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FOOTBALL LEAKS. RC Lens : comment Joseph Oughourlian a pris les pleins pouvoirs chez les Sang et Or

Joseph Oughourlian, actionnaire majoritaire du RC Lens, sur la pelouse du Stade Bollaert-Delelis en juin 2018 / © MaxPPP
Joseph Oughourlian, actionnaire majoritaire du RC Lens, sur la pelouse du Stade Bollaert-Delelis en juin 2018 / © MaxPPP

Des documents confidentiels, issus des Football Leaks, révèlent des informations inédites sur la reprise du Racing Club de Lens par la société luxembourgeoise Solferino et l'Atlético de Madrid. Voici le second volet de notre enquête, réalisée en collaboration avec Mediacités et Mediapart.

Par Yann Fossurier avec Mediacités, Mediapart et l'EIC

Dans la première partie de notre enquête, nous vous avons raconté les dessous du "Projet Charbon", nom de code donné par l'Atlético de Madrid à son projet de reprise du Racing Club de Lens.
 

Après avoir envisagé dans un premier temps plusieurs montages avec le Baghlan Group d'Hafiz Mammadov, propriétaire azerbaïdjanais des Sang et Or, le club espagnol a fini par trouver d'autres partenaires : Joseph Oughourlian et Gilles Fretigné, du fonds spéculatif Amber Capital, qui se sont associés, au sein de la société luxembourgeoise Solferino, à Ignacio Aguillo, conseiller exécutif de l'Atlético en charge du développement international. C'est ce dernier, depuis le départ, qui pilote le projet.
 
Ignacio Aguillo lors de sa première conférence de presse à Lens le 23 mai 2016. / © MaxPPP
Ignacio Aguillo lors de sa première conférence de presse à Lens le 23 mai 2016. / © MaxPPP

Le 23 mai 2016, le tribunal de commerce de Paris les a désignés comme repreneurs du club artésien, financièrement exsangue. Que s'est-il passé ensuite ? Qu'ont fait les nouveaux dirigeants pour tenter de remettre le RCL sur les rails ? Quelle a été l'attitude de l'Atlético de Madrid jusqu'à son désengagement en décembre 2017 ?

Grâce aux Football Leaks - ces millions de données confidentielles recueillies par le magazine allemand Der Spiegel et analysées avec ses partenaires de Mediapart et de l'EIC (European Investigative Collaborations, voir encadré) - France 3 Hauts-de-France et le site régional d’investigation Mediacités ont eu accès à des informations internes inédites sur le fonctionnement du club artésien : négociations auprès d'investisseurs chinois menées par Ignacio Aguillo, discussions avec la Région sur le remboursement du fameux emprunt pour la rénovation du Stade Bollaert-Delelis, plans budgétaires transmis à la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG), le "gendarme financier" du football français, tensions et dissensions en interne entre dirigeants...

Nos découvertes ont conduit deux des principaux protagonistes, Joseph Oughourlian (actuel président et actionnaire majoritaire du RCL) et Ignacio Aguillo (ancien directeur général adjoint du RCL et ex-conseiller de l'Atlético de Madrid) à nous accorder chacun un long entretien. Le premier lundi matin à La Gaillette, le centre d'entraînement du club, le second par téléphone lundi soir. 

Voici la seconde partie de notre enquête en deux volets. 
 

Accent espagnol


L'acte I de l'ère Solferino/Atlético se déroule le 12 juillet 2016. C'est ce jour-là, à l'occasion de l'assemblée générale des actionnaires, que l'Atlético de Madrid fait officiellement son entrée dans le capital du RC Lens. Le club espagnol acquiert 34,6% des parts. Solferino, majoritairement détenue par Joseph Oughourlian, conserve 65,3%. Gervais Martel, le président historique, garde aussi quelques actions à hauteur de 0,1%.

L'Atlético de Madrid s'est aménagé une porte de sortie, en accordant à Solferino une option d'achat sur ses parts. Elle pourra être activée notamment si le club espagnol et le RC Lens se qualifient pour une même coupe d'Europe, l'UEFA interdisant les confrontations entre deux équipes ayant des actionnaires communs.
 
Miguel Angel Gil Marin (à droite), P-DG et actionnaire majoritaire de l'Atlético de Madrid en 2014. / © MaxPPP
Miguel Angel Gil Marin (à droite), P-DG et actionnaire majoritaire de l'Atlético de Madrid en 2014. / © MaxPPP

Les nouveaux actionnaires ont décidé d'effectuer un gros apport en capital pour redonner de l'oxygène aux Sang et Or qui n'étaient plus financés par Mammadov depuis près de deux saisons : Solferino injecte 4,99 millions d'eurosl'Atlético 3 millions. Mais il faudra sans doute remettre la main à la poche, car les besoins financement sont estimés à 12,5 millions d'euros jusqu’au 30 juin 2017. 

