Visite d'Emmanuel Macron en Creuse et en Haute-Vienne : un air de campagne à la campagne

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Écrit par Annaick Demars

Emmanuel Macron a choisi le Limousin pour son premier déplacement long de l'année 2022. Le Président de la République est attendu pour la première fois en Creuse le 24 et en Haute-Vienne le 25. Une visite très stratégique pour un Président plus que jamais en campagne.

C'est donc une première pour le département de la Creuse qui va accueillir Emmanuel Macron lundi 24 janvier. Annoncé par le député LREM, l'agriculteur Jean-Baptiste Moreau, l'un des premiers à avoir rejoint Emmanuel Macron lors de sa campagne de 2017, ce déplacement se fera en force avec pas moins de 5 ministres pour accompagner le Président : Julien Denormandie, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Olivier Véran, Ministre des Solidarités et la Santé, Jacqueline Gourault, Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, Amélie De Montchalin, Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, et enfin Joël Giraud, Secrétaire d'État chargé de la Ruralité, déjà en visite en Limousin il y a quelques mois.

 En campagne... à la campagne

Emmanuel Macron annoncera-t-il sa candidature à la Présidence de la République depuis le Limousin lors de ces deux jours de visite en Creuse et en Haute-Vienne ? La question est presque accessoire pour les élus de ces territoires qui voient déjà tous en lui un candidat. "C’est une belle sortie de campagne" pour Quentin Picquenot, porte-parole EELV 23. "Il restait une dizaine de départements que le Président n’avait pas visités, constate le président des LR en Creuse Cyril Victor, donc c’est une bonne chose qu’il vienne, il pourra faire le constat de tout ce qui ne va pas."

Moi je vois dans cette visite une forme d’inquiétude de la Macronie de se retrouver dans une posture parisienne, loin de la vie dans les départements ruraux. C’est notre candidate Valérie Pécresse qui est ancrée dans le territoire comme elle l’a très bien montré lors de son émission spéciale (sur BFM) depuis Uzerche en Corrèze

Cyril Victor, président LR 23

"C'est toujours une bonne chose d'accueillir un Président de la République, reconnaît Eric Corréia, président du Grand Guéret, même si je ne pourrai pas y être car je travaille ce jour-là en tant qu'infirmier anesthésiste et je n'ai ni programme ni invitation à cette heure (vendredi 21/01). La candidature annoncée ne sera peut-être pas la sienne mais celle de Jean-Baptiste Moreau comme député ?"

Pour le référent du RN en Haute-Vienne Albin Freychet, "c’est un candidat en campagne avec un bilan ridicule sur la ruralité qui ne prend pas en compte les difficultés réelles des habitants".  

"Président-candidat ou un candidat-Président", l'analyse est la même pour le socialiste Jean-Claude Leblois, qui dirige le conseil départemental de Haute-Vienne mais ne pourra pas l'accueillir car il est à l’isolement pour cause de Covid. 

« Le Président de la République a bien le droit de se déplacer en France mais personne n’est dupe, abonde Guillaume Guérin, le président des LR de Haute-Vienne et représentant de Valérie Pécresse. C’est bien le candidat qui se déplace, avec les moyens de l’Etat et d’ailleurs les Républicains ont déjà saisi la commission nationale des comptes de campagne au sujet de ces déplacements (à Nice). Nous sommes le 24 janvier, nous ne sommes plus en décembre ! »

Santé, ruralité et jeunesse au programme

Le programme d'Emmanuel Macron sera axé autour de la ruralité, de la santé et de la jeunesse avec d'abord lundi en Creuse les visites du lycée agricole d'Ahun et d'une maison médicale pluridisciplinaire à Bourganeuf. "La ruralité n'a pas vraiment été au cœur de ce mandat, constate Cyril Victor, président des LR 23, et quand on promet beaucoup, la déception est grande. En 5 ans, qu'y a-t-il eu de fait pour le département ? Le Plan Particulier pour la Creuse (PPC), c'est de la re-ventilation de crédits, ça n'a pas changé la face du département".

Pour l'écologiste Quentin Picquenot, "C’est du saupoudrage, ça fait sortir des dossiers qui sont dans les tiroirs mais il n’y a pas de réel objectif, ni d’accompagnement". Le bilan de ce PPC ? "Bof... répond franchement Eric Corréia, président de l'agglomération du Grand Guéret. 60% de l'argent engagé [détaillé dans ce document] représentent des projets de l'Etat, comme par exemple changer les fenêtres de la cité administrative de Guéret"

En Haute-Vienne, Emmanuel Macron doit visiter une maison France Services à Saint-Léonard-de-Noblat et se rendre à Oradour-sur-Glane pour une remise de médaille à Robert Hébras. 

"Il faut bien que le Président ait conscience qu’il n’y a pas qu’Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne explique Guillaume Guérin, président des LR 87. Il y a aussi un projet d’autoroute concédée entre Limoges-Poitiers, et nous n’avons pas beaucoup d’engagement de l’Etat pour l’instant sur cette A 147. Il y a aussi le dossier St Just le Martel, avec cette décision unilatérale d’implanter le centre européen du dessin de presse à Paris ».

En fait, je ne suis pas sûr que les limousins attendent grand-chose de cette visite

Guillaume Guérin, pdt LR 87

"Sur la ruralité, il est en session de rattrapage, analyse Jean-Claude Leblois, qui est aussi le conseiller départemental du canton de Saint-Léonard-de-Noblat. Je crois qu’il a envie de s’exprimer sur ce sujet car il a été très chahuté par les gilets jaunes, il paye toujours la fracture entre Paris et le reste de la France"

Franchement, venir sur le canton de Saint-Just-le-Martel 10 jours après le camouflet qu’il nous a infligé, c’est très difficile à accepter. Peut-être vient-il faire de la câlinothérapie, en tout cas on espère un contact pris avec les élus et porteurs du projet.

Jean-Claude Leblois, président CD 87

"Emmanuel Macron va faire de l’auto- satisfaction avec les maisons France Services mais il ne va pas dans les petits villages de moins de 500 habitants où il n’y a plus de commerces ou de services publics, plus de stations-essence détaille Albin Freychet du RN 87. J’aurais aimé qu’il emprunte l’axe Limoges Poitiers pour constater qu’il faut une mise à 2x2 voies rapide, qu’il vienne à Limoges dans les quartiers comme Beaubreuil où l’insécurité et le trafic de drogue règnent".  

Quid de la question du cannabis ?

"Je suis très surpris que le sujet du cannabis ne soit pas abordé, constate Quentin Picquenot, avec la récente interdiction du CBD, notamment. La question de la légalisation du cannabis pourrait aussi être sur la table [NDLR : elle est d’ailleurs soutenue depuis plusieurs années par le député Moreau] : la position du Président sur ce dossier reste dans une logique électoraliste, poursuit l'élu écologiste, pour rassurer les tenants d’un vote conservateur".

"Je pense que c'était une erreur de la part de Jean-Baptiste Moreau de lier les deux, analyse Eric Corréia, cela a brouillé les pistes. Moi je me suis toujours positionné uniquement sur le cannabis thérapeutique et c'est dommage qu'il n'en soit pas question car Emmanuel Macron s'était engagé en 2019 depuis La Réunion à soutenir des filières de production locales".

Pour Cyril Victor, cette situation est révélatrice : "le député Moreau disait avoir l'oreille du Président, eh bien on voit aujourd'hui qu'il a besoin d'un sonotone..."