Sécheresse inédite en Limousin : quelles perspectives pour l'avenir ?

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Écrit par Colyne Rongere .

La sécheresse sévit durement en Limousin. Elle n'est plus exceptionnelle et devient même récurrente depuis plusieurs années. Ce phénomène, directement lié au dérèglement climatique et à l'activité humaine, touche l'ensemble de la population.

L’été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré en Europe. Sur cette période, le Limousin a été frappé par une sécheresse historique. Le phénomène est certes moins visible que les méga feux qui ont dévasté la Gironde, mais c’est une véritable rupture de la normalité qui inquiète les observateurs.

Des cours d’eau à sec

A ce jour, sur le bassin de la Vienne, près de 45 % des cours d'eau sont actuellement sans écoulement ou en assec, sans eau. "C'est une situation inédite et grave, car elle impacte particulièrement la vie de l’écosystème. Il y a un dysfonctionnement majeur des fonctionnements des cours d'eau" confie Stéphane Loriot, directeur de l'Etablissement public territorial du bassin de la Vienne.

L’amont de la Vienne et de la Creuse reposent sur un sol granitique, peu perméable. Cela favorise les ruissellements de surface et donc le développement d’un réseau de cours d’eau. Les pluies sont en principe importantes, mais en cas de sécheresse, ce réseau est soumis à une grande fragilité.

Face à une telle situation, la préfecture rappelait le 14 septembre que l’état des ressources en eaux souterraines et de surface restait “dégradé” : “Les quelques pluies orageuses et la persistance de températures élevées n’ont pas permis à ce stade d’améliorer l’état des ressources en eau et les sols sont toujours très secs. (...) Des pluies régulières et sur une durée longue seront nécessaires afin que les sols et les sous-sols retrouvent des taux d’humidité dans les normales.

En Haute-Vienne, se sont plus de la moitié des cours d'eau qui sont taris et les mois prochains s'annoncent encore secs.

L’importance des eaux invisibles

Depuis le début de l'été, dans les foyers du Limousin, l’eau sort encore sans peine des robinets . Si les conséquences de la sécheresse sont moins visibles pour les citoyens que les méga feux de Gironde, par exemple, les conséquences sont elles bien présentes.

En juillet, une partie de la Corrèze a été placée en état alerte renforcée pour la sécheresse. Alors, certaines communes ont dû trouver des solutions pour ravitailler les administrés, les captages n'ayant plus un débit suffisant.

C’est le cas dans le bassin de la Xaintrie, notamment sur la commune de Saint-Privat, qui a eu recours à des camions citernes pour approvisionner quotidiennement le réseau d’eau potable cet été.

"C'est assez dramatique car cela devient récurrent. Et surtout, c'est de plus en plus tôt, car là nous sommes en juillet, pas encore en pleine période d'étiage qui se situe fin août - début septembre", se lamentait Joël Beylel, le président du syndicat des eaux, au début de l’été 2022.

Tout cela est la conséquence directe d’un niveau particulièrement bas de la Glane qui en temps normal, approvisionne le bassin de la Xaintrie.

Sécheresse : quel avenir ?

Au 17 septembre 2022, la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne étaient encore en situation de crise, le plus haut niveau de la sécheresse. Cette situation inédite inquiète les observateurs. "La sécheresse n’est pas terminée et la situation reste critique. Ce n'est pas parce que cela se rafraîchit un peu que cela est réglé", rappelle Antoine Gatet, porte-parole de association Sources et rivières du Limousin.

"Nous sommes dans un cycle hydrologique très particulier qui est lié aux erreurs monumentales que nous avons faites en aménageant les milieux, nous avons détruit les haies, nous avons fait trop de remembrement, nous avons détruit les zones humides", ajoute-t-il.

Si le phénomène de sécheresse n’est pas nouveau, les scénarios projetés sur le long termes sont inquiétants, avec une diminution la ressource en eau .

En cause, l’augmentation des températures, les sécheresses à répétition et de plus en plus longues. En effet, d’après l’Etablissement public territorial du bassin de la Vienne, les débits d’étiage  "naturels", c’est-à-dire le débit minimal des cours d’eau,  présentent des tendances à la baisse importantes à l’horizon 2050.

