"C'est un ras-le-bol général" : les vignerons manifestaient de nouveau à Bordeaux ce jeudi

Toujours mobilisés afin d'obtenir des solutions pour sortir de la crise, les viticulteurs organisaient une nouvelle manifestation ce jeudi 26 janvier à Bordeaux. La prime à l'arrachage des vignes reste au cœur des revendications.

"On est là pour montrer la pression et le ras-le-bol qui monte dans les campagnes. C'est de plus en plus compliqué. C'est un ras-le-bol général." Au milieu du rassemblement, Mikaël Cousinet, président de la coopérative de vignerons Univitis, donne le ton. Une centaine de viticulteurs étaient mobilisés ce jeudi 26 janvier devant la préfecture de la Gironde, à Bordeaux. Le 6 décembre 2022 déjà, ils avaient défilé dans les rues bordelaises pour alerter sur les difficultés qu'ils rencontrent. 

Ils se réunissaient cette fois en soutien à l'ensemble de la filière, dont les représentants nationaux devaient être reçus par le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau. Une rencontre finalement reportée au 6 février. Car la crise viticole ne touche pas que le Bordelais : "Au niveau national, pour tous les vignobles, on demande l'extension du délai de remboursement du prêt garanti par l'Etat à dix ans. Il faut nous laisser le temps pour pouvoir les rembourser", avance Jean-Samuel Eynard, vigneron et président de la FDSEA en Gironde. 

Réduire la production 

Selon les chiffres de la Chambre d'agriculture de Gironde, 1 320 vignerons se trouvent actuellement en difficulté. Parmi eux, plus d'un quart souhaitent procéder à l'arrachage de leurs vignes. Une question également au cœur des revendications de ce jeudi. 

Dans un souci de rééquilibrer l'offre et la demande, les viticulteurs estiment nécessaire de réduire la production, en arrachant 10 000 hectares. Le vignoble bordelais souffre en effet d'une surproduction, alors que la consommation, elle, est largement à la baisse. Le vin rouge notamment, qui représente 85% de la production, n'a plus vraiment la cote. 

"Il y a un changement des habitudes, on veut consommer moins mais mieux, on consomme moins de vin à table qu'avant. Et les vins rosés, blancs, effervescents, ont plus de succès"

Conseil interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB)

France 3 Aquitaine rédaction web

De manière générale, les Français consomment en effet beaucoup moins de vin qu'autrefois : en l'espace de 60 ans, la consommation a chuté de 70 %. 

Mais arracher représente un coût important. Les vignerons réclament ainsi une prime à l'arrachage, de 10 000 euros de l'hectare, soit une enveloppe totale de 100 millions d'euros. 

Pour le moment, la filière est dans l'impasse : l'Union Européenne n'autorise plus les aides à l'arrachage définitif. "Il y a deux solutions : soit on arrive à faire changer la réglementation suffisamment vite, soit on arrive à trouver d'autres biais", lance Jean-Samuel Eynard. 

"Il n'y a pas une seule solution miracle" 

D'autres pistes sont donc évoquées pour tenter de sortir de cette crise. "Il n'y a pas une seule solution miracle, mais une diversité de pistes pour sauver les exploitations en difficulté. Pour certaines, l'arrachage n'est pas la seule voie, il y a des profils très différents", souligne le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, qui mentionne notamment les aides à la distillation. "Lorsque vous produisez trop de vin, vous ne pouvez vous en débarrasser, il faut l'envoyer à la distillerie, pour qu'il soit transformé en autre chose", explique le CIVB.

Des mesures de distillation de crise avaient déjà été prises en 2020 dans le cadre de la pandémie de Covid-19, pour réduire les excédents de stock et rééquilibrer le marché. Mais cette mesure reste temporaire, et ne saurait entièrement répondre à la crise durable que traverse le vignoble bordelais. 

Une partie des viticulteurs se dit aussi prête à continuer de cultiver la vigne, tout en se diversifiant. Parmi les cultures évoquées, on retrouve surtout celle des oliviers et des noisetiers. 

Dans tous les cas, il faudra trouver une solution pour ceux qui ne peuvent tout simplement plus continuer. "Certains n'ont pas de solution, pas de repreneur ni de moyens d'investir, et veulent partir en retraite.", poursuit le CIVB.

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