De la philo au bio, portrait du nouveau président de la FDSEA de l'Orne, Sylvain Delye

Sylvain Delye a décidé de reprendre la ferme familiale à 32 ans, après un parcours professionnel bien rempli, entre les cours de philosophie et les services RH dans de grands groupes ou des mairies. Installé au Ménil-Broût, près d'Alençon (Orne), en agriculture biologique, cet éleveur bovin vient d'être élu président de la FDSEA.

Sylvain Delye apprécie Blaise Pascal. Il a même écrit son mémoire sur cet auteur, né il y a tout juste 400 ans, dont les citations n'ont pas pris une ride et résonnent avec son propre parcours.

"Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point"

Sylvain Delye grandit à la ferme. Il aime, petit, aider son père le mercredi et le week-end mais préfère écouter son cœur et partir philosopher sur les traces de l'auteur des Pensées. "Je me souviens du discours de mon père. C'était un métier difficile, physiquement et financièrement."

Lui qui a toujours aimé "le pragmatisme et le côté touche-à tout de Blaise Pascal" commence à sillonner les classes, comme professeur de philosophie remplaçant. "Je me suis rendu compte que ce n'était pas pour moi". Sylvain Delye travaille alors en région parisienne, dans les services de ressources humaines, "A Bouygues, aux Assedic, et dans certaines mairies" . Jusqu'en 2005. 

Son père tombe en effet malade. Sylvain Delye revient à la ferme pour l'aider à labourer les champs et une fois sur le tracteur, il se voit bien y rester. Il en parle à sa femme, persuadé qu'elle refusera. "Elle m'a dit oui, du tac au tac. Je n'avais plus d'excuses".  Il a alors 32 ans.

"Il n'y a de bien en cette vie que l'espérance d'une autre vie".

Pascal décidément l'inspire. Il reprend l'exploitation bovine et s'occupe d'une centaine de vaches allaitantes, soit 250 animaux, avec les veaux. Sylvain Delye convertit la ferme à l'agriculture biologique.

En fait, je pratiquais le bio sans le savoir, comme Monsieur Jourdain. Ce qui m'intéresse, c'est vraiment de valoriser le terroir.

Sylvain Delye, président de la FDSEA - Orne

C'est d'ailleurs pour défendre ce terroir qu'il s'engage au syndicat des "jeunes agriculteurs" (JA). Sa ferme est située dans une zone Natura 2000 et il prend en charge la commission environnement.

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Sylvain Delye a décidé de reprendre la ferme familiale à 32 ans, après un parcours professionnel bien rempli, entre les cours de philosophie et les services RH dans de grands groupes ou des mairies. Installé au Ménil-Broût, près d'Alençon (Orne), en agriculture biologique, cet éleveur bovin vient d'être élu président de la FDSEA. ©France 3 Normandie

Rencontre signée Ayi-Benjamine Rombhot et Damien Migniau

"Il n'est pas certain que tout soit certain".

Tel son maître à penser, Pascal, le nouveau président de la FDSEA de l'Orne se plaît à briser les idées reçues, notamment sur son syndicat, longtemps perçu comme celui de la culture intensive.

D'une voix posée, il explique :

Il faut arrêter avec les caricatures comme celle de la FDSEA, qui serait le syndicat des grosses exploitations et la confédération paysanne, celui du bio. Il faut savoir que notre organisation - la première en France - rassemble en nombre le plus d'agriculteurs bio. Nous avons dans nos rangs des grandes mais aussi de très petites exploitations.

Sylvain Delye, président de la FDSEA-Orne

Sur cinquante votants, 48  ont voté en sa faveur. Deux se sont abstenus. La preuve, selon lui, que la FDSEA de l'Orne n'a pas de préjugés sur l'agriculture biologique. 

"Je ne suis pas là pour défendre ma cour de ferme. Je veux défendre tous les agriculteurs et toutes les agricultrices, qu'ils soient en bio ou en conventionnel. L'idée, c'est que chacun puisse vivre de son métier", insiste-t-il.

L'éleveur souhaite donc rassembler, ouvrir la porte et favoriser la transmission entre les agriculteurs expérimentés et les plus jeunes. D'ici dix ans, un agriculteur de l'Orne sur deux partira à la retraite. "Il faut donc préparer la relève et ne pas perdre les expériences de nos aînés, conclut Sylvain Delye.

Blaise Pascal lui aurait répondu : "La nature s'imite. Une graine jetée en bonne terre produit. Un principe jeté dans un bon esprit produit".

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