"On en a ras-le-bol" : les compagnons sans-papiers d'Emmaüs Nieppe en grève, eux aussi, pour dénoncer leurs conditions de travail

C'est le quatrième site Emmaüs dans le Nord à se mettre en grève. Ils dénoncent leurs conditions de travail inhumaines et indignes. Ils attendent une régularisation de leur situation. Une enquête a été ouverte pour traite d'être humains et travail dissimulé.

Après les compagnons Emmaüs sans-papiers de l'antenne de la Halte-Saint-Jean, c'est au tour de ceux de Nieppe de se déclarer en grève illimitée depuis ce samedi 30 septembre 2023. Eux aussi dénoncent "les conditions inhumaines et indignes de travail", comme l'a révélé StreetPress en juin dernier. C'est le quatrième site du Nord à se mettre en grève.

380 euros pour 40h par semaine

"Nous travaillons 40 heures par semaine et nous ne sommes pas rémunérés à juste prix. Nous gagnons un pécule de 380 euros et nous payons 50 euros de loyer", explique Rodrigue, porte-parole des compagnons sans-papiers du site de Nieppe, à Jérémie Rochas, journaliste indépendant. 

Il ajoute : "Aujourd'hui, nous sommes passés de trois repas par jour, à un seul, nous travaillons sans avoir droit aux vacances, aux congés maladie. Au bout d'un moment, on en a ras-le-bol."

"Nous avons décidé de nous mettre en grève jusqu'à ce que la régularisation soit faite, sans délai et compte tenu du préjudice subi. C'est inadmissible que nous ne puissions pas toucher ne serait-ce que le SMIC pour vivre dignement", complète Rodrigue.

Du "travail déguisé"

Jeudi 28 septembre 2023, Rachel Kéké, la députée insoumise de Seine-et-Marne, est venue soutenir la vingtaine de compagnons en grève à Saint-André. "Il faut pouvoir régulariser les gens. Il faut dire les mots, ce qu'ils font, c'est du travail."

L'union départementale de la CGT était également présente en soutien. "Nous, on est auprès de tous les travailleurs et travailleuses. On sait que leur statut, c'est compagnon, mais c'est hypocrite. Est-ce que vous connaissez des associations qui prennent des bénévoles pour plus de 40h par semaine avec des horaires ?", questionne Stéphane Vonthron, membre de la CGT. Il continue : "Un bénévole qu'on oblige à venir de telle heure à telle heure et sur une fourchette horaire de 7 à 8 heures par jour, ce n'est pas du bénévolat, c'est du travail déguisé."

Une fausse promesse d'Emmaüs

Les compagnons sans-papiers de Saint-André sont en grève depuis 92 jours, ceux de Grande-Synthe depuis 50 jours et ceux de Tourcoing depuis 20 jours. Certains travaillent dans ces Emmaüs depuis trois ans, cinq et même sept. Ils réclament une régularisation de leur situation. En vain. Ces derniers mettent en cause les agissements d'Anne Saingier, responsable de la communauté et présidente d'Emmaüs du Nord-Pas-de-Calais.

Selon StreetPress, elle aurait mis en place un système d’exploitation. Des dizaines de travailleurs sans-papiers ne seraient pas déclarés et recrutés sur la base d’une fausse promesse : le statut de compagnon qui permettrait aux sans-papiers d'être régulés au bout de trois années consécutives de travail au sein de la communauté. 

Une enquête judiciaire ouverte

Une enquête judiciaire a également été ouverte sur le site de Saint-André pour traite des êtres humains et travail dissimulé. "On a affaire à de l'esclavage organisé entre Emmaüs et l'État qui utilise des sans-papiers sous couvert d'un nom comme compagnon. C'est de l'esclavage moderne", déclare Stéphane Vonthron. Grâce à cette plainte, les grévistes d'Emmaüs sans-papiers sont protégés par la loi, pendant l'instruction.

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