Au sein du conseil d'administration - ou board pour reprendre l'expression des nouveaux propriétaires - ce sont les Espagnols qui sont majoritaires, avec trois sièges sur cinq. Ignacio Aguillo, nommé directeur général délégué, a la double casquette Solferino / Atlético. Les Colchoneros ont désigné deux autres représentants : l'avocat Jacobo Ollero de la Serna et José Manuel Diaz Perez, le fameux conseiller qui avait exprimé en janvier 2016 son hostilité au projet d'acquisition du RC Lens (voir première partie de notre enquête). Il est devenu entre-temps directeur de la gestion sportive de l'Atlético.

Les deux autres membres du board sont Gilles Fretigné, associé d'Oughourlian chez Amber Capital, et Gervais Martel qui conserve les fonctions de président-directeur général, mais qui ne disposera plus de la même marge de manoeuvre que sous Mammadov. Figure emblématique du RC Lens, il a obtenu des nouveaux actionnaires l'attribution future d'un lot d'actions préférentielles gratuites. Elles lui permettront, au terme du processus légal, d'atteindre près de 4% du capital et de toucher 5% sur la plus-value réalisée en cas de revente (il ne dispose pas encore de ces actions à ce jour).

 
Ignacio Aguillo et Gervais Martel en octobre 2016. / © MaxPPP
Ignacio Aguillo et Gervais Martel en octobre 2016. / © MaxPPP

Ignacio Aguillo, lui, a négocié, un "management package" pour ses nouvelles fonctions de directeur général délégué du RC Lens. Il est censé toucher ainsi 100 000 euros par saison, tant que le club restera en Ligue 2. En cas de remontée dans l'élite, sa rémunération annuelle passera à 250 000 euros, avec des bonus en fonction du classement final.

"Petit à petit, en apprenant à connaître Ignacio, je me suis rendu compte que c’était quelqu’un qui avait pas mal d’ambition et je pense que lui, dans sa tête, il se voyait bien gérer le RC Lens, pour peut-être, gérer d’autres clubs après, faire d’autres choses", raconte aujourd'hui Joseph Oughourlian. "Le RC Lens était une étape dans sa carrière. Moi ça m’allait bien, il y avait un système d’incentives. Si ça allait bien pour moi, lui gagnait de l’argent, un truc comme pour n’importe quel investissement financier."
 

"Dragon caché"


Et cet investissement financier, Ignacio Aguillo semble vouloir très vite le faire fructifier. En témoignent les négociations qui s'engagent avec de potentiels investisseurs chinois dès la mi-août 2016.

Il s'agit de Dewin Sports, une société d’investissement spécialisée dans le sport et le tourisme. Elle est soutenue financièrement par le fonds sino-américain IDG Capital qui vient tout juste d'acquérir, le 12 août, 20% de l'Olympique Lyonnais

Ignacio Aguillo échange en direct avec des collaborateurs d'IDG et un avocat chinois. Un projet d'accord est vite élaboré pour servir de base de discussion. "Moi dans mon plan stratégique, je voulais un développement à l’international", justifie aujourd'hui l'ex-directeur général délégué de Lens. "Il me semblait que la Chine, était un marché porteur".  

Une ébauche de contrat, rédigée en août 2016, porte le nom de code "Project Hidden Dragon" ("projet dragon caché" en anglais). Selon ce document, "Zhaoqing Dewin Sports Culture Development Co., Ltd" (le nom complet de Dewin Sports) entend devenir actionnaire du club artésien, dans l'objectif de faire progresser de jeunes joueurs chinois à haut potentielvia les réseaux et les centres de formation du RC Lens et de l’Atlético de Madrid.
 
Extrait du projet d'entrée des Chinois de Dewin Sports dans le capital du RC Lens, avec une valorisation du club à 24 millions d'euros. / © EIC
Extrait du projet d'entrée des Chinois de Dewin Sports dans le capital du RC Lens, avec une valorisation du club à 24 millions d'euros. / © EIC

A terme, il s'agirait de faire du RCL "une destination intermédiaire" pour les joueurs de l’équipe nationale de Chine qui voudraient évoluer dans les championnats européens. L'investisseur propose aussi de développer la marque RC Lens dans l'Empire du Milieu mais aussi de "développer Lens et les Hauts de France comme destination pour le tourisme chinois". Il est question que Dewin prenne 15,79% du Racing, via l’émission d’"actions préférentielles convertibles et rachetables", les Chinois injectant par ce biais 4,5 millions d'euros dans les caisses du club

Le 30 septembre 2016, Ignacio Aguillo fait part de son optimisme lors de la réunion du board du RC Lens."Les discussions progressent avec un investisseur chinois, IDG", indique le compte-rendu. Début novembre, l'Espagnol s'envole personnellement à Pékin pour rencontrer ses interlocuteurs asiatiques.

Mais à son retour, il reçoit une réponse plutôt... tiède. En cause : la valeur globale du RC Lens estimée par Aguillo. "C’est bien de savoir que l’Atlético de Madrid a beaucoup contribué à l’opération du RC Lens, cependant, nous voudrions aussi noter que les 24 millions d'euros proposés (...) sont bien plus élevés que des cas récents comparables sur le marché", relève l'avocat de Dewin, qui a bien potassé le dossier : "en juin 2015, un investisseur américain a acheté 90% des actions ordinaires du club de football du Havre, pour un montant de 3,5 millions ; en juillet 2015, un investisseur chinois (Ledus) a acheté 100% des actions ordinaires du club de football de Sochaux, pour un montant de 7 millions d'euros ; et en août 2016, un investisseur chinois (ORG Packaging) a acheté 60% des actions ordinaires du club de football d’Auxerre, pour un montant de 7 millions d'euros". 

