TEMOIGNAGE. "Je vais vous décrocher la tête" : un professeur menacé de mort par un parent d'élève

Publié le

Un professeur du lycée Val-de-Seine au Grand-Quevilly, près de Rouen (Seine-Maritime), affirme avoir été menacé de mort par un parent d'élève. Il a porté plainte. L'affaire est prise très au sérieux. Les enseignants se sont mobilisés et les cours ont été suspendus ce lundi matin. Témoignage.

Ce lundi 7 novembre, la rentrée a été retardée de quelques heures au lycée Val-de-Seine à Grand-Quevilly, près de Rouen. Les élèves du lycée ont trouvé porte close jusqu'en milieu de matinée. Pour seule communication, ils ont reçu un message la veille leur indiquant que tous les cours étaient annulés jusqu'à 10h15.

Selon nos informations, cette fermeture était liée à une réunion de crise qui s'est tenue en présence des équipes enseignantes, du proviseur et même de l'inspection de l'académie. Le motif : une violente agression verbale qu'un parent d'élève aurait proféré à l'encontre d'un professeur de l'établissement. Les faits auraient eu lieu avant les vacances, le jeudi 20 octobre. Ce jour-là, l'enseignant dit même avoir été "menacé de mort". Encore sous le choc, il a accepté de témoigner.

"Il était 17h, nous étions en rencontre parents-professeurs. En attendant le prochain rendez-vous, je corrigeais mes copies et à un moment, je vois un homme costaud arriver vers moi et me dire 'Qu'avez-vous contre ma fille ?' ", raconte le professeur. 

L'homme en question est le père d'une élève de 16 ans qui souffrirait de problèmes de dyslexie. Un problème qu'ignorait le professeur qui place ses élèves dans l'ordre alphabétique. Le nom de famille de l'élève se terminant par la lettre Z, le jeune fille avait du mal à suivre les cours du fond de la classe. Le parent d'élève avait pourtant averti le proviseur et depuis, l'élève avait été changée de place pour être à l'avant. "Je n'étais pas au courant de son handicap", précise le professeur.

"Si vous continuez je vais vous décrocher la tête"

Face au professeur, le parent d'élève hausse le ton et se montre agressif : "vous prenez ma fille pour une merde, vous parlez mal à vos élèves." Un autre professeur intervient pour tenter de le calmer. "Avant de sortir de la salle, il me pointe du doigt et hurle : 'Si vous continuez comme ça avec ma fille, je vais vous décrocher la tête !' Il était furieux, son regard était menaçant, je l'ai pris très au sérieux !"

Depuis cet évènement, le professeur est en arrêt maladie. Son état psychologique a été jugé trop fragile pour reprendre les cours. 

"Je ne veux pas être un deuxième Samuel Paty. Je ne me vois pas revenir dans cet établissement. J'ai demandé au rectorat à changer de poste pour me protéger."

Professeur menacé

"On peut toujours dire qu'on parle sur le coup de l'énervement, mais si ça se trouve, il aurait pu passer à l'acte", s'inquiète le professeur.

Une plainte déposée

Une plainte a été déposée et selon nos informations, le parent d'élève aurait été auditionné par la police. "La rectrice et la directrice académique condamnent fermement ces agissements : de telles menaces n’ont pas leur place dans un établissement scolaire. Elles apportent tout leur soutien à la communauté éducative du lycée Val de Seine", indique le rectorat dans un communiqué.

"L’Inspectrice d’académie a aussitôt rédigé un signalement au procureur de la République et la rectrice a accordé la protection fonctionnelle à l’enseignant menacé. Un lien constant a été maintenu avec la préfecture de Seine-Maritime. L’équipe mobile de sécurité est mobilisée depuis le 21 octobre au lycée Val de Seine."

Cette affaire est prise très au sérieux et n'est pas sans rappeler la tragique histoire de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité devant son collège à Conflans-Sainte-Honorine en 2020.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité