Migrants à Ouistreham : le port de la Manche est-il un "anti-Calais"?

Le ministre de l'Intérieur est en visite à Ouistreham dans le Calvados ce jour où la présence migratoire a été importante précédemment. Aujourd'hui, une quarantaine de soudanais espère rejoindre l'Angleterre.

Dans la petite ville portuaire de Ouistreham ( 14), quelque chose a changé. Ostensible, un camion des gendarmes mobiles stationne chaque jour sur la place principale, non loin des étals où on vend le poisson certains jours, où un manège longtemps a pris ses quartiers et d'où l'on voit la gare maritime et le ballet des ferries venant ou partant pour l'Angleterre. Visages jeunes, presque juvéniles, capuches sur la tête pour se protéger du froid, allure athlétique, des migrants marchent dans la ville, le " bonjour" aux lèvres. " Ils sont entre 25 et 45 aujourd'hui contre 350 à 400 il y a plus de deux ans, alors oui , forcément, quelque chose a changé, tout a changé" nous explique le maire de la cité balnéaire,  Romain Bail,  pas peu fier de dresser ce constat. " Je croise les mêmes visages depuis six, huit, douze mois. Ce qui veut dire qu'Ouistreham n'est plus un port d'où on peut facilement gagner l'Angleterre. Durant le confinement, le nombre de navires est passé de trois à un par jour et la sécurisation du site , la présence de la gendarmerie , la collaboration avec le gouvernement britannique , tout ça concourt à la réduction du nombre de migrants ici". Et puis il y a une autre explication, géographique celle-là:  " les tentatives étant plus difficiles à partir des ports transmanches, la traversée de la Manche en canot est désormais d'avantage priviligiée depuis le Nord-Pas-de Calais". Avec la dimension tragique que l'on connaît, le drame récent des 27 migrants à Calais  est dans toutes les mémoires. 

Des traversées dangereuses

Plus éloignée de l'eldorado britannique, la Normandie est en effet moins propice aux traversées clandestines de migrants. Pourtant,  malgré la distance , certains migrants tentent néanmoins de rejoindre l'Angleterre.  En mémoire, Port-en-Bessin-Huppain (Calvados), dans le froid et la nuit, le 30 décembre 2020, une embarcation de petite taille chavire dans le port .

A son bord,  douze passagers dont un bébé de deux mois . Des migrants irakiens, tous récupérés in extremis sains et saufs. Ou encore tout récemment, le 10 novembre 2021 . Cette fois, ce sont vingt-deux migrants, sans gilets de sauvetage qui sont trouvés en difficultés en mer, à bord d'une petite embarcation de fortune qui prend l'eau,  à moins de 500 m de la plage de Saint-Martin-en-Campagne ( Seine-Maritime). 

C'est la cinquième fois en un an que des migrants sont interceptés dans ce secteur.  "Les migrants embarquent sur des pneumatiques à marée haute. Sauf que l'Angleterre, ils s'en rendent pas compte, c'est 120 kilomètres, et on ne les fait pas de la même façon qu'avec une voiture. Il y en a pour des heures et des heures avec tout le danger que ça représente" s'inquiétait Marc Foucout, responsable de la police rurale de Petit-Caux, en mars dernier. 

Ouistreham, un "anti-calais"? 

En pleine campagne présidentielle et alors que la question migratoire agite l'échiquier politique sous la pression de l'extrême-droite, Ouistreham accueillait ce jour Gérald Darmanin, ministre de l' Intérieur. L'exemple de Ouistreham serait-il un "anti-calais" pour servir une communication politique?

" Honnêtement, c'est un travail de longue haleine avec tous les ministres de l"Intérieur qui se sont succédés. L'Etat a mis les moyens ces dernières années en matière de sécurité et de contrôle et ça paye.  Car c'est à l'Etat d'agir et pas aux collectivités". Dans la ligne de mire de Romain Bail, à peine dissimulée : l'initiative passée du maire de Lion-sur-Mer ( Calvados). Située sur la côte de Nacre, la petite commune de  2 400 habitants,  à 5 km du port de Ouistreham a accueilli des migrants dans un lieu communal.  Jusqu'à  150 jeunes migrants, en provenance majoritairement du Soudan, ont successivement été hébergés. " J'ai fait ça par humanisme, j'allais pas les laisser dormir dehors ", explique Dominique Régeard, le maire de Lion-sur-Mer. 

"Moi j'ai toujours été clair, nous n'avons pas vocation à créer d'appel d'air ",  réaffirme le maire de Ouistreham. Quand à celui de Lion-sur-Mer, sans langue de bois, il explique avoir vécu une grosse pression de l'Etat suite à son initiative. " Aujourd'hui, on est loin du contexte de l'après- démantellement de la jungle de Calais, ils ne sont plus qu'une quarantaine, je ne suis pas sûr de renouveler la proposition.... "

Un campement de fortune avec une quarantaine de soudanais

Le long du chemin de halage de Ouistreham, un camp de fortune accueille aujourd'hui une quarantaine de migrants, essentiellement des soudanais. "Ce camp a commencé le 26 décembre 2017 mais plus rien à voir, ils sont très peu nombreux et il n'y a plus de tensions avec les forces de l'ordre ou entre eux" explique Denis Cambon, responsable des Restos du Coeur à Ouistreham.  Plusieurs  associations leur viennent en aide " pour leur procurer nourriture, vêtements, produits d'hygiène". " Ils bougent beaucoup entre Calais, Paris et ici". 

" Si on passe moins à Ouistreham, il y a toujours un peu d'espoir " relève le maire de Ouistreham " sinon ils ne resteraient pas là. Le camp appartient aujourd'hui aux soudanais, un peu comme une plate-forme. Je ne m'y rend pas. Certains migrants sont aussi hébergés chez l'habitant". Et de continuer : " En revanche, je suis allé au match de foot qui a eu lieu avec les migrants il y a quelques semaines". Ce jour-là avait lieu un  "  tournoi de l’humanité " entre migrants et qui le souhaitait,  au stade Kieffer de Ouistreham. 

 

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