"Une rencontre au plus intime du tissu", une magicienne de la couleur naturelle nous initie au bleu d’Amiens

Elle s’appelle Hélène Brunel. Depuis une dizaine d’année, cette professeure d’arts plastiques s’est lancée dans la fabrication artisanale du bleu d’Amiens, en compagnie de son mari qui, lui, cultive la waide. Auprès d’Anne-Catherine Verwaerde elle évoque sa passion de la couleur, alors on a eu envie d’en savoir un peu plus, et on vous emmène pour un petit voyage au pays d’Hélène.

Il y a beaucoup de choses, dans la vie d’Hélène Brunel. Une petite famille de 5 enfants, dix ans d’activité en pédopsychiatrie, une licence d’arts plastiques, un goût prononcé pour les choses simples, des rencontres et des émerveillements. Il y a aussi des mots : couleur, transmission, douceur, passion, nature, artisan, poésie, et bien sûr bleu.

Et puis il y a une rencontre, décisive, avec un agriculteur. Il s’appelle Jean-Pierre Mortier, Il est à l’origine du renouveau de la waide en Picardie et se passionne pour la couleur naturelle. C’est auprès de lui qu’elle attrape le virus et plonge dans le grand bain…du bleu d’Amiens, évidemment.

>>> Extrait de l'émission Intérieurs diffusée sur France 3 à 12H55, le samedi

Pourquoi le bleu d’Amiens ?

Parce que ce bleu lui raconte une histoire qui lui parle : celle de sa terre picarde, celle des artisans wadiers du Moyen-Age, celle encore de l’édification de la cathédrale d’Amiens. Mais aussi car "de toute façon, c’est le plus beau", et elle ne s’en lasse pas.

Je pars d’une petite feuille de rien du tout, et on arrive à cette couleur magnifique 

Hélène Brunel

Elle en est tout émerveillée, et ça fait dix ans que ça dure ! Il faut dire que les plantes s’amusent souvent à cacher leur couleur. Comment imaginer que la feuille verte de la waide, petite plante toute simple, va donner du bleu alors que la plante fleurit jaune ? "Je pars d’une petite feuille de rien du tout, et on arrive à cette couleur magnifique".

Pour Hélène, c’est ça la magie de la couleur naturelle. Cette couleur que l’on obtient grâce aux plantes, qui se révèle au gré des bains, qui se montre parfois imprévisible mais toujours unique. Et comme dans la vie, tout commence par une rencontre. Chez Hélène, c’est dans la cuve que ça se passe. Et qui sait, peut-être aussi dans ses conversations silencieuses avec sa teinture ?

Il faut qu’il y ait une rencontre au plus intime du tissu

Hélène Brunel

Certes on évoque le côté magique de la révélation d’une couleur, mais ce bleu ne tombe pas du ciel, il demande à être fabriqué. "Il faut qu’il y ait une rencontre au plus intime du tissu : entre la molécule qu’on arrive à extraire dans notre bain, et le tissu. Ça, c’est de la belle chimie"

Le bain de la rencontre

Entre Hélène et sa couleur, il est peu de dire que le lien est intime et très personnel. Alors elle n’en rate pas une miette. Penchée sur sa cuve, elle vit au plus près cette transformation au cœur de la matière, même si elle dit qu’elle n’y est pas pour grand-chose : "moi je prépare le tissu, mais c’est la cuve qui travaille". En tant que profane on ne l’aurait peut-être pas vue sous cet angle…

Mais en écoutant Hélène on comprend mieux, cette cuve est un peu comme le ventre d’une mère, dans laquelle les éléments fusionnent pour donner naissance à la couleur. Et tout particulièrement dans le premier bain, celui qu’on appelle le bain de la rencontre.

"Quand ça sort de la cuve c’est vert bronze, et puis ça devient turquoise, émeraude, c’est très vivant, très joyeux. Et puis ça se fige, et ça s’apaise dans mon bleu après cette grande respiration". La vie, quoi ! Avec ses moments de joie, d’enthousiasme et d’énergie qui conduisent à l’apaisement. 

>>> Retrouvez tous les conseils d'Hélène dansl'émission Intérieurs sur france.tv en cliquant sur ce lien.

Dans son atelier, seule, au calme, Hélène savoure toutes les phases de la transformation. Son tissu a besoin de respirer pour que le bleu s’oxyde ? Et bien elle aussi elle respire, le temps que son bleu rejoigne sa jolie teinte. Une façon, dit-elle, de se recentrer.

Le bain de la rencontre, qui demande de faire les gestes les plus tranquilles possibles, est comme une retrouvaille avec les éléments. Quoi d’autre dans ce bain, sinon l’eau, le feu qui la chauffe, la terre d’où provient sa waide, et l’oxygène qui fait l’oxydation ?

Ah si : peut-être une autre chose, l’occasion de retrouvailles avec des gestes reçus en héritage. Et bien sûr, tout ça autour de sa cuve...

Il y a une humilité dans ces gestes-là. C’est pas grandiose, c’est des gestes simples

Hélène Brunel

Tremper le tissu avant le 1er bain, le tordre, le plonger lentement dans la cuve, le tordre à nouveau, le déplier, le poser sur le fil… Elle y pense souvent, à ces générations de femmes qui ont fait la lessive à la main !

"Il y a une humilité dans ces gestes-là. C’est pas grandiose, c’est des gestes simples". Simples mais créateurs, son bleu en dépend.

Ils sont les gestes de l’artisan, peaufinés et répétés inlassablement pour atteindre la maîtrise d’un savoir-faire. Fabriquer de la couleur, c’est facile. Mais atteindre l’uni parfait, c’est autre chose. Car "pour arriver à faire de belles tâches, il faut d’abord maîtriser un bel uni, et ça, ça se travaille". Ces gestes, elle a à cœur de les perpétuer et de les transmettre. En les répétant, en les adaptant à sa pratique, c’est comme si elle grandissait avec eux. Et grandir, chez Hélène, c’est un mantra. Vous l’aviez compris, non ?!

En attendant d’être très très grande (!), quand elle n'est pas dans son atelier ou en cours, elle emmène sa couleur en balade lors de fêtes médiévales ou autres manifestations. Si vous la croisez faites une halte, elle sera ravie de partager sa passion avec vous.

Et si l’aventure vous tente, Hélène Brunel propose des stages d’initiations, et c’est par ici !