LÉGISLATIVES 2024. Revenus de l'agriculture, accords de libre-échange, pesticides : le programme des partis politiques

Alors que la colère du monde agricole est loin d'être retombée, le thème de l'agriculture a du mal à s'imposer dans la campagne des élections législatives anticipées. Que proposent les principaux partis en lice en matière d'agriculture ? On vous aide à y voir plus clair.

Gabriel Attal a présenté, ce jeudi 20 juin lors d'une conférence de presse, le programme de la coalition du centre et la droite Ensemble pour la République. Plus d'une heure de conférence de presse, et pas un mot pour le monde agricole.

Un silence qui en dit long : le Parlement était en plein examen du projet de loi d'orientation agricole lorsque le président de la République a annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale, suspendant l'intégralité des travaux des deux Chambres et renvoyant toutes les mesures annoncées aux calendes grecques. 

Pour avoir une idée du programme de la majorité sortante en faveur des agriculteurs, il faut donc se référer à ce projet de loi d'orientation "pour la souveraineté en matière agricole et le renouvellement des générations en agriculture". Ce texte contenait la majeure partie des promesses faites par le gouvernement aux agriculteurs pendant la crise agricole qui a secoué le pays l'hiver dernier. 

Dans son article 1, le projet de loi définissait l'agriculture comme "intérêt général majeur". Le but de cette disposition était de donner plus de poids aux projets agricoles dans le cadre de contentieux devant le juge administratif. 

Le projet prévoyait également la création d'un guichet unique dans chaque département baptisé "France Services Agriculture" pour faciliter l'installation des jeunes. Un établissement également censé réaliser un diagnostic des fermes à vendre. 

S'il venait à remporter les élections législatives, on ne sait pas si le gouvernement conservera tout ou partie de sa loi. 

Jean-Baptiste Moreau, ex-député et candidat Ensemble dans l'unique circonscription de la Creuse, a défendu lors du débat des élections législatives sur notre antenne la loi Egalim dont il fut le rapporteur, tout en reconnaissant "des problèmes de contrôles et de sanctions". 

"Prix garantis" au RN

Dans un entretien accordé au Parisien, Jordan Bardella a dévoilé son programme s'il accédait à Matignon. Là encore, silence radio sur l'agriculture.

En déplacement dans une exploitation agricole dans le Loiret vendredi 14 juin, Jordan Bardella en a tout de même profité pour annoncer quelques mesures : blocage des accords de libre-échange, instauration de prix garantis pour les agriculteurs et opposition à l'intégration de l'Ukraine au sein de l'Union européenne. "Ce serait la fin de l'agriculture française", a notamment glissé le candidat au poste de Premier ministre à l'agriculteur qui l'accueillait sur ses terres.

À noter que le Rassemblement national ne parle plus de "prix plancher" (une idée pourtant défendue par Marine Le Pen lors de la dernière élection présidentielle) mais de "prix garantis" qui seraient décidés lors de négociations commerciales annuelles entre la grande distribution et les producteurs. En cas de désaccord, l'État pourrait intervenir et fixer lui-même le prix.

Lors de la campagne des élections européennes, Jordan Bardella défendait l'instauration d'une grande loi "Mangeons français", afin d'assurer aux producteurs hexagonaux une priorité d'accès aux marchés publics. Le RN voulait également en finir avec la stratégie européenne "De la Ferme à la Fourchette", qui vise notamment à réduire de 50% l'utilisation de pesticides d'ici à 2030. 

Prix planchers à gauche

À gauche, la mise en place de prix plancher pour garantir une rémunération minimale aux agriculteurs fait partie des mesures d'urgence que le Nouveau Front populaire souhaite prendre, dans les quinze jours qui suivraient son accession au pouvoir. Pour y parvenir, il s'agirait de taxer "les superprofits des agro-industriels et de la grande distribution"

Dans son programme, la coalition de partis de gauche consacre un volet entier à l'agriculture baptisé "Pour une agriculture écologique et paysanne". Un volet qui comprend cinq mesures :

  • Annuler l’accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (CETA) ; Renoncer à l’accord du Mercosur et protéger les agriculteurs de la concurrence déloyale ;
  • Interdire l’importation de toute production agricole ne respectant pas les normes sociales et environnementales de la France ;
  • Lutter contre l’accaparement des terres et permettre à chaque agriculteur qui souhaite s’installer, d’accéder à une exploitation pour préserver le modèle agricole familial ;
  • Soutenir la filière du bio et l’agroécologie, encourager la conversion en bio des exploitations en reprenant leur dette dans une caisse nationale et garantir un débouché aux produits bio dans la restauration collective ;
  • Rétablir le plan Ecophyto, interdire le glyphosate et les néonicotinoïdes avec un accompagnement financier des paysans concernés. 

Actuellement expérimentée en Gironde, la Sécurité sociale de l'alimentation, une allocation de 150 euros par mois pour consommer local, ne fait pas partie des mesures retenues par le Nouveau Front populaire.

Pas de consigne de vote

Contactés, les trois principaux syndicats agricoles (FNSEA, Coordination rurale et Confédération paysanne) ne donnent, à l'heure où nous publions ses lignes, pas de consigne de vote.

Du côté de la Confédération paysanne 87, son porte-parole Philippe Babaudou se contente de préciser " ne surtout pas voter Rassemblement national"  car "c'est un programme qui n'est pas en rupture avec le libéralisme". Un comité départemental se déroulera lundi 24 juin pour déterminer si l'organisation syndicale, classée à gauche, appellera à voter pour le programme du Nouveau Front populaire ou non.

Jointe par téléphone, la Coordination rurale se revendique quant à elle "apolitique" et indique simplement avoir transmis une lettre à tous les candidats dans laquelle le deuxième syndicat agricole réaffirme sa volonté de revenir sur bon nombre de dispositions prévues dans le projet de loi d'orientation agricole. "On espère que cette fois, on sera entendu", ajoute Amélie Rebière, sa porte-parole corrézienne.

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