Naufrage du Mylanoh dans la Manche : pas de poursuites pour les quatre marins-pêcheurs de Dieppe

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Écrit par Dominique Durand .

Le 3 février 2022, trois marins-pêcheurs perdaient la vie dans le naufrage de leur bateau « le Mylanoh ». Un an après, l’équipage du navire qui avait signalé leur disparition, a été entendu par la justice.

Hakim, Alan et Thierry sont morts le 3 février 2022. Ce drame est encore dans la mémoire des pêcheurs de la baie de Seine. Cette nuit-là, ils étaient à bord du Mylanoh pour pêcher la coquille Saint-Jacques. Un autre bateau de pêche le « Bienvenue » a lancé une alerte au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) de Jobourg. Ils précisaient avoir percuté une coque retournée. Le CROSS avait immédiatement dérouté les navires de pêche à proximité afin de rallier la zone et secourir d'éventuels naufragés. Mais les conditions météorologiques avaient interrompu les recherches.

Les corps de deux marins âgés de 28 et 51 ans seront finalement découverts quelques jours plus tard par des plongeurs de la Marine nationale. Le corps de l’élève, scolarisé au lycée maritime de Fécamp, n’a jamais été retrouvé. Son père se rend tous les jours sur le port du Havre où il ne reste que la carcasse du Mylanoh : "tant que je serai encore vivant, je serai là tous les jours, dans l'équipe ils l'appelaient le petit chouchou... et le petit chouchou, il nous manque", témoigne ce père inconsolable qui a tatoué le prénom de son fils sur son avant-bras. Il regrette de n'avoir jamais pu s'entretenir avec les membres du "Bienvenue".

Un accident camouflé en naufrage ? 

Les deux marins étaient restés piégés à l’intérieur du chalutier découvert à 28 m de fond. Au début de leur enquête, les gendarmes maritimes avaient d’abord pensé qu’un de leur filet de pêche était resté accroché au fond de la mer, entraînant l’arrière du navire par le fond. Mais au fil des investigations, un autre scénario se dessine avec l’intervention d’un autre navire de pêche. L’épave a pu être analysée et certaines traces de peinture ainsi que l'enregistrement des échos radars portent à croire que le « Bienvenue » aurait pu accrocher les câbles de pêche du Mylanoh et l’entrainer au fond de l’eau. Cette hypothèse pourrait expliquer pourquoi les balises de détresse du« Mylanoh » n’ont jamais été activées.

Pratiquement un an après le drame, ce sont donc les mêmes marins pécheurs qui ont donné l’alerte, qui ont été entendus par les enquêteurs au Havre.  Les quatre hommes ont été placés en garde à vue le mercredi 18 janvier. Le parquet du Havre précise qu'ils ont été entendus pour "homicide involontaire" et libérés sans poursuites. 

Les gardes à vue de trois marins ont été levées dès mercredi soir. Le capitaine du Bienvenue a lui été entendu encore jeudi 19 janvier. Lors de ces interrogatoires, il a maintenu ne pas avoir vu le Mylanoh, tant sur l'eau que sur son écran radar. Il a redit qu'il avait percuté le Mylanoh alors que la coque de celui-ci était déjà retournée. Il est ressorti libre. Aucun des quatre marins n'est poursuivi pour l'heure.

L'enquête continue, précise le parquet du Havre, confiée au groupement de gendarmerie maritime de la Manche Mer du Nord.

Depuis cette nuit tragique, l'hypothèse d’un accident était dans la tête de beaucoup : « Certes, les conditions climatiques étaient mauvaises, mais de là à se retourner, on n’y croyait pas. On pensait plus à un accident. Le « Bienvenue » a pu tirer sur les câbles qui relient la drague au bateau et comme c’était un chalutier donc plus gros que le Mylanoh forcément ça a dû le retourner », nous précise un poissonnier qui travaillait avec l’équipage du Mylanoh.

Ce commerçant avait échangé au moment du drame avec le patron du coquillard qui émettait de sérieux doutes sur la version donnée au moment de l’appel au secours. Il était en vacances lors de l’accident et avait confié la sortie à son second qui lui-même avait expérimenté.

Le silence de la mer

 « Chez les pêcheurs, c’est le silence qui règne. Ils règlent les problèmes entre eux et en disent le moins possible », ajoute le poissonnier. Ce drame est toujours dans la tête de chacun même si personne n’en parle facilement. Un des cousins des victimes interrogé aux retours des bateaux jeudi précise "l'esprit marin, c'est pas ça, on est là pour s'entraider, on n'est pas là pour faire cela. Ça ne fera pas revenir les gars mais juste que la vérité éclate !"

Après de longs mois de procédure avec la justice et les assurances afin de prouver sa bonne foi, le patron a racheté un navire qu’il a baptisé « Haalty ». Ce nom reprend les premières lettres des trois victimes.

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