Contournement Est de Rouen : le conseil municipal vote symboliquement contre la liaison

Le conseil municipal de Rouen a décidé, ce jeudi 17 décembre, de voter contre le projet de contournement Est. Au sein de la métropole, le débat continue de faire rage.

Illustration. Le projet de liaison A28/A13 - Contournement Est de Rouen (futures A133 et A134) a été déclaré d'utilité publique par le Conseil d'Etat.
Illustration. Le projet de liaison A28/A13 - Contournement Est de Rouen (futures A133 et A134) a été déclaré d'utilité publique par le Conseil d'Etat. © Jean-François Frey/MaxPPP

Le conseil municipal de Rouen, à majorité socialiste, a voté symboliquement, ce jeudi 17 décembre, contre le projet de contournement aurotoutier de Rouen par l'Est. Un geste motivé par "l'urgence climatique", a précisé la mairie.

"Il serait irresponsable de continuer à soutenir des projets issus du monde d'avant tel que le contournement Est de Rouen", peut-on lire dans cette motion du groupe EELV-Générations approuvée à 46 voix pour, dont celles du maire PS Nicolas Mayer-Rossignol, et de son groupe au conseil municipal.

Neuf voix, celles de l'opposition, se sont prononcées en faveur du projet. Personne ne s'est abstenue. Ce vote est symbolique puisque ce n'est pas la ville qui doit participer au financement de cette liaison, mais la métropole de Rouen, où les débats sont plus tendus.

Des débats au conseil métropolitain

Au conseil métropolitain de Rouen, le débat continue de faire rage, notamment lors de la dernière séance du lundi 14 décembre, lorsque le sujet a été abordé.

"C'est une infrastructure du passé", a tonné lundi soir le vice-président EELV de la Métropole Jean-Michel Bérégovoy. "Ce contournement est très attendu par les habitants et les entreprises", a rétorqué Laurent Bonnaterre élu de l'opposition.

Le contournement Est de Rouen, d'une longueur de 41,5 km, n'était pas à l'ordre du jour de ce conseil, mais ce fut le sujet le plus abordé avec celui des zones à faibles émissions.

Un "état d'urgence écologique"

Le nouveau président PS de l'agglomération Nicolas Mayer-Rossignol, 43 ans, s'est prononcé pendant la campagne électorale contre ce projet que son prédécesseur, Yvon Robert, s'était engagé à financer à hauteur de 66 millions d'euros. 

"Je n'ai pas changé d'avis" depuis, a confirmé lundi, pour la première fois depuis son élection, celui qui est aussi le nouveau maire de Rouen. Le jeune fabiusien s'était, pourtant, prononcé en faveur de ce projet lorsqu'il présidait l'ancienne région de Haute-Normandie.

"Je fais partie de celles et ceux qui avaient sous-estimé l'état de notre planète", a expliqué devant le conseil M. Mayer-Rossignol, évoquant un "état d'urgence écologique".

La Région maintient son financement

La Région Normandie (centriste) a de son côté confirmé à l'AFP qu'elle maintenait son financement à hauteur de 157 millions. Et le président LREM de la Seine-maritime s'est dit "à titre personnel" favorable au maintien du financement départemental, dans un communiqué.

Le principal contributeur, l'État, a pour sa part fait savoir qu'il ne s'imposerait pas contre la volonté locale de ce projet lancé il y a plus de 40 ans. 

Le préfet vient de demander par courrier aux trois collectivités de "solliciter la confirmation par délibération avant fin février de leur engagement financier".

© France 3 Normandie

Des publicités dans la presse locale

Les élus de la majorité PS ont-ils comme leur nouveau président, changé d'avis sur le sujet ? Nicolas Mayer-Rossignol ne semble pas pressé de soumettre la question au vote. "Ce n'est pas une obligation réglementaire", a estimé le socialiste devant la presse avant de promettre : "Le débat aura lieu."

Il est visiblement déjà relancé. "Quelques élus veulent remettre en cause ce projet. Avec nous, réaffirmez votre soutien", martelait chaque jour du 7 au 12 décembre une pleine page de publicité achetée par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la Métropole, dans le quotidien régional Paris-Normandie.

Pour la CCI, le contournement est "un projet écologique" qui détournera les "milliers de camions" qui "n'ont d'autres solutions que de traverser le centre ville de Rouen". Et les tribunes sur le sujet se sont multipliées dans la presse locale depuis que le Conseil d'État a validé l'utilité publique du projet en novembre.

Un coût écologique ?

Le projet induit notamment l'émission de 50 000 tonnes de CO2 supplémentaire par an, a rappelé le Conseil d'État, soit 50 jours d'émission d'une zone de 700 000 habitants.

La France ne tenant déjà pas ses engagements de réduction d'émission de gaz à effet de serre, faut-il continuer à augmenter les tonnes de CO2 dans l'atmosphère ? Le doute est plus que permis et remet en cause les 66 millions que notre collectivité devait consacrer à cette autoroute à péages.

Stéphane Barré, élu PCF

"Il peut y avoir des compensations pour limiter cet impact", a estimé Laurent Bonnaterre qui ne voit pas comment créer la zone à faible émission dont l'État exige la création à Rouen, sans ce contournement Est.

Pour M. Mayer-Rossignol, l'attractivité économique n'est par ailleurs pas un argument en faveur du contournement. Les Néerlandais et les Belges "poussent pour un canal Seine-Nord, pas pour une grande autoroute entre Amsterdam et Paris", a-t-il dit au conseil. 

"Une chose est sûre: ça coûte de l'argent (...) Si on met l'argent là, on peut pas le mettre ailleurs"

Nicolas Mayer-Rossignol, président de la métropole Rouen Normandie

 

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