"Pour moi, 35 000 euros, ce n'est pas une petite somme" : les agriculteurs bio inquiets face au retard des aides de l'État

Tous les agriculteurs bio n’ont pas encore reçu les aides européennes. Certains fermiers annoncent des sommes allant jusqu’à 100 000 euros qui engendrent des problèmes de trésorerie. Dans la Somme, éleveurs, céréaliers et maraichers sont obligés de faire des prêts pour continuer l’activité. Une situation intenable pour certains.

Simon Catteau inspecte ses cultures. Les feuilles de pommes de terre commencent à être touchées par le mildiou. Dans ce champ de six hectares, située à Sailly-Laurette, dans la Somme, la situation n’est pas catastrophique, mais les taches brunes dues aux champignons commencent à apparaître ci et là.

Pas étonnant avec la météo de ces derniers mois. Sa parcelle a même été en partie envahi par une coulée de boue lors des dernières fortes pluies. "En bio, nous n’avons pas beaucoup de moyens de lutte contre ces champignons. Le mildiou est dévastateur. Quand elle se développe, la récolte est compromise. C’est un sujet d’inquiétude permanent", explique ce producteur qui a converti son exploitation de 100 hectares pour moitié en bio en 2018. Ses carottes, ses pommes de terre, ses haricots et petits pois bio sont vendus à l’industrie agroalimentaire.

Des aides européennes aux agriculteurs bio 

Jusqu’à l’année dernière, il touchait l’aide européenne de la Politique agricole commune (PAC) à la conversion à l’agriculture biologique. Comme tous les producteurs convertis au bio, il devait ensuite toucher l’aide au maintien. Mais celle-ci a été supprimée par la PAC 2023 et remplacée par les nouvelles mesures agro-environnementales et climatiques. Elles doivent permettent d’accompagner les exploitations agricoles qui s’engagent dans le développement de pratiques environnementales et ne sont pas réservées aux producteurs bio.

J’ai converti une partie de mon exploitation pour répondre aux attentes de la société mais au niveau des aides, ça ne suit pas.

Simon Catteau, agriculteur dans la Somme

Les exploitations conventionnelles peuvent en bénéficier aussi. Mais pour les agriculteurs bio, ces aides sont indispensables à la pérennité de l’activité. Elles sont normalement payées du 15 octobre au 1er décembre, mais de nombreux producteurs les attendent toujours, ce mercredi 19 juin et s’inquiètent. "J’ai converti une partie de mon exploitation pour répondre aux attentes de la société, mais au niveau des aides, ça ne suit pas. Et dans les faits, on consomme très peu de bio en France. Les céréales bio sont vendues quasiment au même prix qu’en conventionnel alors qu’on fait trois moins de rendement. J’ai beaucoup de collègues qui se déconvertissent et repassent au conventionnel", déplore Simon Catteau, qui a prévu une aide de 2 000 euros.

Des aides indispensables pour poursuivre l'activité 

Pour d’autres agriculteurs, cette aide constitue une véritable trésorerie, sans laquelle l’activité est menacée. Olivier Desmarest, qui s’est converti au bio il y a 20 ans, doit jongler avec les prêts bancaires et les retards de paiement à ses fournisseurs en attendant l’aide promise. "Tous les jours, je me lève, je regarde ma messagerie pour voir si l’aide a été versée. Pour moi, ce n’est pas une petite somme. Il s’agit de 35 000 euros", soupire l’agriculteur.

Cette aide, ce n’est pas de l’argent volé. Le cahier des charges est très strict pour en bénéficier

Olivier Desmarest, agriculteur et éleveur dans la Somme

Installé à Sainte-Segrée, au sud de Poix-de-Picardie, il cultive des céréales et élève des vaches pour fournir de la viande bovine. En tout, il possède 180 hectares, Une moitié consacrée aux cultures, l'autre à l'élevage. Toutes ses parcelles sont 100% bio. "Depuis la suppression de l’aide au maintien des agriculteurs bio, j’ai dû équilibrer cette perte et m’inscrire pour bénéficier des mesures agro-environnementales. En tant qu’éleveur, j’ai opté pour l’autonomie fourragère, c’est-à-dire l’autonomie alimentaire de mes bêtes à partir de fourrages produits sur la ferme. Et cette aide, ce n’est pas de l’argent volé. Le cahier des charges est très strict pour en bénéficier", rappelle Olivier Desmarest.

Aucune communication en vue

Selon la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, sur les 60 000 agriculteurs bio déclarés en France, 5000 à 10 000 n’ont pas reçu l’aide complète. "Cela peut aller jusqu’à 100 000 euros", nous confiait Simon Catteau, qui est aussi secrétaire général adjoint de la FDSEA de la Somme. Au micro de nos confrères de RTL, Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA indiquait : "Les agriculteurs en agriculture bio ont déclaré cette demande d’aide le 15 mai 2023, il y a un an et un mois. […] Le Premier ministre a dit 'on aura tout payé au 15 mars' pour nous dire ensuite 'tout sauf les aides bio'. Ce n’est pas tenable."

Les demandes d’aide sont instruites par les Directions départementales des territoires et de la mer. L’ASP, l’agence de services et de paiement, est le principal organisme payeur français désigné pour gérer les fonds agricoles européens de la Politique agricole commune. Lors d’une manifestation, organisé par les syndicats agricoles, en début du mois de juin, cet organisme payeur de la Somme a tenté de calmer les inquiétudes des agriculteurs bio. L’autorité a expliqué les retards par un problème de logiciel, mais aucun des producteurs que nous avons rencontrés ne sait quand les aides vont enfin leur être versées. Et chaque jour, en plus des charges administratives qui s’accumulent, ils doivent vérifier leur compte. "L’administration est embourbée, les aides de la PAC n’arrivent pas. On nous prend en otage", affirme Simon Catteau.

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