24 millions d'euros, c'est presque trois fois la somme investie par Solferino et l'Atlético de Madrid quelques mois plus tôt. "Certes la valo était importante, mais en ligne avec les actionnaires qui géraient le club", nous a répondu Aguillo. "Le club a une certaine valeur quand il est "orphelin", sur le point de disparaître, et le club a une valeur très différente quand c’est l’Atlético et Joseph Oughourlian qui contrôlent le club". 

Selon l'Espagnol, Dewin, après discussions, était finalement prêt à investir à Lens, et ce n'est pas à cause de lui si le deal ne s'est pas concrétisé. "Joseph (Oughourlian NDR) voyait déjà qu’on avait un conseil d’administration pas facile à gérer puisqu’on avait des gens qui ne parlaient pas l’anglais, des gens qui ne parlaient pas le français", justifie-t-il. "Donc on devait faire le conseil d’administration en plusieurs langues et ça prenait du temps. Et lui, je pense qu’il craignait qu’on rajoute des Chinois qui allaient rendre la gestion encore plus difficile."

"Ignacio est vraiment un pur financier, vraiment purement transactionnel", rétorque Joseph Oughourlian. "Il passait son temps à discuter avec des Chinois et je ne sais pas quoi… moi à la fin, je me suis assez rapidement lassé de toutes ces histoires. Il m’avait vaguement parlé d’IDG et moi à chaque fois je lui tenais le même discours : on va d’abord remettre le club sur pied."  
 

Aguillo échoue à obtenir plus de pouvoirs


Selon l'actionnaire majoritaire, les dissensions avec Ignacio Aguillo sont apparues très vite. "Je sens quand même que sur beaucoup de sujets, Ignacio est un peu léger et que celui qui maîtrise, celui vers qui, à chaque fois, les yeux se tournent et tout le monde se dirige, c’est un peu Gervais qui a quand même 30 ans de gestion du club", affirme Oughourlian. "Soyons clairs, les Espagnols n’aiment pas du tout Gervais. D’ailleurs, ils veulent s’en débarrasser tout de suite. Moi je dis : "Non, faisons une transition". On ne peut pas se débarrasser d’une figure comme Gervais Martel, comme ça, au RC Lens".  

Fin septembre 2016, Ignacio Aguillo cherche à obtenir le soutien des deux autres représentants de l'Atlético à Lens, Jacobo Ollero de la Serna et José Manuel Diaz Perez, à une proposition de refonte des statuts du club et de sa gouvernance

Il voudrait avoir davantage les mains libres, fluidifier le processus de décision, sans être obligé d'avoir systématiquement à solliciter  l'approbation du board, notamment en matière d'achats et de ventes de joueurs. "C’était compliqué de réagir vite aux situations du mercato qui évolue en permanence", justifie aujourd'hui Aguillo. 
 
Gervais Martel aux côtés de l'entraîneur lensois Alain Casanova en septembre 2016. / © MaxPPP
Gervais Martel aux côtés de l'entraîneur lensois Alain Casanova en septembre 2016. / © MaxPPP

Gervais Martel bénéficierait, lui aussi, de cette refonte, mais Aguillo rassure ses interlocuteurs : "Gervais Martel ne pourrait rien faire sans que je ne l’approuve moi aussi". 

Ollero de la Serna est fermement hostile à sa proposition. Diaz Perez, lui, est plus hésitant, car le fonctionnement du RC Lens ne lui convient pas non plus, au regard notamment des standards qu'il connaît à l'Atlético.

"Je suis favorable à la simplification de la prise de décision", écrit-il à ses compatriotes, avant la réunion du board du 30 septembre."Je ne sais pas si la proposition (d’Ignacio) est bonne ou mauvaise, mais ça doit être un bon point de départ pour discuter de la façon de décider et de gérer". Et Diaz Perez de dresser un bilan des premiers mois du nouvel attelage Solferino/Atlético. "C’est la 4e ou la 5e fois qu’on va à Lens, on y est allé pour retravailler et soumettre le budget à la Direction de Contrôle à Paris (la DNCG NDR), nous avons suivi et on nous a consultés sur de nombreux contrats sportifs, on nous a fourni des informations sur l’exécution du budget, nous avons assumé notre responsabilité dans la gestion sportive et le travail quotidien. Il y a cependant des décisions, comme la vente des joueurs, pour lesquelles nous n’avons pas toujours été d’accord, mais toute décision stratégique a donné lieu à consultation, a toujours été dans les limites du budget approuvé, a été connue et convenue avec la partie sportive, entre autres, l’embauche de l’entraîneur (Alain Casanova NDR), des attaquants et beaucoup d’autres pour lesquels nos critères ont été suivis."

