"Je leur fais découvrir des plantes aromatiques qu’ils n’ont jamais utilisées en cuisine" : une ferme pour apprendre à cultiver

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300 espèces de plantes médicinales sont cultivées à la ferme "L'Or des Simples", dans le nord de la Haute-Vienne. L'agriculteur est un farouche défenseur de la biodiversité. Intervenants dans le reportage : Laurent Pasteur, paysan herboriste ♦ Isabelle Jacob, botaniste - présidente de l'ALBL (Amicale Charles Legendre des Botanistes du Limousin) ♦ Nicole Pignier, professeure des Universités - créatrice licence professionnelle des paysages ♦ Emmanuel Augustine, conseiller agréé en Fleurs de Bach en Haute-Vienne ©France Télévisions

Dans la ferme, "L'or des Simples", située à Rancon, dans le nord de la Haute-Vienne, Laurent Pasteur cultive, depuis neuf ans, des plantes médicinales et aromatiques. Il les commercialise et les fait découvrir au grand public. Son jardin botanique privé est devenu le deuxième plus grand de Haute-Vienne. (première publication le 17 octobre 2023)

Un petit havre de paix à Rancon. Laurent Pasteur a créé son jardin de plantes botaniques médicinales où il y répertorie près de 300 espèces de plantes différentes. C'est avec passion et fierté qu'il partage son amour et son savoir des plantes avec les visiteurs, que ces derniers soient amateurs ou aguerris : "Ils peuvent repartir d’ici en sachant que toutes les plantes qui sont ici, ils peuvent les mettre dans leur jardin. Je leur fais découvrir des plantes aromatiques qu’ils n’ont jamais utilisées en cuisine, je leur fais découvrir des plantes fructifères dont ils n’ont jamais goûté les fruits", explique Laurent, satisfait.

Les visites sont l'occasion de montrer la forme des plantes, des produits qu'ils croisent au quotidien : "tout le monde connaît le nom, connaît le goût, aime ou n’aime pas, mais n'a jamais vu la plante, voilà à quoi ressemble la réglisse."

La force de son domaine forestier de vingt hectares réside dans la diversité des plantes proposées : pommier, lavande, menthe de Corse, basilique du Kenya, sarriette : "Plus vous augmentez les différentes espèces, les différentes variétés de plantes, plus vous augmentez la faune qui va avec." Il a justement décidé de réimplanter de la biodiversité près de la rivière.

Tout le monde connaît le nom, connaît le goût, aime ou n’aime pas, mais n'ont jamais vu la plante, voilà à quoi ressemble la réglisse. 

Laurent Pasteur, Paysan herboriste

France 3 Limousin

Un laboratoire de produits naturels

Sa ferme est aussi son petit laboratoire où il transforme lui-même ses plantes en produit médicinales ou culinaires : tisanes composées, huiles, pestos, vinaigres, sels, sucres, fruits secs, confitures, comptées, gelées, sirops et pâtes de fruits aromatisés aux plantes, mais aussi des huiles essentielles et des hydrolats (un concentré de liquide de plantes) : "On va avoir un produit beaucoup plus concentré que la tisane, si on veut prendre quatre ou cinq tasses de tisane ça fait beaucoup, alors que deux cuillères d’hydrolat, c’est plus facile à boire", constate-t-il.

Plutôt que d'utiliser des produits chimiques, ces produits sont une alternative. Ainsi, les hydrolats de thym et de lavande sont des répulsifs naturels pour prévenir l'arrivée de parasite.

"L'Or des simples" est aussi un lieu d'apprentissage. L'Université de Limoges propose aux étudiants de la licence professionnelle design du paysage d'apprendre au côté de Laurent. Cette année, l'un d'entre eux travaillera sur le projet de paysage nourricier. Une initiative que soutient Nicole Pignier, professeure à l'université et créatrice de la filière professionnelle des paysages : "C'est un projet nourricier parce qu’on y produit de quoi manger, parce qu’on y laisse pousser de la diversité à foison, et nourricier parce qu’il inspire d’autres modèles économiques qu’une économie de la démesure."

Au vu de l'intérêt que les plantes botaniques suscitent chez le grand public, Laurent et d'autres militent pour la création d'un diplôme professionnel d'herboriste qui, selon lui, permettrait d'éviter les escrocs et d'en finir avec les hypocrisies.

Sauf qu'en France, il n'existe plus de diplôme professionnel d'herboriste depuis 1941. Le commerce des plantes médicinales est réservé aux pharmaciens. "Franchement, ne pas pouvoir dire à quoi sert cette plante alors qu’il y a 10 000 livres en vente publique qui en parle, qu’il a des centaines et milliers de pages internet qui en parlent et je serai le seul à ne pas avoir le droit de dire ce que je sais, c'est une aberration historique qu'il faut résoudre."