Pas-de-Calais : vers un reconfinement pour les trois prochains week-ends (au moins) ?

Au terme de réunions organisées entre les élus du département et le préfet, la proposition de reconfiner le Pas-de-Calais pour les 3 prochains week-ends a été faite au gouvernement. Un conseil de défense se tient ce jour, avant des décisions annoncées par le Premier ministre jeudi 4 mars.

À Arras, la place des Héros pourrait se vider pour les trois prochains week-ends au moins. Préfets et élus locaux ont proposé au gouvernement la mise en place d'un confinement le week-end dans tout le département du Pas-de-Calais.
À Arras, la place des Héros pourrait se vider pour les trois prochains week-ends au moins. Préfets et élus locaux ont proposé au gouvernement la mise en place d'un confinement le week-end dans tout le département du Pas-de-Calais. © DENIS CHARLET / AFP

Les réunions ont débuté lundi 1er mars. En comité restreint dans un premier temps : préfet, président du département et maires des deux communes détenant un centre de distribution de vaccins, à savoir Arras et Calais. Au coeur des échanges : que faire face à la circulation galopante du virus, alors que le taux d’incidence dépasse désormais les 400 et classe le Pas-de-Calais à la triste deuxième place des départements métropolitains où le virus circule le plus, juste derrière les Alpes-Maritimes.

La concertation s’est ensuite élargie pour aboutir à une proposition majeure : reconfiner tout le département pendant trois week-ends d’affilée (au moins), sur le modèle du confinement mis en place à Dunkerque. Le préfet en a informé le conseil de défense sanitaire réuni ce mercredi. C’est désormais à l’État de trancher, avant une prise de parole du Premier ministre prévue jeudi 4 mars. 

À noter que la situation sanitaire dans les quatre autres départements des Hauts-de-France est également scrutée de près. Des décisions similaires pourraient s'appliquer dans les prochains jours.

Le modèle du confinement dunkerquois appliqué dans le Pas-de-Calais ?

L’idée soumise par le préfet du Pas-de-Calais consiste à appliquer le confinement mis en place le week-end à Dunkerque dans tout le département. Ainsi, si la proposition venait a être acceptée, les habitants devraient rester chez eux du vendredi, 18 heures au lundi, 6 heures. Le système d’attestation serait remis en place pour les déplacements dérogatoires comme les courses alimentaires, un rendez-vous médical ou une promenade d’une heure dans un rayon de 5 km maximum.

La mesure entrerait en vigueur dès la fin de cette semaine, et concernerait pour l'instant trois week-ends :

En complément de cette restriction, d’autres mesures pourraient être mises en place, comme c’est le cas à Dunkerque.

Ainsi, le port du masque pourrait être généralisé dans tout le département (il n’est pour l’heure obligatoire que dans les aires les plus urbanisées, comprenant notamment les communes de plus de 10 000 habitants). Les espaces commerciaux de plus de 5000 m2 seraient fermés et la jauge remontée à 15 m2 par client dans les commerces encore autorisés à ouvrir.

Quelle situation sanitaire dans le Pas-de-Calais ?

Durcir les mesures semble inévitable dans un département où le taux d’incidence dépasse désormais les 400. Dans certaines agglomérations - notamment celles proches du Dunkerquois - le taux d’incidence dépasse même les 500. Sur les 19 intercommunalités du département, 18 enregistrent un taux d'incidence supérieur au seuil d'alerte maximal fixé à 250.

Le taux de positivité des tests atteints 10%, et le variant britannique gagne du terrain. Selon la maire de Calais, il représente désormais 68% des cas positifs dans le département, contre 38% il y a une dizaine de jours seulement.

La situation dans les hôpitaux du département est également très tendue, puisque près de 100% des lits de réanimation déployés sont occupés. Au 2 mars, 120 patients sont accueillis dans les services de réanimation du département. À titre de comparaison, ils étaient 128 le 17 novembre dernier, au pic de la deuxième vague.

Entre le 1er février et le 1er mars, 161 décès de patients Covid-19 ont été enregistrés dans les hôpitaux du Pas-de-Calais, soit plus de 10% des décès recensés dans les établissements hospitaliers du département depuis le début de l'épidémie au printemps dernier.

Le manque de vaccins en toile de fond

Selon les élus interrogés, reconfiner les week-ends semble désormais être la seule solution pour éviter une saturation totale du système hospitalier du département. Car contrairement à d’autres territoires, le Pas-de-Calais est à la traine sur la vaccination. "Nous avons plus de deux mois de retard, estime Natacha Bouchart, maire LR de Calais. Nous n’avons pas de prospectives suffisamment positives pour rattraper le retard et mieux organiser cette vaccination".

Un constat partagé par le maire UDI d’Arras et président de l’association des maires du département. "Le compte n’y est pas, déplore Frédéric Leturque. Le retard qui a été pris au mois de janvier expose un peu plus le département du Pas-de-Calais que d’autres".

"Le compte n’y est pas. Le retard qui a été pris au mois de janvier expose un peu plus le département du Pas-de-Calais que d’autres".

Frédéric Leturque, maire UDI d'Arras et président de l'association des maires du Pas-de-Calais

À Calais par exemple, près de 900 personnes sont inscrites sur les listes d’attente pour obtenir une première dose de vaccin. Une aberration pour la maire de la ville, qui dénonce une "discrimination" dans la répartition des doses de vaccin sur le territoire. "L’ARS est satisfaite parce qu’il y a 25 000 habitants du Pas-de-Calais qui ont eu leurs 2 doses sur 1,5 million d’habitants, rapporte Natacha Bouchart. Je ne vois pas comment on peut se satisfaire de ce résultat".

Dans le département, seuls 3,36% des habitantsont reçu au moins une dose de vaccin depuis le début de la campagne. Dans les Côtes-d’Armor par exemple, où le taux d’incidence est quatre fois moins important que dans le Pas-de-Calais, 6,22% des habitants ont déjà reçu une dose de vaccin.

La mesure de confinement le week-end apparait comme urgente pour freiner l’épidémie, dans l’attente d’un déploiement d’une stratégie vaccinale plus efficace dans le département. La balle est désormais dans le camp du gouvernement.

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