Finalement, José Manuel Diaz Perez se rangera, début novembre, à l'avis de Jacobo Ollero de la Serna. "Nous avons décidé qu’il était mieux de ne pas changer les règles du board", annoncent, le 4 novembre 2016, les deux représentants de l'Atlético aux autres membres du conseil d'administration lensois. "Il n’y a pas encore de remontée fluide d’information financière et économique vers l’Atlético, aussi nous voulons savoir et comprendre parfaitement comment Lens fonctionne". Ignacio Aguillo ne cache pas sa contrariété, mais préfère conclure sur une note d'humour. "Il n’y aura pas de champagne au match pour les conseillers espagnols", leur répond-il. 

Sa proposition de réforme est définitivement rejetée par le board du 7 novembre 2016.
 

Plusieurs millions dus à la Région


A l'automne 2016, Joseph Oughourlian, actionnaire majoritaire du RC Lens, n'est pas encore membre du conseil d'administration. Mais il est quand même présent, ce 30 septembre, date de la première réunion du nouveau board. 

Une synthèse de l'audit des comptes au 30 juin 2016, transmise quelques jours plus tôt aux administrateurs, révèle quelques ardoises. La première concerne une échéance de remboursement de 3,4 millions d'euros, liée à un crédit contracté auprès de la compagnie d'assurance SwissLife, qui n'a pas été payée en février 2016. "A ce stade, la documentation obtenue ne permet pas de conclure avec certitude que les négociations en cours avec SwissLife aboutiront à l’annulation des intérêts courus", indique le document. 
 
Le Stade Bollaert-Delelis rénové. / © MaxPPP
Le Stade Bollaert-Delelis rénové. / © MaxPPP

La seconde ardoise concerne la région Hauts-de-France. Avant la reprise par Solferino et l'Atlético, le club lui devait près de 6 millions d'euros de reversement de TVA, liés aux travaux de rénovation du Stade Bollaert-Delelis. Les nouveaux propriétaires n'ont seulement réglé que 2,3 millions d'euros en août. A cela s'ajoutent les 11 millions que la région a empruntés au Crédit Agricole pour financer la part du club pour ces mêmes travaux et que le RCL n'a toujours pas commencé à rembourser.
 
Extrait d'une note de synthèse sur l'audit du RC Lens au 30 juin 2016. / © EIC
Extrait d'une note de synthèse sur l'audit du RC Lens au 30 juin 2016. / © EIC

Lors de la réunion du board, Gervais Martel annonce que les recettes sponsoring sont moins importantes que prévues. Comme lors de l'élaboration du projet de reprise (voir première partie de notre enquête), les actionnaires souhaitent renégocier voire rompre le contrat qui lie le club à Lagardère Sports (ex-Sportfive) jusqu'en 2023. Cette régie gère les droits commerciaux et les prestations commerciales du club. Elle salarie aussi des employés détachés à Lens. En contrepartie, Lagardère Sports prélève une partie des revenus commerciaux du RC Lens. Un exemple chiffré est transmis aux membres du board sur la base de prévisions pour la saison en cours : sur 7,18 millions de chiffre d'affaires liées aux activités gérées par Lagardère (RP, marketing, séminaires, billetterie CE entreprises), 2,78 millions de frais sont déduits, ainsi que 1,1 million de commission.   

Gervais Martel avait négocié ce contrat en 2008, lorsque le RC Lens avait du amortir le choc financier lié à une relégation sportive aussi brutale qu'inattendue en Ligue 2. Le club avait empoché en échange 8 millions d'euros cette année-là, puis 3 millions l'année suivante. Désormais, les bénéfices semblent moins évidents. Mais une rupture de contrat aurait aussi un certain coût qu'Ignacio Aguillo a chiffré à 3 millions d'euros.

In Front, une société suisse, filiale du groupe chinois Wanda (actionnaire minoritaire de l'Atlético), serait intéressée pour prendre la relève. "On a eu des discussions préliminaires", confie aujourd'hui Aguillo. "Ils étaient prédisposés mais il fallait entrer dans le détail. Tout ça dépendait aussi de l’indemnité de sortie du contrat Sportfive". 
 

Oughourlian prend "les choses en main" 
 

Si l'apport financier de Solferino et de l'Atlético de Madrid a offert de nouvelles marges de manoeuvre lors du précédent mercato estival (les recrues Cristian Lopez, Nicolas Douchez et John Bostock sont devenues les plus gros salaires du club, avec chacun environ 300 000 euros brut / an), les Sang et Or restent convalescents financièrement.

Les actionnaires envisagent d'injecter de nouveau 3 millions d'euros vers février/mars 2017. Le directeur financier, Gilles Deshayes, membre de l'ancienne équipe, est sur la sellette. Un chasseur de tête a été mandaté pour lui trouver un successeur.

Début janvier 2017, Joseph Oughourlian s'agace auprès d'Ignacio Aguillo quand ce dernier lui annonce qu'il n'a pas encore fait d'offre à l'un des candidats pressentis pour le poste. "Je deviens de plus en plus frustré ici", lui écrit-il. "Si on n’a pas bouclé avec quelqu’un de convenable (et tu as deux très bons candidats sur lesquels on était tous d’accord) avant le 15 janvier, j’aurai à prendre moi-même les choses en main". 
 
