Environnement. Barbara Pompili réunit 46 ministres européens à Amiens : les enjeux pratiques et politiques

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Écrit par Mickael Guiho

La présence des ministres de l'environnement et de l'énergie des 27 États membres perturbera la circulation à Amiens ces trois prochains jours, alors que la ministre picarde réunit ses homologues à l'occasion de la présidence française de l'Union européenne.

27 ministres de l’environnement jeudi, rejoints par les ministres de l’énergie vendredi et samedi : les principaux pilotes nationaux de la politique climatique en Europe se retrouveront à Amiens cette semaine. Ils participeront à des "réunions informelles" destinées à préparer le prochain Conseil (institution de l’UE réunissant les ministres des gouvernements des États membres) le 17 mars, à Bruxelles.

L'événement s'inscrit dans le cadre des 6 mois de présidence française du Conseil de l'Union européenne (PFUE), débutée le 1er janvier et présentée ce jour par Emmanuel Macron devant le parlement européen.

Un premier sommet interministériel était organisé la semaine dernière sur la Défense et les questions internationales à Brest, en Bretagne, la région du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Pour l'environnement et l'énergie, direction donc les terres picardes de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique.

Messages aux Français et aux investisseurs étrangers

Co-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale sous François Hollande, réélue députée de la Somme sous l'étiquette de la République en Marche en 2017, Barbara Pompili avait accepté d'entrer au gouvernement en juillet 2020, non sans lever les doutes sur sa capacité à agir là où Nicolas Hulot, notamment, avait échoué. La voilà plus que jamais porte-parole de la politique du pas encore candidat à sa réélection Emmanuel Macron, accusé par ses opposants d'utiliser cette présidence de l'UE pour faire campagne.

"On n'a pas inventé ces réunions, il faut les faire, pose-t-on au cabinet de la ministre. Mais l'idée est de dire aux habitants que l'Europe apporte des choses concrètes.

Bien que dans un rôle neutre "d'animatrice" des négociations, qui l'amèneront à donner des conférences de presse quotidiennes où "elle s'exprimera au nom de l'Union et pas de la France", Barbara Pompili a prévu de largement communiquer en amont sur l'événement, avec plusieurs interviews dans les médias locaux et un discours ce soir devant les étudiants de l'Université Picardie Jules Verne.

Elle est très fière que ça se passe dans la ville où elle a été élue et où a grandi le président de la République. Mais elle ne va pas faire les marchés et distribuer des tracts, on n'est pas en train de faire campagne. Après, évidemment, la majorité assume totalement d'être très pro-européenne. L'idée est de montrer qu'il y a un gouvernement qui se positionne sur ces sujets et de dire aux habitants que l'Europe apporte des choses concrètes.

Cabinet de Barbara Pompili

Une visite de l'usine Ÿnsect, en construction à Poulainville, est par ailleurs prévue vendredi matin et sera ouverte à la presse. Les ministres auront aussi l'occasion de découvrir la cathédrale d'Amiens, cette fois "sans public" selon la préfecture. Ils profiteront également d'un "dîner de travail" au musée de Picardie.

Le cabinet ministériel avance "une dimension purement diplomatique". Il s'agirait de "faire découvrir les territoires de la France, autres que Paris ou Marseille, pour donner envie d'Amiens à des ministres qui ont des portefeuilles importants". 

La logistique et l’impact pour les habitants

Le sommet devrait rassembler "46 ministres, deux commissaires et un vice-président", selon la préfecture de la Somme. La plupart devraient être accompagnés. 25 journalistes seront également présents.

Un important dispositif de sécurité sera donc déployé, bien que la préfecture se refuse à en communiquer les contours. À titre de comparaison, le sommet breton avait mobilisé 1 850 membres des forces de l'ordre.

Pour les locaux, Amiens Métropole prévient que des perturbations de circulation sont à prévoir : "routes barrées ponctuellement, accès restreints, interdictions de stationnement, inversions de sens de circulation". La préfecture appelle à éviter son secteur, celui de Mégacité (où se dérouleront les échanges) et les abords des hôtels Marotte, Mercure et Moxy (où les ministres séjourneront), "plus particulièrement (…) de 9h à 11h et de 17h à 20h ainsi que le samedi de 7h à 9h".

Une marche pour le climat est aussi organisée à la gare d'Amiens, samedi à 14h, par des associations locales. Ce ne devrait pas être la foule des grands jours. Quelques dizaines d’internautes annoncent leur participation au rassemblement. "D’après l’organisateur, on atteindrait au maximum 500 personnes", confie la préfecture.