Les simulations actuelles rendent déjà compte d’un allongement de cet étiage. Ce dernier concerne habituellement la période juillet août. Actuellement, il se déclenche plus précocement au printemps pour s’allonger vers l’automne.

Cette sécheresse particulièrement intense cet été 2022 laisse présager d'éventuels phénomènes climatiques tels que des pluies diluviennes et inondations pour l'automne à venir.

"Paradoxalement, nous nous sommes aperçus ces dernières années que nous pouvions passer d'un état de sécheresse à des états de pluies très abondantes en quelques jours. C'est effectivement un risque", confiait Stéphane Loriot, directeur de l’Etablissement public territorial du bassin de la Vienne, dans Dimanche En Politique le 11 septembre 2022.

Quelles solutions face à la sécheresse ?

"La situation d'aujourd'hui impose de prendre en considération une autre voie, de changer le fonctionnement de nos sociétés pour prendre en compte ce dérèglement climatique", confie Stéphane Loriot.

Chaque jour, un Français consomme en moyenne 146 litres d’eau. Pour rappel, en Limousin :

  • 50 % de la consommation en eau va à l’agriculture.
  • 40 % aux usages domestiques.
  • 10 % à l’industrie.

Des alternatives pour l’agriculture ?

Pour conserver les zones humides, le programme Sources en action mis en place il y a une dizaine d’années s’adresse notamment aux éleveurs du Limousin. Une action essentielle pour préserver la ressource en eau, selon Antoine Gatet, porte-parole de l’association Sources et rivières du Limousin.

Pour les agriculteurs limousins, cette période de forte sécheresse fait suite à plusieurs épisodes météorologiques comme le gel, la grêle et les canicules, particulièrement dévastatrices. Les quelques millimètres de pluie tombés ces dernières semaines leur permettent a peine de souffler un peu.

"Cela a permis un peu de verdoiement avec une reprise des écoulements d'eau et des sources dont nous avons tant besoin", confie Joël Bialoux, agriculteur (FDSEA) et membre du comité sécheresse de la Creuse.

Conséquence de cette sécheresse, les éleveurs limousins ont du s'adapter pour économiser leurs ressources en eau. "Nous emmenons moins d'eau aux animaux", explique notamment Joël Bialoux. "Il y a aussi actuellement beaucoup de discussions sur les haies pour que les bêtes puissent trouver de l'ombre".

Afin de trouver d'autres solutions, "je pense que nous avons besoin de travailler avec des associations environnementales et que c'est d'ailleurs déjà le cas en Creuse." ajoute-t-il.

La question de l'eau ne touche pas que le monde agricole, elle concerne tout un ensemble d'acteurs. Pour Bernard Drobenko, juriste spécialisé dans le droit de l’eau, ancien candidat EELV aux municipales à Limoges, il s'agit d'abord de " concerter en bassins et sous-bassins, tous les usagers (tourisme, industrie, économie, particulier) et surtout prendre en compte la capacité des milieux, préserver la biodiversité, les écosystèmes aquatiques. A partir de cela, une discussion sur les perspectives des usages pourra être opérée. Les acteurs doivent déterminer les usages acceptables et non-acceptables."

D'après Antoine Gatet, porte-parole de l’association Sources et rivières du Limousin, c'est le modèle agricole actuel, "à bout de souffle" selon lui qui devrait être repensé.

"Ce que nous attendons des responsables agricoles, c'est de participer et de faire une transition écologique. Dans le cadre des Assises de l'Eau, le monde agricole s'est engagé à réduire de 25 % ses consommations en eau, nous attendons des mesures concrètes de ces réductions de consommation et non pas des mesures qui recaptent encore plus de ressources pour un modèle à bout de souffle."

Joël Bialoux, agriculteur (FDSEA) et membre du comité sécheresse de la Creuse, avance lui aussi des possibilités de méthodes alternatives sur les élevages. "Il est vrai que certaines plantes, nous y travaillons depuis quelques années, des luzernes, des trèfles violets qui demandent moins d'azote et qui permettent de mieux passer les épisodes caniculaires.

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