Joseph Oughourlian, l'actionnaire majoritaire. / © MaxPPP
Joseph Oughourlian, l'actionnaire majoritaire. / © MaxPPP

"Dès la fin 2016, je vais voir Miguel Angel (Gil Marin, patron de l'Atlético de Madrid NDR) et je lui dis : "Ça ne se passe pas bien"", confirme aujourd'hui l'actionnaire majoritaire. "Je n’en pouvais plus, je n’avais pas de reporting, pas de chiffre, il n’y avait rien, on était à vau-l’eau. Ignacio n’était jamais là, il était une fois en Chine, une fois aux Antilles ou en Inde. Il faisait 50 deals à la fois et il ne s’occupait pas de Lens". 

Le nouveau directeur financier, Arnaud Pouille, ancien secrétaire de la Ligue nationale de Rugby, est officiellement recruté le 13 mars 2017. Gilles Deshayes, lui, est licencié le 23.  

Le 19 mai 2017, c'est la douche froide au Stade-Bollaert. Malgré une large victoire à domicile contre Niort (3-1), la remontée en Ligue 1 échappe au RC Lens dans les dernières secondes de l'ultime journée de championnat, privant les Sang et Or des juteuses recettes de droits TV versées dans l'élite. Pour les actionnaires, cela signifie qu'il va falloir encore mettre la main à la poche. "Une montée en L1 en 2017 aurait été catastrophique, on se serait fracassé", relativise aujourd'hui Oughourlian.
 
Le Lensois Benjamin Bourigeaud en pleurs après l'échec de la montée du RC Lens en L1 en mai 2017. / © MaxPPP
Le Lensois Benjamin Bourigeaud en pleurs après l'échec de la montée du RC Lens en L1 en mai 2017. / © MaxPPP

En coulisses, du changement se prépare. Le 9 juin, trois mois à peine après son arrivée à Lens, le nouveau directeur financier, Arnaud Pouille, est promu directeur général délégué à la place d'Ignacio Aguillo. "Très rapidement on a eu des divergences avec Ignacio, la partie opérationnelle, il a complètement laissé tomber le truc", explique aujourd'hui Joseph Oughourlian. "Il était à la Gaillette un jour par mois, en coup de vent. Je l’ai rappelé à l’ordre plusieurs fois".
 
"La gestion d’un club requiert une présence plus importante et je ne pouvais pas consacrer le temps qu’il fallait au club", reconnaît Aguillo qui avance aussi des soucis d'ordre privé. 

L'épineuse question du fameux contrat Sportfive/Lagardère a également mis le feu aux poudres en mai 2017. "C'est ce qui a fait un peu exploser le truc", confie Oughourlian. "Ignacio, qui n’était pas du tout dans les histoires opérationnelles, s’empare du contrat de Lagardère et dit, faut le renégocier. Les commerciaux du RC Lens qui sont tous Lagardère, ils posent le fusil. Avec une atmosphère totalement délétère dans le club."
 

Négociations avec la Région

"J’ai été mandaté par les actionnaires qui avaient racheté le club huit mois avant et qui n'étaient pas satisfaits de la remontée des informations et de la visibilité à court et moyen termes", déclare Arnaud Pouille dans un entretien accordé à la lettre d'information News Tank Football le 27 juin. "On doit aligner tout le monde en interne, du board à l’accueil."  

Le nouveau directeur général délégué percevra un salaire brut annuel de 186 000 euros, avec un complément facultatif de 40 000 euros et 30 000 les suivantes. Et ce n'est pas le travail qui manque, ni les gros dossiers.
 
Arnaud Pouille, le nouveau directeur général du RC Lens. / © MaxPPP
Arnaud Pouille, le nouveau directeur général du RC Lens. / © MaxPPP

Dès le 20 juillet,  la région Hauts-de-France se manifeste. "Je me permets de revenir vers vous par mail au sujet du remboursement de l’emprunt de 11 millions d'euros par le RC Lens à la Région dans le cadre de la rénovation du stade Bollaert", lui écrit Audrey Demaretz, la directrice générale adjointe des ressources du Conseil régional. En février 2017, la Chambre Régionale des Comptes a "(invité) le Racing Club de Lens à définir un échéancier de remboursement avec la région et à arrêter avec celle-ci un taux d’intérêt de marché", relevant que l'emprunt, décidé sous la précédente présidence du socialiste Daniel Percheron, n'avait fait l'objet que d'un plan de remboursement très théorique. 
 

La Région a reçu fin juin le rapport définitif de la Chambre Régionale des Comptes et il doit être présenté aux élus lors de la prochaine séance plénière de septembre. Il y a donc urgence. "C’est (...) à compter du début d’année 2017 que les négociations avec le club ont commencé afin de définir les modalités de remboursement de l’emprunt conformément à la convention de mandat", nous a toutefois précisé Audrey Demaretz. "Ce n’est donc pas le rapport de la Chambre Régionale des Comptes qui a déclenché la phase de négociation."

