc Ingla disposent assurément d'un important carnet d'adresses pour dénicher de nouveaux sponsors et partenaires. Les résultats actuels du club, qui lutte pour le maintien en Ligue 1, ne doivent pas les aider cependant, d'où la nécessité sans doute d'officialiser la venue de Bielsa quatre mois à l'avance. L'entraîneur argentin est connu mondialement et l'annonce de son arrivée dans le Nord a déjà reçu un important écho médiatique dans de nombreux pays. Le journal britannique The Independent a estimé ainsi que le LOSC était "le prochain projet excitant du football européen".

Mais en attendant que de nouveaux sponsors et partenaires mordent à l'hameçon, il y a la saison en cours. Même si le LOSC parvient à se maintenir, les résultats commerciaux ne devaient pas être florissants. Les Dogues ne finiront pas 5e, comme l'an dernier, et devraient percevoir par conséquent moins de droits TV. L'affluence moyenne au Stade Pierre Mauroy étant en baisse (28 721 spectateurs en moyenne jusqu'à présent, contre 30 268 la saison dernière), les recettes billetterie pourraient de nouveau diminuer si la tendance se poursuit. Des ventes de joueurs ont toutefois été enregistrées après le 30 juin 2016 : outre Sofiane Boufal, pour environ 18,7 millions d'euros (somme qui permettrait de couvrir le remboursement de l'emprunt contracté pour compenser la perte de la saison dernière), il y a celles aussi de Djibril Sidibé (Monaco pour environ 15 millions), Benjamin Pavard (Stuttgart pour environ 5 millions), Sehrou Guirassy (Cologne pour environ 4 millions), Ronny Rodelin (Caen pour environ 1 million) ou plus récemment Younousse Sankharé (Bordeaux pour environ 3 millions). Elles devraient contribuer à absorder tout ou partie déficit commercial attendu le 30 juin prochain. Et si celà ne suffisait pas d'autres ventes (Corchia, Eder...) sont encore possibles.   

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