Ce qu'il faut savoir sur l'usine Lubrizol de Rouen, un site dangereux classé “Seveso seuil haut”

L'usine Lubrizol à Rouen photographiée en 2013 / © Charly Triballeau / AFP
L'usine Lubrizol à Rouen photographiée en 2013 / © Charly Triballeau / AFP

L'établissement au sein duquel un incendie s'est déclaré dans la nuit est depuis longtemps répertorié et suivi par les autorités comme tous les sites industriels qui présentent "un risque accidentel industriel". 

Par Pierre-Marie Puaud et Marie du Mesnil-Adelée

L'histoire de Lubrizol à Rouen est déjà ancienne. L'usine s'y est installée en 1954. Sur son site internet, l'entreprise indique qu'elle "fournit des additifs pour les huiles pour moteurs et autres fluides de transport, des additifs et fluides pour les lubrifiants industriels et des additifs pour l’essence et le carburant diesel."

L'usine rouennaise dépend du groupe américain Lubrizol Coporation qui fut dès la fin des années 1920 "un pionnier dans le domaine de la science des additifs pour lubrifiants". Cette société est la propriété de Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire et célèbre investisseur américain Warren Buffett.

 En France, l'entreprise possède trois usines. Lubrizpol précise : "Notre site industriel de Rouen accueille également une grande partie des services supports européens (Supply Chain Europe, achats, finance et informatique), ainsi que Lubrizol Holdings France et le siège de Lubrizol Advanced Material France."
 

Seveso seuil haut : un risque identifié

 

Comme tous les établissements manipulant des matières inflammables ou explosives, l'usine est classée "Seveso", un dispositif qui tire son nom d'une catastrophe survenue dans le nord de l'Italie en 1976. Les industriels sont tenus à un certain nombre d'obligations comme la rédaction d'un rapport qui détermine les accidents envisageables. Le classement permet aussi d'élaborer des Plans d'Intervention avec les autorités.
 


Deux seuils sont prévus en fonction de la dangerosité des sites. Celui de Lubrizol à Rouen est classé "seuil haut". La France compte environ 1200 sites classés Seveso. En Normandie, selon la DREAL, on dénombre 86 sites classés Seveso sont 49 Seveso "seuil haut". Par ailleurs, 10 000 kilomètres de canalisations présentent un "risque accidentel industriel". Et "21 plans de prévention des risques technologiques (PPRT)" sont prêts à être mis en oeuvre, au cas où...
 

Les précédents incidents dans l'usine

Souvenez-vous... Le 21 janvier 2013, à partir de 8h, une très forte odeur se répand dans toute l'agglomération rouennaise. Les habitants s'inquiètent. C'est seulement au cours de la journée que l'usine Lubrizol de Rouen est désignée comme responsable. A l'origine de ces odeurs : une fuite de gaz, le mercaptan.
 

Pas de danger pour la santé, rassurent les autorités. La gendarmerie entame pourtant une enquête pour "mise en danger de la vie d'autrui" et Delphine Batho, alors ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie, arrive dès le lendemain de la fuite depuis Berlin. Elle annonce que résorber ce dégagement d’odeur va "prendre du temps". De fait, cela prendra deux semaines.
 
 

Entre temps, le gaz s'est propagé à l'Ile de France et au sud de l'Angleterre. Des spécialistes remettent même en cause la version officielle. Suite à l'incident, l'entreprise se dote d'un PPRT : un plan de prévention des risques technologiques. Et oui, malgré son classement Seveso seuil haut (site industriel à haut risque), et la loi de 2003 le rendant obligatoire, Lubrizol n'en avait pas.
 

En 2014, l'entreprise est convoquée devant le tribunal. Le parquet avait requis la peine maximale de 7500 euros d'amende argumentant sur "une série d'insuffisances dans la maîtrise des risques de la part de la société". Finalement, le tribunal condamne Lubrizol à 4000 euros d'amende. L'association France Nature Environnement (qui s'était constituée partie civile à l'audience et avait réclamé 4.000 euros au titre du préjudice moral), n'obtient qu'un euro et le remboursement de ses frais de justice.
 

En septembre 2015, une fuite de près de 2.000 litres d'huile minérale se déversent dans le réseau d'évacuation des eaux pluviales après un "incident d'exploitation". Là encore, les autorités rassurent : le produit n'est "pas classé comme dangereux pour l'environnement". Un barrage d'environ 40m2 avait été mis en place pour éviter les rejets dans la Seine.
 
 

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