Hermès : le luxe à fleur de peau

Hermès, fleuron français du luxe et du savoir-faire, ouvre en avril un quatrième site en Normandie : une manufacture de maroquinerie dédiée à la sellerie dans cette région du cheval.

Hermès, la couleur orange, une calèche, un carré, un sac Kelly, un parfum, une odeur de cuir... Ce nom évoque une certaine image du luxe à la française. Lorsque que l'on pénètre dans les ateliers de cette marque de prestige, la culture d'entreprise est avant tout un état d'esprit et un savoir-faire, mais aussi la volonté de produire une maroquinerie 100% française. Son futur va s'inscrire de plus en plus en Normandie avec des sites de fabrication, mais aussi de formation d'artisans " maison".

Le luxe, une école exigeante

Ils étaient boulanger, jardinier, assureur... et débutent maintenant une nouvelle vie au Val-de-Reuil. En 2021, Hermès a créé au sein de son site de production une école des savoir-faire. Les apprentis sont formés pendant 18 mois aux outils et à l'artisanat du cuir en vue de décrocher un CAP. Ils sont 70, triés sur le volet puisque sur 10 candidats, un seul a été retenu.

Il faut aimer son métier, la maison, l'histoire et s'imprégner de cette histoire

Alix, responsable d'atelier à l'école Hermès des savoir-faire

Tous les formateurs s'accordent à rappeler que la transmission selon Hermès repose sur les préceptes : exigence, savoir-faire et passion. Ils suivent pas à pas et quotidiennement l'apprentissage des futurs artisans. Elise, qui était encore infirmière il y a 3 mois et qui ne regrette en rien son changement de voie, avoue "c'est difficile... mais on essaye, on se trompe, on recommence, on répète". Au bout de ce travail de précision et physique ; il y a la satisfaction de la réalisation d'un produit de A à Z. C'est une particularité de la maison, ici, on fabrique intégralement son produit. Créer un portefeuille Hermès peut prendre de 6 à 40 heures selon sa complexité.

Un travail parfait dépend de bonnes postures

La journée des artisans de la manufacture du Val-de-Reuil démarre par un échauffement du corps tout en douceur. Les employés préparent leur corps à l'effort. En effet, le travail du cuir, aussi souple soit-il, sollicite tous les muscles. Pour que le geste soit précis et tende vers la perfection, les postures sont essentielles. Ainsi, une bonne ergonomie permet de préserver son corps, c'est pourquoi les postes de travail sont équipés de tables électriques réglables. Pour Julie, artisan en maroquinerie chez Hermès, "il est conseillé de travailler debout, mais aussi d'alterner les postures et donc les muscles sollicités". Chez Hermès, on veille à la qualité du travail depuis près de 200 ans.

 

Une histoire qui se réinvente

Créée à Paris en 1837 par Thierry Hermès, la société réalise et vend des harnais. Déjà le cheval...  En 1880, Hermès étend ses activités à la sellerie et fournit alors l'aristocratie internationale. Puis au XXe siècle vont naître le fameux sac Kelly (dessiné 1935, mais devenu Kelly en 1956 en hommage à la Princesse de Monaco) et l'iconique carré Hermès en 1937. Mais on trouve aussi des cravates, du prêt-à-porter à partir de 1967, des montres, des chaussures, de l'orfèvrerie, des parfums... En 1951, Robert Dumas, à la tête de l'entreprise, dessine le fameux bracelet ancre inspiré par des bateaux amarrés en Normandie ! Pour Emmanuel Pommier, directeur général du pôle maroquinerie-sellerie d'Hermès, "La sellerie reste toujours le cœur de la Maison, mais il faut être capable de s'adapter... on renouvelle en permanence nos collections".

Le luxe ne connaît pas la crise

Malgré un contexte de crises économiques et géopolitiques, Hermès comme tout le secteur du luxe continue de se développer. En 2022, selon le classement de Brand Finance, il est même 5e dans le top 10 des groupes de luxe. La maroquinerie représente 50% du Chiffre d'affaires du groupe et 3800 artisans sur l'ensemble du territoire (chiffres de Ouest-France). Pour Emmanuel Pommier, "il faut renouveler en permanence nos collections, certains petits objets de maroquinerie n'existaient pas, il y a 2-3 ans. Il faut rester contemporain et parler aux usages d'aujourd'hui". Hermès est implanté en Normandie depuis 25 ans au Vaudreuil (Hermès Parfum), puis au Val-de-Reuil et à Louviers pour la maroquinerie. Cela représente 250 salariés...

À partir d'avril 2023, à Louviers, un nouveau pôle sera dédié à la sellerie.

Chez Hermès, on a coutume de dire que le 1er client, c'est le cheval !

Thibaud, artisan-maroquinier-sellier et cavalier !

Une sellerie au pays du cheval

"Il est symbolique de s'installer en Normandie, terre de cheval par excellence" déclarait Guillaume de Seynes, directeur général d'Hermès en 2020 à Ouest-France. Mais, cela permet aussi de décharger un peu le site historique du Faubourg saint-Honoré. Ce sera la 2ᵉ manufacture de la marque et 250 emplois créés pour la Normandie. Des selles sont déjà fabriquées par des artisans du Val-de-Reuil. Beaucoup d'artisans selliers sont des cavaliers passionnés. Ainsi, Thibaud est devenu sellier, car il "voulait comprendre comment on fabriquait une selle", on fabrique d'abord la selle pour le confort du cheval, et ensuite pour le cavalier". Les objets de sellerie sont créés à partir des plus belles peaux. 

L'une des 1ères tâches, c'est la lecture de la peau

Emmanuel Pommier, directeur général pôle maroquinerie Hermès

En effet, "la première chose qu'on demande à un produit Hermès, c'est de durer, après, on regarde les caractéristiques esthétiques" donc la lecture consiste à observer "la structure de la peau, là où elle sera la plus résistante". La plus belle des récompenses pour les gens d'Hermès, c'est quand une de leur création est transmise... On ressent de manière vibrante la passion des artisans d'Hermès lorsque Grégory, responsable de l'atelier maroquinerie, nous raconte des étoiles dans les yeux "ce que sont capables de faire mes artisans, c'est admirable !".

Retrouvez le reportage de Frédéric Laffond et Eric Lombaert au sein des ateliers Hermès dans Enquêtes de Région, "Normandie, terre de luxe" avec notamment Deauville, une certaine idée du luxe, une rencontre avec l'ancien barman de l'Hôtel Normandy, un portrait du dernier tailleur Rouennais et enfin "Qu'est-ce que le luxe pour vous ?"