Journée internationale de la biodiversité : route des hérissons, crapauducs… Ces dispositifs dont vous ignoriez peut-être l’existence en Normandie

Une étude du CNRS a confirmé il y a quelques jours la responsabilité de l’agriculture intensive et des pesticides dans la chute du nombre d’oiseaux sur le continent européen. De nombreuses autres espèces animales sont en outre menacées d’extinction. A l’occasion de la Journée internationale de la biodiversité, nous nous sommes penchés sur les initiatives insolites destinées à protéger la biodiversité en Normandie.

Le chiffre est affolant : en 40 ans, l’Europe a vu sa population d’oiseaux réduite de 25%... 20 millions d’entre eux meurent chaque année. Selon l’ONG WWF, plus d’une espèce animale sur trois pourrait disparaître dans les années à venir. Industrie de masse, mondialisation, réchauffement climatique… Les causes sont multiples. En Normandie, plusieurs leviers ont été activés pour protéger la biodiversité. Zoom sur les plus inattendus.

Des routes à crapauds et des "crapauducs" pour sécuriser la migration nuptiale des amphibiens

Ne vous étonnez pas si vous apercevez, entre février et mars, les bords de route se parer de bâches. Elles sont destinées à guider les crapauds en terrain sécurisé ! Chaque année, ces deux mois représentent en effet un véritable fléau pour cette espèce protégée. Les crapauds, qui ne peuvent se reproduire que dans l'eau, traversent les routes, aussi fréquentées qu'elles soient, pour se rapprocher des mares... Et se font écraser en masse.

Solution peu coûteuse : les routes à crapauds. Elles redirigent les amphibiens vers un seau que des bénévoles, comme ceux des Crapauds de Léry (Eure), déplacent ensuite de l'autre côté de la route. Pas forcément esthétiques, elles peuvent pourtant sauver jusqu'à 4 000 individus par nuit.

Pour faciliter la migration nuptiale des amphibiens, certaines communes sont allées plus loin. Comme celle d'Amfreville-sous-les-Monts (Eure), près de Val-de-Reuil. Sur la D19, entre le Val-Pitan et l'entrée du village, un passage a été creusé directement sous la route. Ce dernier doit permettre aux crapauds de traverser en toute sécurité, et de rejoindre leur destination clé : un bras mort de la Seine.

Cependant, s'il est toujours fonctionnel, son efficacité reste malheureusement limitée : "il ne permet presque pas aux crapauds de passer car il n'est pas sur un secteur de fort passage lors des migrations printanières", précise Anne-Laure Pitrou-Frodello, de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) Normandie. Sur ce secteur, les petites mains des bénévoles restent donc la solution la plus efficace.

Des jardins connectés pour sauver les hérissons

Murs, grillages, haies trop denses... Autant d'obstacles possibles pour les hérissons. Le Groupe Mammalogique Normand a ainsi émis l'idée de créer des passages entre les jardins, privés et publics, pour faciliter les déplacements de ces petits mammifères nocturnes. Ces derniers parcourent en effet entre 1 et 4 km chaque nuit pour trouver de la nourriture.

Plusieurs villes normandes se sont associées au projet. A Caen, l'initiative Piqu’Caen a permis de créer une centaine de passages, connectant plus de 200 jardins - et plus d'habitants encore. A Rouen, 32 Rouennais ont manifesté leur intérêt pour le projet. Des ouvertures de 15 cm de diamètre seront ainsi construites prochainement sur leur propriété.

Si peu d'études existent sur le sujet, la LPO et l'association France Nature Environnement, qui réalisent un comptage participatif, relèvent que la population de hérissons tend à diminuer en France. Nos confrères de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes rappellent également qu'il est impératif de respecter leur régime alimentaire. A bannir, donc, les croquettes pour animaux de compagnie !

Des "écoponts" au-dessus des autoroutes pour faciliter le passage des animaux

Lever les yeux. Vous y êtes ! Si vous apercevez ce type de ponts (ici en construction), qui dominent les autoroutes, sachez qu'il ne sont pas conçus pour les automobilistes mais... Pour les animaux. Majoritairement des cervidés, mais potentiellement, également, des sangliers ou tout autre gibier. Vous en apercevrez quelques-uns au-dessus de l'A28, dans l'Orne. Mais pas que.

Voici leur fonctionnement :

Ces "passages à faune" aériens ne sont pas recouverts de bitume mais d'herbe et de végétaux. Ils semblent plus pratiques et plus instinctifs pour les animaux, qui ne traversent pas forcément les couloirs souterrains qui leur sont dédiés, comme à Eu, souligne Ouest France.

Attention à la taille des haies !

Enfin, profitons de cette Journée internationale de la biodiversité pour rappeler que la période est propice à la nidification et la reproduction des oiseaux. Alors que 32% des espèces d’oiseaux nicheurs sont menacés d’extinction en France selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de Normandie invite donc les particuliers à ne pas tailler leurs haies jusqu'au 15 août

Ces dernières peuvent en effet cacher de nombreuses espèces d'oiseaux (rouge-gorges, merles, fauvettes à tête noire...), mais aussi de petits mammifères (hérissons, écureuils, petits rongeurs...), des amphibiens et une grande variété d'insectes. Laissez donc le sécateur dans l'établi, idéalement jusqu'au mois de novembre.

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