L'association des victimes de l'amiante dénonce "l'interprétation des magistrats"

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Écrit par AFP/L.A
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L'association nationale des victimes de l'amiante (Andeva) lance une alerte sur "un risque de non-lieux dans les dossiers emblématiques
de l'amiante" basé sur une interprétation "totalement erronée" des expertises scientifiques

En 2015, les victimes de l'amiante ont essuyé un revers important quand la Cour de cassation a remis en cause la responsabilité des décideurs publics dans l'affaire de l'usine de Condé-sur-Noireau (Calvados). Elles craignent que d'autres suivent.

L'association nationale des victimes de l'amiante (Andeva) dénonce le risque que des non-lieux soient prononcés dans de nombreux dossiers emblématiques de l'amiante basé sur une interprétation "totalement erronée" des expertises scientifiques. 

En juin, les juges ont estimé impossible de déterminer la date d'intoxication d'un malade

En juin, les juges d'instruction, suivis par le parquet de Paris, ont estimé qu'il était impossible de déterminer avec certitude la date d'intoxication d'un malade exposé à la fibre cancérogène, un flou qui ne leur permettait pas de demander un renvoi devant les juridictions pénales. Cette interprétation pourrait ouvrir la voie à des non-lieux dans au moins une quinzaine de dossiers contre des entreprises dont les salariés ont développé des pathologies après avoir été exposés à l'amiante.

Si c'était le cas, l'Andeva a annoncé qu'elle ferait appel et irait, en cas de nouvel échec, devant la Cour de cassation. "Cela prendra encore au moins deux ans supplémentaires alors que les premières plaintes ont été déposées il y a 21 ans et que le nombre de victimes et de mis en cause décédés augmente toujours davantage", a souligné le vice-président de l'association, François Desriaux, lors d'une conférence de presse, dénonçant "un naufrage judiciaire".


Pour l'association, "les magistrats font dire le contraire au rapport d'expertise"

Pour l'Andeva, les magistrats s'appuient sur un rapport d'expertise rendu le 22 février 2017 "auquel ils font dire le contraire de ce qu'il dit". "D'un point de vue scientifique, il n'y a aucun doute : l'intoxication intervient à la date de la première exposition c'est-à-dire à la date de l'embauche dans l'usine", a relevé le professeur Christophe Paris du CHU de Rennes. "Pour preuve, les effets à l'origine du développement des pathologies débutent dès la première exposition", a-t-il noté.

Selon les autorités sanitaires, qui imputent à l'amiante 10 à 20% des cancers du poumon, l'exposition à cette fibre pourrait provoquer jusqu'à 100 000 décès d'ici à 2025. D'après l'Andeva, 3 000 personnes meurent chaque année. L'affaire a éclaté sur le front pénal à la suite d'une plainte pour homicides et blessures involontaires déposée par d'anciens salariés du groupe Eternit en 1996. Depuis, cette bataille judiciaire a donné lieu a une multiplicité de procédures.

Les victimes de l'amiante ont essuyé un revers important en 2015 quand la Cour de cassation a remis en cause la responsabilité des décideurs publics dans l'affaire de l'usine de Condé-sur-Noireau (Calvados).
Vendredi, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris dira si elle confirme ou non une dizaine de mises en examen de décideurs publics dans les dossiers des salariés du campus parisien de Jussieu et des chantiers navals Normed de Dunkerque.

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