PORTRAIT. De la rue à la boulangerie 100% locale, le parcours incroyable de Christophe Lepetit #VousEtesFormidables

A la tête de la Boulangerie Capucines à Bayeux, Christophe a su saisir les opportunités qui lui ont permis de rebondir à plusieurs reprises dans sa carrière. Un chemin singulier qui l’amène aujourd’hui à produire sa propre farine et à défendre une alimentation de qualité 100% locale.
Christophe Lepetit dans le fournil de sa boulangerie à Bayeux
Christophe Lepetit dans le fournil de sa boulangerie à Bayeux © Christophe Lepetit - Boulangerie Capucine

Il y a des parcours de vie qui ne laissent pas indifférent. Celui de Christophe Lepetit est de ceux-là, après une adolescence mouvementée, c’est l’armée qui lui apportera la stabilité. Il passera ensuite une partie de sa carrière à la tête de son entreprise de transport avant de tout plaquer pour se lancer en tant que boulanger. Portrait d’un homme passionné qui gère aujourd’hui la Boulangerie Capucine à Bayeux, et qui nous a raconté son histoire dans la nouvelle émission matinale de France 3 Normandie, "Vous Êtes Formidables", présentée par Anne Boétie du lundi au vendredi à 9h05.

Né à Bayeux, Christophe n’a pas suivi un chemin tout tracé. Adolescent difficile, il se retrouve à la rue à 14 ans.

" J’ai dû me débrouiller seul, j’ai eu la chance de rencontrer un grand père qui était extraordinaire et qui a fait beaucoup pour moi. Après j’ai dû faire des petits boulots pour m’en sortir, c’est la vie. "

Mais la vie dans la rue ne lui fait pas de cadeaux : mauvaise rencontres, toxicomanie, Christophe se marginalise.

J’ai fait beaucoup de conneries, c’est l’apprentissage de la vie, c’est comme ça, il ne faut rien regretter. Ça m’a beaucoup apporté. Et puis j’ai fait une rencontre, ça a tout changé.

Christophe Lepetit

Ce n’est pas une, mais deux rencontres : avec celle qui deviendra sa femme, qui va lui redonner l’envie de faire des projets, et avec un juge qui lui donnera l’opportunité d’un nouveau départ.

" C’était un juge qui était en avance sur son temps, puisqu’au lieu d’aller en prison, il m’a proposé d’entrer dans l’armée. Au même moment, j’ai rencontré ma future épouse qui, à l’époque, m’hébergeait dans sa voiture. Et c’est là que tout a commencé. "

" A la base, je devais rester 3 ans à l’armée, c’était le deal avec le juge. Je me suis retrouvé dans un environnement qui m’a redonné des bases, qui m’a tout appris, le travail, le respect. Ça m’a permis aussi de reprendre mes études. Finalement j’y suis resté 10 ans. "

10 ans dans l’aéronautique, en mer, Christophe passe une partie de sa carrière d’officier sur le Clémenceau. A la naissance de sa fille Capucine, il prend la décision de quitter l’armée et se donne un nouveau challenge : à 31 ans, il se lance ainsi dans le transport. Au bout de 10 ans, il est à la tête d’une entreprise comptant 500 salariés.

" Cette société c’était MTA, Messagerie Transport de l’Atlantique, une petite entreprise familiale qui a pris un essor considérable. Je n’y connaissais rien du tout, on s’y est mis à fond. Je suis reparti à zéro, j’ai passé mes permis. On est arrivé dans le transport, c’était un peu archaïque et puis on a fait plein de choses et ça a fonctionné. "

Un succès, puisque l’entreprise est élue meilleur transporteur en 2010. Une belle aventure qui dure 10 ans, mais à quarante ans, Christophe est victime d’un infarctus. Il décide de changer une nouvelle fois de vie, sans choisir la facilité : l’entrepreneur se tourne vers la boulangerie.

