Handicap. Comment rendre inclusives les aires de jeux d'enfants

Permettre aux enfants atteints de handicaps de pouvoir jouer avec des valides, c'est l'objectif des aires de jeux inclusives. Conçues pour tous types de déficiences, elles peinent encore à séduire les collectivités. Pour les sensibiliser à l'importance d'installer ces infrastructures, un Normand va parcourir 1 350 km en longboard.

Descendre un toboggan, faire de la balançoire, du tourniquet, ou tout simplement partager des activités dans un parc de jeux avec d'autres enfants, ce plaisir n'est pas souvent à la portée des jeunes porteurs de handicap. Pourtant, il existe depuis plusieurs années des aires de jeux dites inclusives, adaptées à tous les enfants, indépendamment de leurs conditions.

La plupart d'entre-elles requièrent des infrastructures de plein-pied, et des rampes d'accès, afin d'accueillir les fauteuils roulants. On trouve également des jeux en braille, en relief ou mélodiques pour les malvoyants, ou encore d'autres éléments sensoriels notamment liés à l'ouie. 

Après la mise à l'écart, boom des structures inclusives


"Nos structures sont catégorisées autour de 3 types d'activités : motrices, sensorielles et 
mentales, détaille Jean-Marie Freyling, responsable marketing et référent inclusivité chez Proludic, fabricant d'aires de jeux et d'équipements extérieurs. On essaie de réaliser des équipements qui vont permettre l'utlisation, l'inclusion, la stimulation. Selon le professionnel, Le handicap dans l'univers des équipements ludiques d'extérieur a été relativement mal traité pendant un certain nombre d'années. Ca a été fait a minima pendant un certain temps, par tous les fabricants, regrette-t-il. On a commencé à être vraiment efficaces en 2015, dix ans après la loi sur l'égalité des chances"



Depuis, il constate une forte croissance des demandes de réalisations d'aires de jeux inclusives, surtout depuis la création de la structure 100% inclusives de Tohannic, à Vannes, en 2019. Les collectivités ont bien saisi l'importance de proposer ce type d'infrastructure à sa population, même si certaines ne les placent pas au sommet des priorités d'investissement. 

On peut faire des aires de jeux inclusives basiques sans aucun surcoût par rapport à une installation classique. Mais la plupart du temps, il faut tout de même compter environ 20% de plus pour certains jeux adaptés. 

Jean-Marie Freyling, responsable marketing chez Proludic



La Manche, territoire engagé dans l'inclusion

En Normandie, les aires de jeux inclusives se comptent pour l'instant sur les doigts des mains...  Louvigny (14) vient tout juste d'en inaugurer. Argentan en a installé une en mars 2022. Dans la Manche, Surtainville, Barneville-Carteret et Courcy s'en sont doté quelques semaines plus tard. "Au départ, le volet inclusif n’a pas été pris en compte dans le projet, explique Sébastien Grand, maire de Courcy. Nous ne pensions pas que les aires de jeux étaient concernées par l’accessibilité. Puis, au vu de la mise en accessibilité des établissements recevant du public, cela est devenu une évidence. Ce projet est abouti et réussi. Chaque jour, des enfants viennent s’y amuser. Plusieurs habitants m’ont interpellé et félicité pour la réalisation de cette aire". Cette réussite devrait se reproduire prochainement dans les communes de Geffosses, Quinéville, Saint-Jean-d’Elle, Saint-Sauveur-Villages, Saint-Sauveur-le-Vicomte, dont les projets de création d’aires de jeux inclusives sont en cours de réalisation.

Précurseur en matière d'accessibilité, certifié "Territoire 100% inclusif", le département de la Manche a d'ailleurs édicté une brochure à l'intention de ses collectivités, afin qu'elles puissent plus aisément installer ces aires de jeux inclusives. "Tout enfant a le droit de s’amuser", clame Jean Morin, président du conseil départemental de la Manche. "Ce droit de jouer figure d’ailleurs très clairement et sans ambiguïté dans la convention internationale des droits de l’enfant, portée par les Nations Unies. Réaliser une aire de jeux inclusive, c'est offrir aux enfants et à l’ensemble des utilisateurs, qu’ils soient en situation de handicap, durable ou ponctuel, ou non, une approche ludique et pédagogique"


A Caen, une grande aire de jeux inclusive devrait sortir de terre en 2024, à la Colline aux Oiseaux. Le projet avait été soumis par l'association Handy rare et poly lors du concours des budgets participatifs lancé par la ville en 2021, et il s'agit aussi d'un engagement de campagne de Joël Bruneau, qui a promis que chaque nouvelle aire de jeux construite serait adaptée aux enfants handicapés. Ces installations pourraient aussi se développer dans les communes environnantes. Un entrepreneur normand s'est mis en tête de démocratiser ces installations accessibles au plus grand nombre d'enfants.

Un Caen - Venise en longboard pour sensibiliser au développement des aires inclusives

 
Tom Rodaro est menuisier à Luc-sur-Mer. Son entreprise, Tomy house, fabrique des tiny houses et des "wood-trucks". Papa d'un enfant autiste, il s'est mis en tête de développer au maximum des jeux inclusifs. "Quand on a un enfant avec un handicap, on comprend l'importance de ce type de structures. Pour un autiste, les jeux de couleurs, les puzzles, marchent très bien". Toutefois, la première réalisation qu'il entrevoit de construire serait un tourniquet pour fauteuil roulant. 

"Dans un premier temps, nous voulons fournir des annexes, pas des parcs entiers. Nous n'avons pas encore le savoir-faire, ni les agréments nécessaires mais nous sommes en train de passer les qualifications", détaille Tom Rodaro, qui va créer une association dédiée. Pour l'heure, pas de demandes de subventions, le menuisier veut trouver les fonds lui-même, en organisant trois ventes de charité durant un an, une cagnotte en ligne a même été lancée. "Nous estimons à 20 000 € la somme nécessaire pour construire l'annexe et commencer les études de faisabilité pour un parc entier"

Afin de développer son projet et de sensibiliser les collectivités à l'importance de la prise en compte des handicaps lors de la création des espaces de jeux, Tom Rodaro s'est lancé un défi. Parcourir 1 350 km en longboard, de Caen à Venise. Il espère que la médiatisation de son périple servira à changer l'approche de la société sur les infrastructures ludiques. 

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