Une plantation de thé en Normandie c'est possible : une nouvelle filière pour l'agriculture régionale ?

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C'est un beau défi relevé par une parisienne qui a tout plaqué, après le confinement, pour se lancer dans la culture du thé, quasi inédite en France. Gaelle Rousseau est en train de relever un défi incroyable au cœur de la Normandie et espère convaincre d'autres jeunes agriculteurs de se lancer.

Rome ne s'est pas fait en un jour et cette pimpante quinquagénaire pleine de ressources le sait bien. C'est plus qu'un rêve qu'elle est en train de vivre, c'est l'aboutissement d'une vie pleine de rebonds. Après une belle carrière parisienne dans le management et le marketing, Gaelle Rousseau entame une nouvelle vie... d'agricultrice. "Si on m'avait dit avant le Covid et le confinement que j'irai vers ça, je ne l'aurais pas cru ! Mais quand je me suis retrouvée ici pendant le confinement (ndlr : elle possède depuis longtemps une résidence secondaire dans le Pays d'Auge), c'est devenu une évidence. Et je me suis rapidement inscrite à une formation au lycée agricole près de Dozulé, avec du  présentiel et du distanciel avec une idée unique en tête : cultiver du thé, ma passion."

L'idée m'est venue pendant le confinement. Je n'avais jamais vécu aussi longtemps dans ma maison du Pays d'Auge. Et j'ai eu une révélation quand j'ai appris que le thé c'est en fait du Camélia. Un arbre qui pousse ici très bien avec de l'humidité et de l'ombre. Seul le sol n'est pas assez acide.

Gaelle Rousseau, Le Jardin de Thé

Pendant un an au lycée agricole Le Robillard , elle suit une formation sur les plantes aromatiques. "Rien n'existe pour le thé mais je me suis dit que c'était assez proche. Moi qui travaillait à Bercy, ça m'a donné les bases essentielles pour apprendre à devenir agricultrice."

Gaelle Rousseau a depuis planté elle même 700 pieds de Camellia Sinensis. "J'ai fait les trous moi-même, préparé ma nurserie, etc. C'est un régal de travailler dehors. Je fais tout toute seule. C'est très physique mais je dors bien le soir et je rumine moins", plaisante t-elle entre fierté et humilité.

Les petits arbustes ci-dessous ont déjà grandi mais pour le moment, la production est très faible. "Elle ne me permet pas de commercialiser mon thé. Beaucoup de gens m'en demandent mais il faut encore quelques années."

Une situation qui la plonge dans la difficulté pour obtenir des aides "agricoles". Il faudrait déjà qu'elle vive de sa production pour les obtenir, question de statut. Ce n'est pas encore le cas. 

Sans les montagnes sa plantation ressemblera peut-être à ça dans quelques années (photo ci-dessous). Pour le moment, seuls quelques producteurs de thé sont recensés en Europe: principalement en Suisse, Angleterre, au Portugal et en Italie du Nord ou plus près de la Normandie, à Jersey. "En Bretagne, deux producteurs font des essais. Ils ont de l'avance. Leurs plantes sont plus grandes que les miennes. Un jour nous serons certainement bien plus nombreux."

J'espère que c'est le début d'une nouvelle filière. Il y a de nombreux projets de plantations de thé en France actuellement. Je dirai au moins un dans chaque région

Gaelle Rousseau

Peut-être avez vous dans votre jardin un camélia du Japon avec ses fleurs roses. Le camellia sinensis ne lui ressemble pas vraiment. Il donne de jolies fleurs blanches que vous voyez ci-dessus. Il y a plusieurs floraisons dans l'année, particulièrement à l'automne et pendant l'hiver. 

Installée dans un écodomaine de 68 hectares avec d'autres producteurs

Gaelle Rousseau a cherché longtemps une terre pour cultiver ses arbres à thé. Jusqu'à arriver tout près de chez elle, à moins de 5 kilomètres des plages de Deauville ou Trouville, à Saint-Pierre-Azif (Calvados).

Elle a décroché un contrat de trois ans avec la communauté de communes de la Côte Fleurie qui gère l'écodomaine du Bouquetot. Une petite portion (ci-dessous) des 68 hectares lui a été attribuée. Six producteurs différents se partagent ce grand espace vert pour le moment : cabanes dans les arbres, maraîcher bio, producteur de spiruline, etc.

Son petit bout de terre, Gaelle le bichonne tout en surveillant ses plantations. Elle y construit un jardin avec une atmosphère inspirée d'Asie et particulièrement du Japon qu'elle adore. Ci-dessous, un portillon fait maison composé de bois ramassé dans la forêt environnante. 

Elle s'est aussi penchée sur des tables de dégustation taillée par elle-même. Et avec espièglerie, elle raconte qu'elle aime ces moments de créations "qui font du bien."

Dans son "Jardin de thé" ça sent la zenitude, le bien-être et le bon pour soi. "C'est ce que je souhaite. Faire un lieu accueillant et qui donne envie de venir."

Une école du thé pour apprendre à le cultiver et le fabriquer

Car avant de pouvoir vivre de sa production, Gaelle va devoir trouver d'autres sources de revenus. Cette passionnée a surtout envie de partager ce savoir faire qui a transformé sa vie.

Apprenons déjà avec elle à connaître cette plante très à la mode :  "Beaucoup de jardineries vendent en ce moment des arbres à thé. Je trouve cela très bien. Mais n'allez pas croire qu'il suffit de mettre quelques feuilles dans l'eau chaude."

Dès le mois d'avril-mai je vais accueillir ici des groupes pour apprendre à connaître le thé et savoir fabriquer du thé vert ou du thé noir. Les deux viennent du Camellia Sinensis. C'est la méthode de transformation qui est différente.

Gaelle Rousseau

Dans cette coque, on trouve les graines de thé grosses comme des noisettes qu'elle pourra replanter.

Avec les fleurs, Gaelle fait un peu de tisane, mais pas du thé !

Le thé c'est une histoire de goût et de saveur, comme le vin. On apprend très vite à le connaître

Gaelle Rousseau

Cuire ses feuilles de thé au wok

La méthode pour faire cuire ses feuilles de thé au wok ou à la vapeur vous la connaissez? L'une est chinoise, l'autre japonaise. Gaelle est là pour ça. Dès le printemps 2022, elle proposera dans son jardin des ateliers. Un grand projet qui lui est cher: partager sa passion et donner au thé l'opportunité de se développer. "On peut le cultiver même sur son balcon comme du basilic ou des tomates cerises."

Ses rendez-vous pédagogiques débuteront donc prochainement. Gaelle Rousseau est joignable via sa page Facebook ou son compte Instagram