TÉMOIGNAGE - Coronavirus dans l'Oise : "S'ils interdisent d'autres marchés, nous n'aurons plus de revenus"

L'interdiction des marchés dans les communes du cluster de l'Oise suscite la crainte des agriculteurs concernés. C'est le cas d'Annabelle et son compagnon, producteurs de fromages à Héricourt-sur-Thérain.
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"Ça représente une perte de chiffre d'affaires". Ça, c'est l'interdiction du marché citoyen de la place Saint-Médard à Creil géré par l’association La Quinoa ce jeudi soir. 

Annabelle et son compagnon Jean-Marie sont producteurs de fromages de chèvre et de produits laitiers bio à Héricourt-sur-Thérain. Ce village d'une centaine d'habitants est situé à plus de soixante-dix kilomètres des communes touchées par le coronavirus.
 

Pourtant, l'épidémie est un coup dur pour eux, comme pour tous les agriculteurs qui vendent exclusivement sur les marchés.

L'arrêté préfectoral du 29 février qui interdisait purement et simplement la tenue de tous les marchés du département a été un coup dur : "c'est l'AMAP de Picardie qui nous a prévenus. Je n'ai pas dormi dimanche soir. C'était un peu l'angoisse", explique Annabelle. Ils adaptent alors leur production : "nous avons décidé de ne faire que des fromages, pas de laitages".

S'adapter en urgence

Finalement, le lundi, l'interdiction est restreinte aux seules communes situées dans le "cluster" : Lamorlaye, Vaumoise, Crépy-en-Valois, Lagny-le-Sec, Creil, Nogent-sur-Oise, Montataire, Villers-Saint-Paul et La-Croix-Saint-Ouen. Un retournement de situation qui les pousse à produire des laitages en urgence en vue du samedi matin à Beauvais, leur unique rendez-vous hebdomadaire.

Annabelle et Jean-Marie peuvent donc toujours vendre leurs produits à Beauvais, ainsi qu'à Saint-Just-en-Chaussée, Bresle et Paris, des marchés mensuels. Mais la crainte des conséquences d'une propagation du virus est là : "s'ils interdisent d'autres marchés, nous n'aurons plus de revenus".

En attendant, ils envisagent de modifier leurs habitudes en emballant leurs fromages à la ferme et non devant les clients pour "fluidifier le passage et accélérer la vente". D'ailleurs, Annabelle assure comprendre que la préfecture ait pris des mesures drastiques, "mais pourquoi interdire les marchés et pas les supermarchés ? Au contraire, il faudrait privilégier les marchés de proximité." Une différence de traitement critiquée par de nombreux agriculteurs.
 

La FDSEA s'organise

"Lundi matin, un producteur m'a appelé, car il ne pouvait pas vendre ses endives", révèle Régis Desrumaux, président de la FDSEA de l'Oise. "Nous avons donc mis en place une cellule de crise pour recenser les producteurs en circuit court concernés".
 
Les plus en difficultés sont les producteurs qui ne vendent pas sur des marchés situés dans les communes situées en-dehors du "cluster".

"Il faudra estimer leurs pertes et trouver des solutions. Parmi nos pistes, il y a la possibilité de commander leurs produits en supermarché", précise M. Desrumaux, qui reconnaît toutefois être "encore dans le flou".

L'indemnisation éventuelle des agriculteurs, comme après l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen, est déjà au coeur des discussions : "Lubrizol nous a appris à anticiper. On réfléchit au fait de savoir ce qui est pris en compte par les assurances".
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