Affaire Mamoudou Barry : la première journée d'audience interroge la responsabilité pénale de l'accusé

Le procès qui s'est ouvert ce matin à la cour criminelle de Seine-Maritime se tient jusqu'au vendredi 16 septembre. Les 5 magistrats de la cour doivent déterminer dans quel contexte Damien A., l'accusé, a mortellement blessé Mamoudou Barry, le 19 juillet 2019, à Canteleu, et surtout si sa pathologie psychique, la schizophrénie, a aboli son discernement au moment des faits, ce qui le rendrait irresponsable pénalement. Récit d'un premier jour d'audience qui soulève de nombreuses questions.

A l'ouverture de son procès, l'accusé est accompagné par un véritable petit convoi : une ambulance qui le transporte jusqu'au palais de Justice, depuis le centre hospitalier du Rouvray où il réside actuellement en unité fermée, l'UMD (Unité pour Malades Difficiles), ainsi qu'un véhicule de l'administration pénitentiaire. Depuis son arrestation le 22 juillet 2019, Damien A. est hospitalisé du fait de sa pathologie : la schizophrénie.

L'accusé est-il apte à comparaître ? 


La question a été posée à des psychiatres en amont du procès. Ces derniers ont rendu des conclusions favorables à sa comparution. Selon eux, l'accusé est apte à répondre aux questions de la cour. Pourtant, dès cette première journée d'audience, magistrats et avocats naviguent encore à vue quant à la teneur des interrogatoires qu'ils vont pouvoir mener avec Damien A., lourdement sédaté dans le cadre du traitement de sa maladie. 

A l'entame, le Président de la cour parvient malgré tout à obtenir des aveux : "je reconnais les faits" soupire celui que l'on accuse de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner à l'encontre de Mamoudou Barry ce 19 juillet 2019.

Mais lorsque les questions deviennent plus  spécifiques, les échanges avec l'accusé deviennent moins fluides, parfois à peine audibles tant la médication du jeune homme rend son élocution difficile. Depuis son box, l'air hagard, son regard se pose souvent dans le vide. 

Cet état de sidération interroge l'un des avocats des parties civiles, qui demande confirmation auprès de la cour : l'expertise médicale a-t-elle bien conclu à l'aptitude à comparaître ? Le Président acquiesce. L'avocate de la défense nuance : sa sédation le fatigue grandement et "le force même au repos l'après-midi". Il faudra donc privilégier des questions en matinée. Les regards se tournent vers l'accusé, toujours plongé dans la torpeur. "Pas de questions, Monsieur le Président",  l'avocate générale, les avocats des parties civiles et de la défense s'accordent : il n'y aura pas d'interrogatoire de l'accusé pour aujourd'hui.

Le discernement de l'accusé était-il aboli au moment des faits ?


La réponse à cette question sera déterminante pour que la cour puisse donner un verdict. En droit pénal, on distingue deux états, l'altération et l'abolition du discernement, comme l'explique Maître Verdier, avocat des parties civiles. 

Cette première journée d'audience est d'ailleurs dédiée aux auditions des proches de Damien A. A commencer par ses deux parents. La cour veut comprendre quel est le profil de l'accusé, son parcours de vie. Sa mère, la première à prendre la parole ce matin, livre un témoignage effrayant : celui d'une maman qui perd son deuxième enfant, alors que Damien est encore en bas âge, d'un mari violent dont elle se sépare en 2008, et d'un sentiment général d'impuissance face au comportement de son enfant. 

A la barre, elle évoque des violences dès l'enfance, une expulsion d'un établissement scolaire, puis des coups que le grand frère assène à ses petites sœurs pendant l'adolescence. Désemparée, elle explique même ne pas répondre à l'interphone quand, une fois adulte, Damien se rend à son domicile, par peur qu'il se montre violent. 

Elle dit d'ailleurs avoir alerté les autorités sur le danger potentiel que pouvait représenter son fils, la police, sa curatrice nommée en 2011 face à la schizophrénie du jeune homme et son incapacité à gérer ses finances, et même l'hôpital où Damien A. a été plusieurs fois pris en charge. Aux soignants qu'elle contacte, elle explique que son fils ne prend plus son traitement, ce à quoi on lui aurait répondu "tant pis, il ira en taule", raconte-t-elle. 

Un parcours cabossé, un cadre familial compliqué (Damien A. aurait selon les dires de sa mère très mal pris la séparation de ses parents), un traitement médicamenteux en intermittence : autant d'éléments que les 5 magistrats de la cour doivent prendre en compte pour établir la responsabilité pénale de l'accusé, et, le cas échéant, la circonstance atténuante que peut représenter sa pathologie psychique. 

Peut-on parler d'un crime raciste? 

C'est l'autre grand axe de ce procès : ce 19 juillet 2019, lorsque Damien A. rue de coups Mamoudou Barry, son geste est-il motivé par des idées racistes? C'est ce qu'a toujours clamé la veuve du défunt, Fatoumata Barry, lors de ses dépositions et témoignages. Selon elle, l'accusé aurait proféré des insultes à caractère racial avant de s'en prendre à son compagnon. Pourtant, durant l'audience, son entourage nie l'avoir déjà entendu tenir des propos racistes. Dans le box des parties civiles, Fatoumata Barry, reste sceptique. 


La question de l'acte raciste est en effet centrale dans ce procès et d'autres témoignages, notamment des témoins de la scène à Canteleu, devraient permettre de l'éclairer au fil des prochains jours d'audience. Au banc des parties civiles, SOS Racisme a tenu à se faire représenter en la personne de Maître Verdier. 

Le procès doit encore durer deux jours. Des experts psychiatriques sont notamment attendus à la barre afin de déterminer l'état de la santé mentale de l'accusé au moment des faits. 



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