Fin de vie : il se suicide avant son procès pour meurtre aux Assises de l’Eure

Publié le Mis à jour le
Écrit par Dominique Durand .

Un octogénaire devait comparaitre ce vendredi 7 octobre 2022 devant la cour d’assises de l’Eure. Il était poursuivi pour avoir tué sa femme atteinte gravement par la maladie d’Alzheimer.

C’est un procès qui aurait pu alimenter les débats actuels autour de la fin de vie. Ce vendredi 7 octobre 2022, Jacques devait répondre de son acte commis sur son épouse en 2019. Comme le soulignent nos confrères de Paris Normandie qui ont révélé les faits, "c'est un nouveau drame que vit une famille de l'Eure".

Sa femme souffrait depuis de nombreuses années de la maladie d’Alzheimer. Malgré un soutien infaillible, l’ancien médecin assistait impuissamment à la démence et la déchéance de celle qui a partagé sa vie pendant plusieurs décennies. Sa femme Monique n’était pas suivie pour sa maladie.

Le 18 juillet 2019, elle est à nouveau victime d’une crise délirante. Son mari prend alors un couteau dans la cuisine et la tue. Il prend ensuite l’arme pour se la planter dans le thorax. A l’arrivée des gendarmes, le couple est allongé dans son lit. Une lettre est trouvée où le père de famille demande pardon à ses enfants. Il parle d’un geste « impardonnable et inqualifiable ». Il craignait aussi de mourir avant elle. Jacques sera hospitalisé dans un état grave.

Par la suite, il séjournera en hôpital psychiatrique puis en détention provisoire pendant une année.

L’octogénaire était poursuivi pour le meurtre et non l’assassinat de sa femme. La préméditation n’avait pas été retenue par le juge d’instruction. Un expert psychiatre avait en effet diagnostiqué l’altération du discernement au moment des faits.

Quelques jours après avoir reçu son ordonnance de mise en accusation, Jacques se plante un couteau au niveau du cœur le 7 juin 2022. Il avait 84 ans.

L’accusé risquait en théorie la réclusion criminelle à perpétuité. Aucun proche ne s’était porté partie civile dans ce dramatique dossier.

Rémi Coutin, procureur d'Evreux regrette que le procès n'ai pas eu lieu tant pour les proches des personnes décédées que pour le sujet de société : "ça aurait été important que la justice puisse se prononcer par rapport à ce fait d’homicide en tant que tel et puisse venir apporter une réponse au nom de la société et aussi une réponse pour les proches de la victime. Ils n’auront jamais d’éléments de réponse. L’absence de procès va aussi empêcher un vrai débat sur la fin de vie qui est très actuel. Des procès comme celui-là peuvent être de nature à faire prendre conscience à la population des enjeux de l’euthanasie mais ça peut également être de nature à faire évoluer les consciences et donc peut être modifier la législation."

D’autres drames au scénario similaire ont eu lieu en France et relancent à chaque procès la question de la fin de vie et le poids des aidants au quotidien. Ceux qui ont fait l’objet de poursuites judiciaires et de condamnations relèvent majoritairement de peines symboliques avec sursis. En avril 2021, un retraité de Gonfreville-l’Orcher âgé de 83 ans avait été condamné à quatre ans de prison avec sursis. Il avait poignardé sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer.  

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