Dans son message à Arnaud Pouille, le 20 juillet, elle évoque un "échange", en date du 22 mai, entre Gervais Martel et le président de région Xavier Bertrand (DVD), à l'issue duquel ont été établis les principes suivants : la durée du remboursement ne pourra pas excéder la durée du bail emphytéotique qui lie le RC Lens et la Ville de Lens, propriétaire du Stade, jusqu'en 2052 ; 330 000 euros seront remboursés tant que le club évolue en Ligue 2 ou dans une division inférieure  ; s'il monte en Ligue 1, les remboursements passeront directement à 660 000 euros par an.

Reste à régler la question du taux d'intérêt. La Région tente d'obtenir 2%. "L’emprunt réalisé par la Région s’apparente, sur la période de remboursement, à un taux fixe actuel de 2%", argue Audrey Demaretz auprès d'Arnaud Pouille. Ce dernier appellera à la rescousse les traders d'Amber Capital, le fonds de Joseph Oughourlian, pour peaufiner son argumentaire, et obtiendra un accord pour 1,84%.
 

La directrice générale adjointe des ressources du conseil régional se défend d'avoir cédé quoi que ce soit. "Le taux d’intérêt moyen payé par la Région s’établit à ce jour à moins de 1,15%, sans jamais avoir dépassé 1,513%", affirme-t-elle aujourd'hui. "Il ne peut en conséquence être affirmé que le taux obtenu par le RC Lens est inférieur au taux payé par la Région au Crédit Agricole. Il n’y a donc pas eu de "concession" faite au club."

En intégrant ce taux d'intérêt, les annuités versées par le RC Lens passeront toutefois de 330 000 à 450 000 euros à compter de 2020, si le club est toujours en Ligue 2.

La question du reversement de la TVA à la Région sur les travaux du Stade Bollaert est aussi réglée. "L’ensemble de ces titres de recette a été payé par le club", nous confirme Audrey Demaretz.

Arnaud Pouille trouvera aussi un accord, fin 2017, avec la compagnie d'assurance SwissLife, sur le fameux crédit dont certaines échéances de remboursement n'avaient pas été réglées début 2016. "L’échéancier de remboursement de l’emprunt a été fixé en accord avec SwissLife fin 2017 et suit son plan de remboursement", nous a-t-il fait savoir. "Il reste 2,4 millions d'euros à rembourser jusque 2021. Les intérêts prévisionnels ont été augmentés à due proportion du retard de remboursement lors de la renégociation de l’échéancier, et au taux initialement contracté".
 

Scénario de crise


Pour la saison qui se profile en Ligue 2, le RC Lens table sur une 3e place et une montée en Ligue 1. C'est le scénario qui a été transmis le 15 mai 2017 à la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG).

Pour y parvenir, Joseph Oughourlian est encore prêt à faire un nouvel effort, puisque 12 millions d'euros doivent être injectés en compte-courant (prêt d'actionnaire). De quoi rassurer le "gendarme financier" puisque le déficit prévu au 30 juin 2018, sera à peu près équivalent. 10 millions d'euros de vente de joueurs sont également programmés. Le RCL espère vendre à ce moment-là John Bostock, élu meilleur joueur de Ligue 2 aux Trophées UNFP du football, et le jeune défenseur Jean-Kevin Duverne, pour lequel le club voisin du LOSC serait prêt à mettre 5 millions d'euros. Une enveloppe de recrutement de 4 millions est annoncée.

Mais cet été-là, rien ne va se passer comme prévu. Il y a d'abord le transfert de Duverne qui capote fin juin, à cause d'une querelle d'agents. Comme un mauvais présage... Et surtout le début de championnat totalement catastrophique des Sang et Or qui enchaînent les quatre premiers matches sans prendre le moindre point. L'actionnaire majoritaire est furieux.

"C’est peut-être le mercato le plus catastrophique qu’on ait fait", juge aujourd'hui Joseph Oughourlian. "Il y a un premier mercato Ignacio - parce que lui, il s’est vraiment impliqué dans ce mercato - qui n’est pas celui qui me coûte le plus cher en termes financiers. Mais c’est sans doute celui qui me coûte le plus cher en termes d’équipe. C’est les Nations-Unies dans le vestiaire de Lens. Avec des types qu’ils sont allés chercher en Espagne, au Brésil, etc… je suis incapable de vous dire d’où ces types sortent, comment ils sont arrivés ici. Et cet échec là, il est vraiment orphelin. Quand vous demandez qui est allé chercher Dankler, Lemos, Tasoulis, Lendric, dans le club, il n’y a aucune main qui se lève. Ça, c’était Ignacio / Casanova. Ce sont eux qui ont fait ce mercato. Soit disant, ils ont parlé avec des gens de l’Atlético, je ne trouve pas non plus à l’Atlético de gens qui revendiquent la paternité des choix.

Aguillo refuse encore d'endosser la responsabilité de ce recrutement. "Moi je suis un gérant de club mais je n’entre pas dans les choix des joueurs, jamais". 
 