Je ne connaissais pas du tout le métier, je l’ai découvert avec un ami qui était dans le transport aussi et qui s’était reconverti dans la boulangerie. Au départ je me suis intéressé à ce métier pour le business, j’ai refait une formation pour adulte de 6 mois et le jour où j’ai fait ma première baguette, ça a été une révélation.

Christophe Lepetit

 

" Quand je faisais ma formation de boulanger, mon beau-frère avait beaucoup de soucis d’approvisionnement de pain pour ses affaires et il m’a proposé d’ouvrir ma boulangerie pour le fournir. On a donc ouvert une première affaire, et très vite, au bout d’un mois, on s’est rendu compte qu’on n’arrivait pas à fournir. On avait une telle demande qu’on a explosé les compteurs dès la première année. "

L’aventure ne s’arrête pas là, une deuxième Boulangerie Capucine voit le jour à Creully, entre Caen et Bayeux, mais le succès n’est pas au rendez-vous.

" On a voulu appliquer mon modèle industriel mais c’était une grosse erreur, parce que l’artisanat c’est plus de l’humain que de l’industrie. L’accueil n’a pas été très chaleureux à Creully, mais l’affaire marchait bien quand même. "

Christophe ne se décourage pas, il ouvre une troisième Boulangerie de Capucine à Bayeux, en centre-ville. Encore une fois, la vie ne lui fait pas de cadeaux, il est victime d’un deuxième infarctus, dans le fournil de sa boulangerie. Il passe à deux doigts de l’hémiplégie et prend alors la décision de revendre deux établissements pour ne garder que celui de Bayeux.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Bayeux Boulangerie Capucine 🥐🥖 (@bayeux_boulangeriecapucine)

C’est un tournant dans la carrière du boulanger, il décide de privilégier la qualité, les circuits courts et se sépare de son meunier.

On était plus du tout d’accord avec mon meunier, plus du tout satisfait de ses farines, il n’y avait aucune traçabilité, on nous imposait des mixes, des produits industriels et moi, je n’ai pas fait ce métier pour ça. J’ai donc mis fin à notre collaboration et je me suis retrouvé du jour en lendemain sans meunier, sans farine. Pour un boulanger, ça fait désordre !

Christophe Lepetit

" Je suis reparti d’une feuille blanche, avec un agriculteur de Ryes dans le calvados, qui exploite les terres de mon grand-père.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Bayeux Boulangerie Capucine 🥐🥖 (@bayeux_boulangeriecapucine)

On a décidé de cultiver nos céréales et on les moud dans un petit moulin local à côté de Vire : le moulin d’Etouvy.

On a même poussé le concept plus loin car tout ce qu’on propose dans la boulangerie est 100% local, du snacking au légumes. "

" On fait des créations, comme le « Cré-vin-diou », c’est un petit levé feuilleté avec des oignons, caramélisé de pommes et andouille, on en fait aussi à la saucisse et camembert ou encore poulet, piments d’Espelette, champignons et tomates. Je suis un épicurien, j’aime bien manger ! "

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Bayeux Boulangerie Capucine 🥐🥖 (@bayeux_boulangeriecapucine)

 

En juillet 2020, les efforts de Christophe portent leurs fruits, sa boulangerie obtient le label Boulanger de France. Une marque de fabrique qui garantit aux clients des produits faconnés et cuits maison, sains et respectueux de l'environement.

Christophe a encore des projets : il s’est lancé dans la lutte contre la malbouffe et la sensibilisation des plus jeunes à la consommation locale.

" Normalement, je vais commencer au mois de Janvier : passer dans les écoles pour montrer qu’on peut manger sainement, localement. On dit toujours que le local coûte plus cher, c’est faux, il faut se retirer ça du crâne. On peut très bien manger et faire vivre des familles entières, des agriculteurs locaux et trouver des prix très compétitifs "

 

Decouvrez l'épisode de notre magazine "Pistes vertes" sur Christophe Lepetit :

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
artisanat économie portrait