Puma en liberté près d'Arras : des associations proposent leur aide pour pister et endormir l'animal

En même temps que la mobilisation en ligne, les associations de défense des animaux poursuivent leur travail pour tenter d'épargner la vie du puma en liberté dans l'arrondissement d'Arras. Des experts, rangers, ou ethologues pourraient permettre de le capturer vivant, et ont offert leur aide.

Pour les associations de défense de la cause animale, le compte-à-rebours est lancé. Arriveront-ils à se faire entendre avant que le puma en liberté près d'Arras soit abattu ? L'animal, forcément apprivoisé puisqu'il n'est pas endémique de notre territoire, a été pour la première fois signalé dans la zone le 13 octobre. Sa vitesse de déplacement, sa discrétion, et ses horaires noctures ont jusqu'à présent rendu sa capture impossible.

Le 16, sans nouvelles du propriétaire - qui auraient permis d'appréhender le caractère et le comportement de l'animal - la préfecture a autorisé l'abattage du puma, une mission laissé à la charge des lieutenants de louveterie. Depuis, les partisans de la cause animale donnent de la voix pour espérer sauver le félin. Une pétition en ligne a déjà recueilli près de 50 000 signatures. "On comprend que c'est une situation qui peut s'avérer dangereuse, que ça peut dégénérer s'il s'approche d'une habitation mais avant de penser à l'abattre, il faut tout mettre en oeuvre, plaide Julien, président de l'association FreeLifeOn est prêt à leur parler des antécédents de capture en France, en Afrique ou aux Etats-Unis, où le puma vit à l'état sauvage."

Le militant de la cause animale rappelle qu'en 2019, une panthère en vadrouille sur les toits d'Armentières avait pu être neutralisée alors qu'elle s'était réfugiée dans un appartement. "Bien sûr, chaque situation est différente, mais la capture d'un animal sauvage, c'est réalisable."

Capturer le puma vivant : "en tant que ranger, je dis : bah oui, et alors ?"

Julie Lasne est membre du conseil d'administration de l'Alliance des Opposants à la chasse (France AOC). Ce groupement de 30 associations a la particularité d'être essentiellement composée d'experts de terrain. Elle-même est conservationniste, ethologue, ranger spécialisée dans les fauves et les éléphants, et a étudié les filières liées au trafic d'animaux et à criminalité environnementale. Elle le rappelle, France AOC a pris contact avec la préfecture dès le 16 octobre, pour offrir son expertise. 

"Le préfet nous dit que la seule solution, c'est de lui tirer dessus, parce qu'un vétérinaire ne sait pas quoi faire. Evidemment, les vétérinaires français ne sont pas spécialisés en faune sauvage, encore moins quand elle n'est pas endémique de notre territoire. Un vétérinaire dit qu'il faut être à 20 mètres pour tirer une flèche hypodermique. En tant que ranger, je dis : "bah oui et alors ?". Eux ne savent pas le faire, parce qu'ils n'ont pas l'habitude, parce qu'ils ne sauront pas garder leur calme. Mais si, c'est tout à fait faisable."

De faibles probabilités d'attaque

Pour Julie Lasne, les tentatives menées jusqu'à présent sont plus que maladroites. "Ils ne connaissent absolument pas les caractéristiques et le caractère de cet animal, sinon ils n'auraient pas débarqué avec l'hélicoptère et toute l'armada. C'est comme quand on perd un chat, on va aller le chercher quand c'est assez calme, surtout le soir, si vous arrivez avec des klaxons, des phares, des lampes-torche, l'animal se planque, il est terrorisé ! Nous, on peut fournir des gens qui sont spécialisés dans le tracking, l'aptitude à lire les traces. Avec ces connaissances, on devrait pouvoir l'attraper."

La spécialiste le rappelle : ce félin ne peut être qu'apprivoisé, puisque ses terres natales se trouvent bien loin de l'hexagone. "On ne connaît pas l'état de cet animal. Est-ce qu'il a été dégriffé ? Est-ce que ses crocs ont été sciés par le propriétaire ? Ça par exemple, on peut le savoir en observant la démarche de l'animal. Et là, son état de dangerosité serait quasiment nul." Les probabilités d'attaque sur l'homme sont de toute façon faibles, détaille la ranger, qui, en milieu naturel, travaille accompagnée mais sans armes. "Un animal ne vous attaque pas comme ça, et il prévient toujours de ce qu'il va faire. Il faut être attentifs aux signes. Pour le puma, nous ne faisons pas partie de la chaîne alimentaire. Si un humain se trouve sur son chemin et veut lui faire gouzi-gouzi, bien sûr c'est risqué, mais si on évite les animaux sauvages, il ne se passe rien." 

Un puma arrivé de Russie ?

Ni humain, ni chèvre, ni chien, le puma d'Arras n'a commis aucune attaque, après au moins 8 jours dans la nature. Les associations craignent que le fauve ne devienne la première et unique victime de l'affaire. "Il n'a vraisemblablement connu que la captivité. J'ai fait notamment connaître auprès de l'OCLAESP - la faction de la gendarmerie qui s'occupe de la faune sauvage - une filière de trafic d'animaux venue des pays de l'Est. J'ai trouvé des ventes de tigres, de puma... Pour moi, il n'est pas arrivé d'Amérique, mais de Russie. Ce n'est pas complètement illégal, d'après mes recherches. Dans ces pays-là, si le vendeur a l'agrément, il n'est pas en obligation de s'assurer que l'acheteur possède un certificat de capacité. Ce serait étonnant dans notre cas, puisque si l'acheteur était capacitaire, il se manifesterait auprès des autorités" retrace Julie Lasne.

"Si la préfecture s'engage à ne pas l'abattre, on s'engage à proposer un endroit où l'animal pourra terminer sa vie tranquillement" lance Julien, de FreeLife, dans un dernier appel. Ce 20 octobre au soir, le félin n'avait toujours pas été capturé. 

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