Le Grec Christos Tasoulis aux côtés d'Alain Casanova lors de sa présentation à la presse en juillet 2017. / © MaxPPP
Le Grec Christos Tasoulis aux côtés d'Alain Casanova lors de sa présentation à la presse en juillet 2017. / © MaxPPP


Le 20 août 2017, Joseph Oughourlian prévient personnellement Miguel Angel Gil Marin, le patron de l'Atlético de Madrid, qu'il va limoger l'entraîneur Alain Casanova et nommer Erik Sikora à sa place. "Erik est notre entraîneur de l’équipe B et est une figure historique du club (il était l’un des joueurs de l’équipe qui a gagné le championnat 98), beaucoup aimé par les supporters", écrit Oughourlian à son actionnaire minoritaire.  "J’espère que ce sera notre "Cholo" (surnom de Diego Simeone, le charismatique entraîneur argentin de l'Atlético NDR)". 

"Là quelque part, Gervais reprend la main pour finir le mercato", explique aujourd'hui l'actionnaire majoritaire. "On fait un deuxième mercato tout aussi mauvais. Là, ça me coûte beaucoup d’argent sur trois joueurs qui sont Bayala, Maazou et Markovic".  Selon des documents financiers transmis par Lens à la DNCG, Cyril Bayala a été acheté 1,65 million d'euros, Moussa Maazou 1,2 million (hors bonus).
 
Le coût du mercato de l'été 2017 du RC Lens - document transmis par le club à la DNCG / © EIC
Le coût du mercato de l'été 2017 du RC Lens - document transmis par le club à la DNCG / © EIC

Il faut attendre le 15 septembre pour que le Racing décroche sa première victoire, contre Sochaux. Neuf jours plus tard, une autre tête tombe, celle de Jocelyn Blanchard, le directeur sportif. "Pour votre information, notre nouveau directeur sportif (Eric Roy NDR) arrive lundi", annonce Oughourlian aux dirigeants de l'Atlético le 29 septembre 2017. "Dans le même temps, nous avons demandé à Gervais de faire un pas en arrière. J'en ai discuté hier avec Miguel Angel."
 
Jocelyn Blanchard, ex-directeur sportif, aux côtés de Joseph Oughourlian. / © MaxPPP
Jocelyn Blanchard, ex-directeur sportif, aux côtés de Joseph Oughourlian. / © MaxPPP


Lors du conseil d'administration du 9 septembre, il a été proposé que les fonctions de président et de directeur général soient dissociées. Gervais Martel n'aura donc plus de rôle opérationnel et Arnaud Pouille deviendra directeur général à part entière (et non plus délégué) à compter du 14 octobre. C'est lors de ce même CA du 9 septembre qu'Ignacio Aguillo a été radié du board. "Monsieur Aguillo n’ayant plus de fonction exécutive au sein du club, la présence de Monsieur Aguillo au Conseil d’administration n’est plus adaptée", peut-on lire dans le compte-rendu.

Arnaud Pouille planche depuis mi-septembre sur ce que la DNCG appelle "le scénario de crise", puisque celui d'une remontée en Ligue 1 présenté en juin est fortement compromis. Un budget révisé est transmis au "gendarme financier" le 31 octobre 2017

D'après ce document, le RC Lens n'espère guère mieux désormais qu'une 17e place ce qui signifie potentiellement 1 million d'euros de recettes moins. Les dépenses sont rabotées de 2,6 millions d'euros. L'enveloppe prévue pour les primes de match des joueurs est quasiment divisée par trois (500 000 euros contre 1,4 million prévus en mai).

Selon le budget révisé, le club doit encore réaliser 5,8 millions d'euros de ventes de joueurs d'ici juin 2018. Solferino, qui a déjà injecté 5,5 millions d'euros en compte-courant en juin 2017, prévoit de nouveaux apports en cash : 1,25 million en novembre 2017, 5 millions en janvier 2018, 1,6 million en mars 2018 et 3 millions en avril 2018, soit près 2,85 millions de plus que ce qui était prévu en mai.

La perte anticipée au 30 juin 2018 est d'environ 11,13 millions d'euros. Elle sera finalement supérieure. "La perte consolidée au 30 juin 2018 s’élève à 13,5 millions d'euros", nous a indiqué Arnaud Pouille la semaine dernière. "Pour cette saison (2018-2019 NDR), elle est estimée à 11 millions d'euros".
 

L'Atlético se retire 


Depuis le début de l'été, l'Atlético de Madrid a pris ses distances avec le Racing Club de Lens. Ses deux représentants au board, José Manuel Diaz Perez et Jacobo Ollero de la Serna ne se déplacent même plus aux conseils d'administration mais prennent encore la peine, parfois, de donner procuration à Joseph Oughourlian. Pour quelles raisons ? Ont-ils souhaité stopper les frais après l'échec de la remontée en Ligue 1 ? Les dirigeants du club espagnol n'ont pas donné suite aux questions que nous leur avons transmises.

"Les ressources de l’Atlético sont limitées, il y a toujours un coût d’opportunité", analyse aujourd'hui Ignacio Aguillo, qui ne travaille plus pour le club espagnol mais qui est toujours actionnaire de Solferino. "Est-ce qu’on doit consacrer x millions au RC Lens ou peut-être les consacrer à acheter un autre joueur pour l’équipe première à Madrid, c’est toujours une réflexion bien évidemment. Mais je pense que c’était plutôt un changement de stratégie où l’Atlético s’est dit : "désormais on va participer aux projets où on a le contrôle". Mais ça n’a rien à voir avec Joseph". 
 
