Areva devient Orano : quelles conséquences sur le site de Bessines ?

C'est sur ce terrain que doit être construit le futur CIM (Centre d'Innovation Minière) dont la première pierre pourrait être posée d'ici fin 2018 / © F3 Limousin / A. Demars
C'est sur ce terrain que doit être construit le futur CIM (Centre d'Innovation Minière) dont la première pierre pourrait être posée d'ici fin 2018 / © F3 Limousin / A. Demars

Depuis le 23 janvier 2018, Areva s'appelle Orano. L'entreprise est désormais concentrée sur le cycle du combustible nucléaire : mines, enrichissement de l'uranium, recyclage des combustibles usés. Quelles conséquences sur le site de Bessines sur Gartempe en Haute-Vienne ?

Par Annaick Demars

C'est effectif depuis le 23 janvier 2018 : le géant du nucléaire français ne s'appelle plus Areva mais Orano, un dérivé du latin uranus, qui a donné son nom à l'uranium, un changement effectif sur tous les sites français du groupe. L'entreprise est désormais concentrée sur le cycle du combustible nucléaire : mines, enrichissement de l'uranium, recyclage des combustibles usés, logistique, démantèlement et ingénierie.

Sur le site de Bessines-sur-Gartempe en Haute-Vienne, Bruno Guérin, chargé de la communication, explique : "Si notre changement d’identité incarne un nouveau départ qui passe notamment par un recentrage de nos activités sur le cycle du combustible nucléaire, il n’impactera en rien les activités de l’établissement de Bessines dans le futur."


Depuis avril 2017, c'est Régis Mathieu qui dirige le site de Bessines. Entré dans l'entreprise en 2000, à l'époque Cogéma, ce géologue de formation a fait toute sa carrière à l'étranger sur les différents sites miniers (au Kazakhstan, en Mongolie, au Canada ou au Niger, entre autres). 

"Nous avons aujourd'hui 142 salariés sur le site de Bessines, explique-t-il, dont 117 en CDI. Il s'agit de techniciens, ingénieurs, experts, personnels administratifs. L'effectif est stable depuis les 26 départs volontaires qui ont eu lieu en 2016". Ces départs étaient la conséquence du plan d'économies suite aux 5 milliards de pertes enregistrés en 2014. En Haute-Vienne, la situation avait provoqué de vives inquiétudes dès 2015

Si l'on en croit la direction, aujourd'hui l'heure est au développement, avec plusieurs projets :
  • le plus avancé est le Centre d'Innovation Minière (CIM), un nouveau bâtiment "aux labos plus spacieux, à la sécurité renforcée" explique Régis Mathieu, qui doit permettre d'accroître l'activité sur l'aval du cycle. Il remplacera deux bâtiments aujourd'hui distants d'un kilomètre dont l'un est vétuste. De nombreuses étapes administratives ont été franchies en 2017 et nous espérons poser la première pierre d'ici fin 2018".
  • 2ème projet évoqué par le directeur, celui de l'Unité de Stockage de Lavaugrasse (USL), qui doit permettre "de regrouper dans un centre de stockage unique les boues générées par les anciennes mines de Haute-Vienne. En 30 ans d'exploitation, 50 000 tonnes devraient pouvoir y être stockées qui s'ajouteront aux 9 millions de tonnes déjà présentes". Selon Régis Mathieu, l'enquête publique s'est terminée en 2017 par un avis favorable du commissaire-enquêteur. 
  • 3ème et dernier projet évoqué par la direction : l'extension de l'entreposage d'uranium appauvri qui "répond à une saturation qui est prévue en 2022-2023 à la fois sur les sites de Bessines et du Tricastin dans la Drôme". Un dossier a été déposé pour passer de 199 900 tonnes à 260 000 tonnes soit 2 hangars supplémentaires (ajoutés aux 10 existants). 

DES ATTENTES IMPORTANTES AUTOUR DE L'APRES-MINES


Du côté des associations environnementales, ce changement de nom est "finalement un retour à l'époque Cogéma", explique Antoine Gatet, porte-parole de l'association Sources et Rivières du Limousin, agréée pour la protection de l'environnement et qui suit le dossier depuis longtemps.

Pour nous, le côté positif c'est le retour au métier originel, poursuit Antoine Gatet, il faut maintenant que le groupe s'empare du dossier de la réhabilitation des 60 anciens sites miniers du Limousin et que cela s'accélère. On a avancé ces dernières années avec la mise en sécurité des sites, la pose de grillages mais il reste encore de gros progrès à faire sur la prévention de la pollution des eaux, sur le stockage correct des déchets sur le très long-terme, sur la dépollution de site de réemploi de stériles. Notre but n'est pas de faire couler Areva mais que le groupe, qui a fait de gros bénéfices assume ses responsabilités sur la réhabilitation."



La direction d'Orano (ex-Areva) espère développer la production de plomb-212 / © F3 Limousin / A. Demars
La direction d'Orano (ex-Areva) espère développer la production de plomb-212 / © F3 Limousin / A. Demars


UN DEVELOPPEMENT VERS LE MEDICAL ?


Lancée en 2013 dans le laboratoire Maurice Tubiana, la production de plomb-212, un isotope radioactif rare utilisé pour traiter certains cancers particulièrement agressifs pourrait augmenter dans les mois qui viennent. "Orano-Med réfléchit à un projet d'extension qui vise à doubler la production du labo, explique Régis Mathieu qui espère à terme des embauches supplémentaires. 

Le directeur général d'Orano France Philippe Knoche avait lui-même annoncé annoncé le 23 janvier dernier sur franceinfo l'embauche de "700 personnes en CDI en France en 2018".



 

LE POINT SUR LE MUSEE UREKA

Ouvert en 2014, le musée de la mine Urêka se trouvant sur le site de Bessines a rapidement connu une fréquentation alarmante. L'équipe dirigeante nous a donné les derniers chiffres pour 2017 : 1000 visiteurs sur l'année, dont 300 sur la période estivale. Les visites se font uniquement sur réservation préalable pour des groupes, en partenariat avec l'office du tourisme de Bessines-sur-Gartempe. 

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