Des scientifiques bordelais lancent un appel à participation pour collecter des données sur les insectes pollinisateurs dans la métropole de Bordeaux. Ce projet s'adresse à tous : il suffit de prendre en photo les insectes observés sur une plante. Explications

Un petit déjeuner sans café, sans chocolat ou sans fruit ? Les populations d'insectes pollinisateurs sauvages s'effondrent à l'échelle mondiale. Or, sans eux, notre alimentation, et par la même occasion notre santé, seront impactées dans les prochaines décennies. De solutions existent pour stopper leur disparition.

Déclin des pollinisateurs

Les insectes pollinisateurs sauvages permettent aux plantes et aux fleurs de se reproduire. Ils sont donc indispensables dans le cycle de reproduction. Depuis plusieurs décennies, de nombreuses études, à l'échelle européenne et mondiale, indiquent un déclin des espèces. Les causes ? La dégradation des habitats, l'agriculture intensive, la pollution des sols par les pesticides, le changement climatique et la présence d'espèces invasives, comme le frelon asiatique chez nous. 

Pour les populations d'insectes restantes, c'est moins de plantes et de fleurs dans les champs, donc moins de ressources alimentaires. Des scientifiques de l'INRAE, de l'Université de Bordeaux et du CNRS ont décidé de réagir, car des solutions existent pour stopper ce déclin, en mobilisant les habitants de la métropole bordelaise.

Collecte de données

L'équipe de chercheurs bordelais s'appuient sur un dispositif national qui existe depuis 2010 : le Spipoll, (Suivi photographique des insectes pollinisateurs). Ce projet de sciences participatives, qui s’adresse à tous, a pour but d’étudier les réseaux de pollinisation, c'est-à-dire les interactions complexes entre plantes et insectes, mais aussi entre les visiteurs des fleurs eux-mêmes. Pour les Bordelais, il s'agit de décliner le Spipoll à l'échelle de l'agglomération. 

Pour participer à cette étude, il suffit de localiser une fleur dans son jardin ou bien dans un parc public. Il faut un appareil photo numérique afin de photographier la fleur et la feuille en gros plan, puis un autre plan un peu plus large, et enfin un troisième plan pour la localiser dans son environnement.

Si vous ne connaissez pas le nom de la plante, il faut utiliser l'application Plantnet, partenaire du programme. 

Nous manquons de données sur les insectes pollinisateurs en Nouvelle-Aquitaine. Nous faisons appel à tout le monde dans la métropole, c'est une expérience pilote. Si l'on attire suffisamment de monde, nous communiquerons de manière plus large à toute la région.

Frédéric Revers, chercheur INRAE- Bordeaux

Rédaction web - France 3 Aquitaine

Aucune compétence n'est nécessaire en reconnaissance des insectes et des plantes. Libre choix aussi du lieu, de la date et de la fleur.

Les données sont ensuite consultables par tous sur le site du spipoll.org

Les photos sont ensuite enregistrées par l'équipe des scientifiques. "Notre étude est inscrite dans le programme Biodiver'Cité de Bordeaux métropole, qui est mené par la Maison de la Nature", précise Frédéric Revers.

On note une décroissance des espèces de papillons en ville. Par contre, contrairement à ce que l'on pourrait penser, il y a une plus grande diversité d'abeilles en milieu urbain qu'à la campagne, en raison des monocultures et de l'utilisation des pesticides.

Frédéric Revers, chercheur INRAE - Bordeaux

Rédaction Web - France 3 Aquitaine

Pour sensibiliser les élèves, les scientifiques collaborent avec le Rectorat  

Objectif : récolter le maximum de données, afin de mieux connaître leur environnement, leur adaptation au réchauffement climatique et à la perte de leur habitat. Cette étude prendra sans doute plusieurs années : elle dépend aussi de la mobilisation des habitants de la métropole bordelaise.

Comment aider les pollinisateurs ?

Selon les scientifiques de l'INRAE de Bordeaux, il existe des solutions pour permettre aux populations d'augmenter à nouveau :

  • Accroitre les ressources florales en revégétalisant des espaces publics notamment
  • Restaurer les milieux naturels et les préserver
  • Réduire l'utilisation des pesticides et des insecticides
  • Recréer des habitants en laissant des tas de bois dans son jardin
  • Laisser des espaces non tondus dans les jardins pour les fleurs sauvages
  • Ne pas tondre à ras l'herbe du jardin

Proscrire les hôtels à insectes et les ruches sur les toits

Frédéric Revers insiste sur deux fausses bonnes idées très à la mode ces dernières années et vendues dans les pépinières : ce sont les hôtels à insectes, vendus pour amuser les enfants, notamment, et les ruches installées sur les toits en ville. "Les hôtels à insectes ne ciblent que quelques espèces d'insectes et favorisent la transmission de pathogènes entre individu. Il vaut mieux laisser un tas de bois au fond du jardin et les abeilles viendront y faire leur nid.
Quant aux ruches que les mairies ont installées ces dernières années
(comme à Bordeaux, ndlr), cela favorise la concurrence entre les abeilles de la colonie (entre 50 à 60 000 individus par ruche) et les abeilles sauvages. C'est comme installer un poulailler pour préserver la biodiversité et les oiseaux sauvages"..., explique le scientifique.

►Plus d'informations sur https://spipoll-bordeauxmetropole.fr/

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