Ignacio Aguillo, Gervais Martel et Alain Casanova en juin 2016. / © MaxPPP
Ignacio Aguillo, Gervais Martel et Alain Casanova en juin 2016. / © MaxPPP

Le 27 juillet 2017, l'ex-directeur général délégué a proposé à Miguel Angel Gil Marin, le patron de l'Atlético de Madrid, de signer un mandat à une société anglaise, Blackbridge Cross Borders Ltd, pour le mettre en relation avec la société sino-américaine Pacific Media Group (PMG), "pour la possible vente de notre participation dans le RCL". PMG est l'un des actionnaires de l'OGC Nice.

"Quand l’Atlético a évoqué le souhait de quitter le projet, on s’est mis à trouver des solutions, voir si ça valait la peine de faire entrer un tiers ou pas", confirme Aguillo. Paul Conway, le co-fondateur américain de PMG, nous a également indiqué avoir eu des réunions avec des responsables de l'Atlético mais il assure qu'il était intéressé par d'"autres choses" que le RC Lens.     

Le 20 novembre 2017, la "situation des associés minoritaires" est à l'agenda du conseil d'administration. Le retrait de l'Atlético de Madrid est officialisé le 19 décembre par un communiqué du RC Lens. "L'accord conclu concerne la reprise par Solferino, des 34,6% du capital du Racing Club de Lens détenus par Atlético Madrid soit l'intégralité de sa participation dans l'institution artésienne. Une requête sera déposée en ce sens dans les tout prochains jours auprès du Tribunal de commerce de Paris afin d'être autorisé à réaliser l'opération suite aux engagements pris en mai 2016 dans le cadre du plan de reprise du Club."  

Aujourd'hui, ce retrait n'est pas encore effectif, même s'il est bel et bien acquis. D'après les comptes 2017 de Solferino, parus au registre du commerce et des sociétés du Luxembourg le 30 octobre dernier, "conformément à l'acte notarié du 18 décembre 2017, relatif à l'achat des 10 854 actions représentant 34,65% du capital du RCL au prix de 3 000 000 euros", la société de Joseph Oughourlian "acquerra ces actions lorsque la condition suspensive du tribunal sera remplie jusqu'au 23 mai 2019". 
 
Arnaud Pouille et Joseph Oughourlian à Bollaert-Delelis en février 2019. / © MaxPPP
Arnaud Pouille et Joseph Oughourlian à Bollaert-Delelis en février 2019. / © MaxPPP


"Il y a un deal, ils sont sortis, mais ils m’ont laissé le temps de les payer", indique Joseph Oughourlian. "On s’est séparé très bons amis". Le 23 mai prochain marquera ainsi la fin définitive de la brève histoire entre les Colchoneros et les Sang et Or. L'Atlético de Madrid aura investi en tout et pour tout 3 millions d'euros à Lens et concédé un prêt d'actionnaire de 600 000 euros. Le club n'aura jamais prêté en revanche le moindre joueur au RC Lens. 

De son côté, l'actionnaire majoritaire a remplacé Gervais Martel, en juin 2018, à la présidence du club artésien. Sollicité, ce dernier n'a pas souhaité répondre à nos questions, avançant un droit de réserve.

Le 18 octobre dernier, le club a annoncé la mise en place d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) pour "assurer sa pérennité".

 


Rendez-vous mercredi pour de nouvelles révélations sur un autre club de football des Hauts-de-France.
 

Après une première saison en 2016, quinze journaux européens regroupés au sein du réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart en France, ont révélé en novembre 2018 la deuxième saison des Football Leaks, la plus grande fuite de l’histoire du journalisme. Plus de 70 millions de documents obtenus par Der Spiegel, soit 3,4 téraoctets de données, ont été analysés pendant huit mois par près de 80 journalistes, infographistes et informaticiens. Corruption, fraude, dopage, transferts, agents, évasion fiscale, exploitation des mineurs, achats de matchs, influence politique : les Football Leaks documentent de manière inédite la face noire du football. 
  
Comme pour la première saison des Football Leaks, Mediapart et l’EIC ont choisi de partager les documents avec France 3 Hauts-de-France et Mediacités. Nous avons aussi recueilli des documents et des témoignages inédits qui ne figurent pas dans les Football Leaks.
 
Le lanceur d’alerte Rui Pinto, principale source des Football Leaks, a été arrêté mi-janvier en Hongrie et se bat pour éviter une extradition vers le Portugal, son pays, qui le soupçonne de vol de données et de « tentative d’extorsion » (lire son interview ici). Deux mois avant son arrestation, Rui Pinto avait commencé à collaborer avec le parquet national financier (PNF), à qui il a remis 12 millions de fichiers informatiques issus des Football Leaks. Le PNF a lancé le 19 février une procédure de coopération judiciaire européenne pour partager ces documents, lors d’une réunion d’Eurojust qui a rassemblé neuf pays.

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