Carottes de Créances et dichloropropène : de 10 à 100 000 euros requis à l’encontre des maraîchers de la Manche

Le procès des producteurs de carottes de Créances soupçonnés d’avoir importé et utilisé un insecticide interdit s’est terminé vendredi 21 mai 2021. Jusqu’à 100 000 euros d’amende ont été requis par le parquet. Le tribunal prendra sa décision finale le 1er septembre prochain.

100 tonnes de dichloropropène, pesticide interdit depuis 2018 en France, aurait été utilisés par une dizaine de producteurs de carottes de Créances.
100 tonnes de dichloropropène, pesticide interdit depuis 2018 en France, aurait été utilisés par une dizaine de producteurs de carottes de Créances. © Charly Triballeau - AFP

Au tribunal de Coutances, ce vendredi 21 mai 2021, se déroulait le troisième et dernier jour du procès des maraîchers soupçonnés d’avoir importé d’Espagne et utilisé 100 tonnes de dichloropropène sur leurs cultures de carottes. Ce pesticide, classé cancérogène probable et utilisé pendant des décennies par les producteurs de carottes de Créances (Manche) et des environs, est interdit en France depuis 2018. Vendredi, de 10 à 100 000 euros d’amende ont été requis par le Parquet à l’encontre des prévenus.  Le Parquet a également requis les peines suivantes: 70 000 euros contre l'intermédiaire qui commandait le produit en Espagne, 50 000 euros contre l'homme qui groupait les commandes et assurait la livraison, 20 000 euros contre l'entreprise de travaux agricoles qui épandait le produit la nuit et 10 000 euros contre son gérant qui faisait de fausses factures d'élagage.

Toutefois, aucune peine de prison, même avec sursis n’a été requise, ni d’inscription sur le casier judiciaire, pour ces maraîchers au casier vierge. "Vous n’êtes pas des voyous", a rappelé le procureur de la République qui a néanmoins regretté le silence des producteurs présents dans la salle. "Nous n’avons pas perçus les hommes présents derrière les prévenus", a-t-il souligné. A l'exception d'un seul d'entre eux, tous ont gardé le silence sur les conseils de leurs avocats.

Jugement mis en délibéré

Finalement, la seule maraîchère entendue vendredi, était dans l’autre camp, celui des parties civiles : Annick Briand, porte-parole de la Confédération paysanne de la Manche, un syndicat qui a demandé des dommages et intérêts. Elle a expliqué que l’ensemble de la profession avait été entachée par l’utilisation du dichloropropène interdit. "La FNSEA entre autres se plaint beaucoup de "l’agri bashing" que subit la profession. Ne rien dire face à des gens qui fraudent, c’est nourrir cette possibilité d’"agri bashing", donc c’était important que la profession condamne de manière ferme des actes illégaux. C’est difficile mais il fallait le faire pour dire aussi que tous les autres producteurs sont des gens qui respectent les règles", s’est-elle confiée à de France 3 Normandie.

Quand je me suis installée à Lingreville (une commune proche de Créances), il y avait beaucoup de veuves. Les hommes étaient morts de ce produit.

Annick Briand, porte-parole de la Confédération paysanne de la Manche à l'AFP

Les maraîchers n’ont pas été totalement absents des plaidoiries des avocats de la défense vendredi. Ces derniers se sont focalisés sur les procédures et sur une enquête qu’ils estiment bâclée, s’en prenant notamment au Procureur de la République et à ses "méthodes de cowboy". Les avocats de la défense ont, en tout cas, rejeté le concept de "bande organisée". Tous ont demandé la relaxe pour leurs clients.

Le jugement doit être mis en délibéré. La décision du tribunal sera connue le 1er septembre 2021 à 14 heures.

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