"On n'a plus qu'à déménager" : ils redoutent de voir 800 camions par jour dans leurs villages à cause d'un futur parc logistique

Quelques dizaines d'habitants du Bosquel et des communes alentours, dans le sud de la Somme, se sont rassemblés ce dimanche 10 mars pour exprimer leur mécontentement vis-à-vis d'un projet de construction d'entrepôts logistiques aux portes de leurs villages.

La pluie n'a pas freiné les opposants au projet de construction d'un parc logistique sur la commune du Bosquel, à 20 kilomètres d'Amiens. Ce dimanche 10 mars, équipés de leurs parapluies et de leurs pancartes, ils se sont rassemblés dans le village pour montrer leur mécontentement. C'est leur deuxième manifestation en 15 jours.

"On a appris le 12 février, par le Courrier picard, l'ouverture d'une enquête publique pour un projet qui va sacrifier 43 hectares de terres agricoles à moins de 100 mètres du village !, s'insurge Camille Ego, membre du collectif. On n'a eu aucune info au préalable de la part de la mairie, de la communauté de communes ou du porteur de projet." 

Près de 800 camions par jour

Mais de quoi s'agit-il ? Un promoteur prévoit de construire des entrepôts logistiques et des bureaux, dans trois bâtiments d'une surface totale d'un peu plus de 280 000 mètres carrés, dans le village d'un peu plus de 300 habitants.

L'activité de la plateforme consistera à entreposer des produits acheminés par poids lourds, avant de les réexpédier, par poids lourds également. Et c'est notamment ce point-là qui coince pour les riverains. L'étude d'impact publiée en août 2023 estime le trafic généré par cette nouvelle activité à 732 camions par jour, ainsi que 1 160 véhicules légers. 

On vient de la ville pour s'installer à la campagne, pour vivre heureux en plein air, et on va nous polluer avec 800 camions.

Une opposante au projet

"On est déjà pollués par les camions, on en a, je sais pas, peut-être 100 par jour. C'est déjà l'enfer, dès 3h du matin, ma maison tremble, s'agace Barbara Hoden, une manifestante. Si on en a 800 en plus, on a plus qu'à déménager ! On vient de la ville pour s'installer à la campagne, pour vivre heureux en plein air, et on va nous polluer avec 800 camions." Franck Amiache, adjoint au maire du village voisin, confirme : "On nous dénature la campagne. Ça fait 22 ans que j'ai quitté l'Île-de-France, c'est pour avoir une qualité de vie, pas pour avoir une zone d'activités aussi importante qui polluera à tous les niveaux."

Le promoteur n'était pas disponible pour répondre à nos questions ce dimanche. À noter que l'étude d'impact confirme l'augmentation à prévoir du trafic routier, mais n'évoque que "peu de risques de pollution atmosphérique" et conclut qu'il n'y aura "pas d'impact significatif du projet sur la santé de la population environnante". Toutefois l'argument de la tranquillité sur toutes les lèvres des opposants au projet. "On a l'impression que nos villages sont sacrifiés, que notre cadre de vie est sacrifié", souffle Camille Ego, qui qualifie par ailleurs le projet d'"aberration environnementale, puisqu'on parle de 43 hectares artificialisés". 

Des promesses d'emploi et de retombées économiques

Surtout, elle déplore que les habitants n'aient été ni consultés, ni informés par les collectivités locales ou par le promoteur. Le maire (DVD) de la commune, Gérard Glorieux, assure qu'il regrette aussi ce manque de communication. "Si on avait communiqué plus tôt, il n'y aurait pas eu ces manifestations", estime-t-il. L'édile dit comprendre l'opposition, mais soutient malgré tout le projet, assurant que le projet devrait rapporter environ 500 000 euros au village chaque année, essentiellement grâce à la taxe foncière. 

"C'est un plus pour la commune, ce sont des retombées économiques très importantes. Il y a des choses plus importantes dans la vie que le pognon, mais on ne crache pas dessus." Il met également en avant les centaines d'emplois potentiels. L'entreprise en promet jusqu'à un millier — mais ni les manifestants ni le maire ne croient à ce chiffre.

Le collectif d'opposants espère pouvoir faire annuler le projet, en encourageant tous les habitants du secteur à indiquer leur opposition au commissaire enquêteur avant le 13 mars, date de clôture de l'enquête publique. Ils ont également décidé de se constituer en association. 

Avec Émilie Boulenger / FTV