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André Lurton, “créateur d'appellation” du vignoble Bordelais, est décédé

André Lurton au château Bonnet à Grézillac en Gironde, entouré de ses enfants Christine et Jacques Lurton. / © Jean-Pierre Stahl
André Lurton au château Bonnet à Grézillac en Gironde, entouré de ses enfants Christine et Jacques Lurton. / © Jean-Pierre Stahl

André Lurton, qui a marqué de son empreinte le bordelais, est mort à l'âge de 94 ans. Créateur de l'appellation Pessac-Léognan en 1987, il a énormément contribué à sanctuariser les terroirs. Il laisse à Bordeaux un leg important et a aussi contribué à développer les vins de l'Entre-Deux-Mers.

Par Jean-Pierre Stahl

André Lurton, c'est l'une des figures marquantes des Vins de Bordeaux. Outre sa réussite dans le monde du vin, il a réalisé plus de 70 vendanges et marqué à tout jamais le bordelais en étant l'ardant défenseur et créateur de l'appellation Pessac-Léognan.

Son destin a été forgé à château Bonnet, le domaine familial acquis, à Grézillac en Gironde, par son grand-père Léonce Récapet, fabriquant de liqueurs à Branne. C'est là où André Lurton est né en 1924, il était l'aîné d'une famille du vin qui devenir célèbre et va s'illustrer au XXe et au XXIe siècle. Son frère Lucien a connu également une très belle réussite.


Un destin marqué par l'empreinte de son grand-père


La première pierre a donc été posée par Léonce Récapet qui  a réussi à bâtir un petit empire compris depuis l'Entre-Deux-Mers jusqu'au Médoc, en passant par les graves de Bordeaux. C'est ce grand-père qu'André Lurton avait en exemple et lui a donné l'esprit d'entreprendre: il avait acquis en 1897 château Bonnet, avait eu des parts dans château Margaux, puis Brane-Cantenac.

" Moi, j’ai bien connu mon grand-père…c’était moi le chauffeur ! J’étais chargé de le déplacer car vers l’âge de 80 ans, on lui avait interdit de conduire. Alors en le déplaçant, j’ai appris un tas de choses… "
 

J'ai agrandi un petit peu, je suis passé de 30 hectares à 500


Résistant de la première heure


André Lurton a aussi été marqué très jeune par la guerre et s'était engagé encore mineur dans la résistance avec les FFI dans le "Groupe Roland". Avec son caractère bien trempé, il décida de rejoindre en 1944 à l'âge de 20 ans la 1ère armée française du Général de Lattre de Tassigny. Il participa à de rudes combats notamment en Alsace avec la réduction de la poche de Colmar et poursuivit la campagne d'Allemagne, jusqu'à l'Armistice.

Il était conducteur de jeep et avait gardé une  certaine nostalgie pour ces véhicules qui contribuèrent à la libération de la France ; il avait en outre constitué une sacrée collection d'engins de la 2e guerre mondiale à Grézillac.


Maire de Grézillac durant 45 ans


Président du Cercle National des Jeunes Agriculteurs, au sortir de la guerre, il va réussir dans la polyculture, à l'époque où le vignoble était très peu valorisé. Il vendait alors de la luzerne deshydratée pour nourir le bétail. Il s'est aussi énormément engagé au service des autres en tant que maire de Grézillac durant 45 ans et créer le centre oenologique de Grézillac.

Cette première réussite dans les affaires va lui permetre d'acheter en 1965 le château La Louvière à Léognan. Par la suite il va s'offrir d'autres domaines et marques dans les graves du Nord comme Rochemorin et Cruzeau, mais aussi Couhins-Lurton, un cru classé (qu'il réhabilita en 2002-2003). Il aura aussi des parts dans château Dauzac à Margaux et Barbe Blanche, en AOC Lussac Saint-Emilion.
 
Le château La Louvière dont il était très fier, qu'il a acquis en 1965; / © Jean-Pierre Stahl
Le château La Louvière dont il était très fier, qu'il a acquis en 1965; / © Jean-Pierre Stahl


Le créateur de l'appellation Pessac-Léognan


Mais André Lurton fut aussi et surtout le créateur de l'appellation Pessac-Léognan. Il s'est battu durant 23 ans pour voir émerger l'AOC Pessac-Léognan qui regroupait les châteaux les plus prestigieux des graves, proches de Bordeaux. 

« J’allais au ministère, je mettais un pied dans la porte, et je leur disais, il faut faire passer ce dossier ! » , confiait-il en 2014. 

 

L’identification de Pessac-Léognan était « justifiée par les qualités spécifiques de son terroir, la typicité de ses produits, son micro-climat, ses croupes de graves parfaitement dessinées par des ruisseaux qui assurent un bon drainage, les compétences et le savoir-faire de ses viticulteurs

 

La Louvière fut un peu sa danseuse, il le fit restaurer dans les règles de l'art, Et en 2009 il y créa un superbe chai enterré. Un château qui aurait pu être classé, c'était son rêve, il souhaitait re-ouvrir le classement et y intégrer de nouveau château très qualitatifs comme La Louvière ou Larrivet Haut-Brion: " Dans ma vie, je me suis bien amusé…On va encore se marrer", ajoutait-il en 2014. "Cette fois, ils vont dire: tiens! Lurton maintenant, il veut le classement de tout… "



En septembre 2013, le Ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll l'a élevé au rang d'officier de la Légion d'Honneur. Un homme qui a su, toute sa vie, valoriser un terroir et faire face à la pression immobilière. Un tempérament qui a marqué à tout jamais Pessac Léognan et les Vins de Bordeaux.
André Lurton, créateur de l'appellation Pessac-Léognan
Intervenants : André Lurton, Jacques Lurton et Christine Bazin de Caix, deux de ses enfants (reportage réalisé à l'automne 2014) - France 3 Aquitaine - Jean-Pierre Stahl, Didier Bonnet, Eric Delwarde, Xavier Granger

 

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