11 novembre : trois anciens poilus évoquent leurs souvenirs de l’armistice de la Première Guerre

René Millot, Léon Courtin et Auguste Thin, trois vétérans normands de la Première Guerre mondiale / © Archives INA
René Millot, Léon Courtin et Auguste Thin, trois vétérans normands de la Première Guerre mondiale / © Archives INA

Ils venaient de Bayeux, Cherbourg ou Rouen, c’étaient des poilus, des soldats, tous disparus maintenant. Leurs témoignages existent grâce aux archives.  « Au fil du temps » vous propose d’en écouter trois qui évoquent, à leur façon, le 11 novembre.

 

Par Marc Michel-Dherissart

Trois hommes, trois soldats, trois témoignages du 11 novembre
Témoignages de poilus - Au fil du temps 8 novembre 2019



« Les hostilités seront arrêtées le 11 novembre 11 heures », message radio du Maréchal Foch

C’est un de ses hasards dont l’histoire a le secret que nous raconte René Millot, soldat rouennais.
A 33 ans en 1918, le soldat Millot est  opérateur radio auprès de l’état-major du maréchal Foch. Stationné à Senlis, il prend son service à une heure du matin ce 11 novembre. Après avoir « écouté des postes étrangers », à 5h40 il reçoit un message envoyé par le poste tour Eiffel. Un message, en morse, de l’état-major des armées, du maréchal Foch :

Les hostilités seront arrêtées sur tout le front le 11 novembre 11 heures. Les troupes alliées ne dépasseront pas le point atteint ce jour à cette heure.
Maréchal Foch, commandant en chef

En deux lignes de texte, René Millot devient l’un des premiers soldats informés de la fin de la guerre. Pour René Millot, les premières heures de ce dernier jour de guerre se passent donc à envoyer le message de l’état-major aux différents corps d’armée. Il quitte son service à 7 heures du matin ce jour-là, l’heure de fêter l’armistice viendra plus tard. 

René Millot interviewé en 1968 à Senlis, là où il a reçu le message du Maréchal Foch. / © TELE NORMANDIE / DR
René Millot interviewé en 1968 à Senlis, là où il a reçu le message du Maréchal Foch. / © TELE NORMANDIE / DR





« Soudain,  un cavalier est passé sur la route et a crié : à 11 heures c’est fini »…

Pour Léon Courtin, soldat de Bayeux, le 11 novembre 1918 est une journée qui commence «comme les autres », comme l’une de ses journées de guerre qui se ressemblent : stationné à Renwez, dans la région des Ardennes, le régiment se prépare à repartir « au contact avec les Allemands », autrement dit ce matin-là son régiment repart à l’attaque…

Après 4 ans de combats, de fureur,  c’est d’une façon presque anecdotique que Léon Courtin, 31 ans en cette année 1918, apprend la fin des hostilités.  « Un cavalier est passé au milieu de la troupe et a crié : à 11 heures c’est fini »….  Et à 11 heures, c’est un simple coup de clairon qui a sonné la fin de cette guerre. « On n’avait rien pour fêter ça » déclare L. Courtin…. Et que fêter d’ailleurs : le souvenir des camarades perdus au combat ? La démobilisation ? 

Engagé en août 1914, il sera démobilisé en mars 1919. Soldat au 320e d’infanterie (lien vers le journal du régiment pendant la premiére guerre), un régiment stationné dans la Somme au début du conflit, le soldat Courtin est engagé dans les grandes batailles de la première guerre mondiale : La Marne, Verdun, …. Quand il évoque cette période, Léon Courtin est économe de ses mots « c’était dur », puis le regard tombe, tourné vers ses souvenirs,  vers l’indicible, il parle alors  « des tas de cadavres » sans aller plus loin comme si les mots ne pouvaient traduire l’horreur des combats ou, comme il le dit, « des anicroches »…

« C’est une journée qui ne s’oublie pas » conclue simplement celui qui a vécu les 4 années du conflit dans le quotidien de la troupe.
En 1978, Léon Courtin, 91 ans, habitant de Bayeux, revient sur « sa » guerre dans un entretien réalisé par FR3 Normandie. / © FR3 Normandie
En 1978, Léon Courtin, 91 ans, habitant de Bayeux, revient sur « sa » guerre dans un entretien réalisé par FR3 Normandie. / © FR3 Normandie




« J’ai posé un bouquet d’œillets sur le 6e cercueil »

11 novembre 1920, la France s’apprête à fêter le deuxième anniversaire de l’armistice avec une cérémonie qui est une première mondiale : honorer la mémoire d’un soldat inconnu qui représentera tous les morts de France durant la guerre de 1914 -1918.
Encore faut-il enterrer un corps ? Mais où le choisir ? Lequel choisir ?

C’est à Auguste Thin, soldat cherbourgeois né en 1902, engagé en 1917, que revient ce choix… Auguste Thin a été choisi par André Maginot, un peu par hasard mais aussi parce qu’il était « sympathique, toujours prêt à rendre service » (d’après le témoignage de Janine Thin , sa belle soeur, en 2011 sur l’antenne de F3).
 


« M. Maginot (le ministre des Pensions et Allocations de guerre en 1920, l'équivalent actuel du ministre des Anciens Combattants) m’a confié un bouquet d’œillets que je devais poser sur le cercueil qui irait sous l’arc de Triomphe […] 8 cercueils (pour les 8 zones de combat en 1918) étaient disposés, j’ai choisi le 6e car j’étais soldat au 132e régiment d’infanterie (1+3+2) qui fait partie du 6e corps d’armée. »

Auguste Thin a ensuite accompagné le cercueil qui a été placé sous l’arc de Triomphe en ce 11 novembre 1920 (le cercueil sera descendu dans la crypte le 28 janvier 1921). Depuis cette cérémonie, la tradition du « Soldat inconnu » a été reprise par de nombreux pays. 
Les 7 autres cercueils ont été placés à  la nécropole nationale de Verdun où ils forment le carré des 7 inconnus.
A Thin en 1963 / © DR
A Thin en 1963 / © DR

 

La première guerre mondiale en chiffres

  • La guerre est déclarée le 3 aout 1914, elle s’achève le 11 novembre 1918, soit 1 562 jours de conflit.
  • Pendant 4 ans de conflit, le total des soldats mobilisés s’élève à 70 millions d’hommes (9 millions en France).
  • Le 11 novembre 1918, on estime qu’au total 10 millions d’hommes sont morts et que 20 millions sont blessés (pour la France, c’est 1.4 million de morts et 4.2 millions de blessés).
  • Le 22 aout 1914 est la journée la plus meurtrière pour l’armée française : 27 000 soldats meurent en 24 heures.

D’autres chiffres à lire ici (lien vers Le Figaro.fr)

Estimations :

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