Le programme des discussions

"Boulot, boulot, boulot !" Voilà comment le cabinet de Barbara Pompili présente le contenu des trois journées à venir pour les ministres, qui enchaîneront les réunions thématiques "d'1h ou 1h30" chacune.

Le ministère de la Transition écologique a présenté l'ordre du jour, très chargé :

  • Produits phytosatinaires. L’UE veut réduire leur utilisation de moitié d’ici 2030. Les ministres discuteront de leurs "bonnes pratiques" et des "outils à mobiliser" pour avancer dans ce sens, mais aussi pour limiter l’importation de denrées traitées aux phyto, tout comme la production de produits phytosanitaires destinés à l’export.
  • "Stratégie pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques". Des changements de réglementation sont prévus cette année. Des mesures contre la production de substances dangereuses, aussi.  
  • "Lutte contre la déforestation importée". Le ministère français souligne que la commission européenne a proposé un règlement pour "éviter que des produits associés à des chaînes d’approvisionnement liées à la déforestation et à la dégradation forestière entrent dans le marché européen". Il veut échanger avec les États membres "sur les bonnes pratiques, les produits et les écosystèmes à prendre en compte en priorité et sur la coopération avec les pays tiers".
  • Prix de l’énergie. "Les ministres de l’Énergie poursuivront les débats (…) pour protéger les consommateurs européens de l’extrême volatilité des prix et gaz et de l’électricité et du niveau historiquement haut de ces prix."
  • Primauté de l’efficacité énergétique. La réduction des consommations et la lutte contre le gaspillage "en tant que levier primordial, doit être plus systématiquement pris en compte dans les politiques publiques", avance le ministère.
  • "Accélérer le développement de l’hydrogène bas-carbone" .
  • Filière bois et forêts. Ce sera la première session commune entre ministres de l'environnement et ministres de l'énergie, invités à dialoguer "en particulier s’agissant de l’augmentation de puits de carbone et de la production d’énergies renouvelables".
  • Une transition juste et sociale. La seconde session commune sera consacrée à cette orientation que Barbara Pompili souhaite donner à la transition écologique : "l’Europe devra faire en sorte qu’elle soit juste socialement, inclusive et qu’elle réponde aux préoccupations des personnes et des territoires les plus vulnérables."

Les forces en présence

Le Conseil réunit les ministres des États membres, non pas pour élaborer la politique commune de l'Union européenne, mais pour en négocier les modalités, coordonner les politiques nationales de chacun. "Les États sont d'accord sur l'objectif, mais ils ne le sont pas sur les détails, explique le cabinet de la ministre française. Le Conseil sert à trouver le chemin pour atteindre les objectifs déjà fixés."

Un travail entre membres de gouvernements aux intérêts et aux couleurs politiques différentes. Les pays de l'UE sont aujourd'hui majoritairement gouvernés à droite et au centre, parfois par des coalitions multicolores, parfois par la gauche.

Des nuances, voire des divergences, qui doivent s'articuler à l'occasion de ces réunions - à huis clos - des ministres européens. "Ça permet de se dire les choses, sans coups d'éclats médiatiques, estime le cabinet français. Sur chaque sujet, des coalitions se forment et tentent de ramener d'autres pays à eux."

La France est par exemple d'accord avec l'Espagne pour réformer le marché de l'électricité (que les deux nations estiment trop indexé sur le prix du gaz alors qu'elles en dépendent peu) quand d'autres pays souhaitent que "rien ne change". Barbara Pompili serait d'ailleurs très proche de son homologue espagnole, la socialiste Teresa Ribera, en fonction depuis juin 2018 : "Elles échangent par texto régulièrement pour débloquer des situations."

"Elle s'entend aussi très bien avec son collègue italien", assure-t-on. Pour la première fois chez nos voisins en février 2021, un ministre de la Transition écologique, gérant à la fois l’environnement et l’énergie, a été nommé. Il s'agit de Roberto Cingolani, un physicien difficilement classable politiquement mais qui a affirmé être "dans le gouvernement pour répondre à un défi : transformer notre système productif en modèle de développement durable (et) atteindre zéro émission polluante".

Le ministère français apprend encore à connaître le nouveau pouvoir allemand, qu'il qualifie de "particulièrement ambitieux". Cinq membres du gouvernement, renouvelé en fin d'année dernière, sont issus des Verts, dont la ministre de l’environnement Steffi Lemke, le ministre de l’Agriculture Cem Özdemir et le vice-chancelier Robert Habeck, qui supervise les politiques d’économie, d’énergie et de changement climatique.

Autant de potentiels alliés de poids pour Barbara Pompili, si tant est qu'eux-mêmes considèrent la ministre du gouvernement Castex comme une écologiste aussi déterminée qu'eux.