Les Fonderies du Poitou, 40 ans d'histoire et de rapports compliqués avec Renault

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Écrit par Marie-Ange Cristofari
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Alors qu'un appel à la grève a débuté lundi soir à 22h, à la prise de service de l'équipe de nuit, les 320 fondeurs alu attendent de savoir si un repreneur s'est manifesté avec un plan de reprise crédible. L'usine jumelle de la Fonte a, elle, déjà cessé de se battre en juillet dernier. Vient donc l'heure de vérité pour l'Alu. Retour sur le destin de ces usines, pièces maîtresses du bassin industriel de Châtellerault, symboles de quatre décennies d'histoire de la sous-traitance automobile.

Les Fonderies du Poitou et Renault, impossible d'évoquer les unes sans citer le constructeur français, quasi unique donneur d'ordre au fil de la production et créateur de ce site d'Ingrandes, tout près de Châtellerault. Car à l'origine, il n'y avait qu'une seule entreprise, créée par la Régie.

À la fin des années 70, Renault souhaite poursuivre le développement de filiales externes pour ses besoins en fonderie (comme la Société Bretonne de Fonderie et de Mécanique, future Fonderie de Bretagne), plutôt que d'embaucher et de faire grossir encore son berceau historique de Boulogne-Billancourt.

Les syndicats des fondeurs, tout au long de leurs luttes face aux repreneurs successifs, n'auront d'ailleurs eu de cesse d'espérer un retour dans le giron de la maison-mère, et de réclamer la pression des gouvernements successifs pour que les engagements ou investissements promis se concrétisent.

Le temps de la croissance et des records

  • 1978 : c'est l'acte fondateur de ce site de sous-traitance automobile à Ingrandes (86). René Monory, à l'époque ministre de l'industrie (puis de l'économie) et président du conseil général de la Vienne, met en avant le territoire de Châtellerault auprès de Renault pour l'implantation.
  • 1981 : démarrage de la production en mai. Une partie du site est dédiée à la fonte et la production de carters, l'autre à l'aluminium pour la fabrication de culasses.  

En ce début des années 80, beaucoup de conflits sociaux se succèdent dans cette entreprise naissante. Et, déjà en 1983, il est question de baisses de commandes de Renault, la maison-mère, et de la recherche d’autres clients avec, en parallèle une plus grande automatisation des machines.

Dans un reportage de décembre 1983, Édith Cresson, alors ministre du Commerce extérieur, et dont le Châtelleraudais est le fief, parle de "la fonderie la plus moderne d’Europe".

  • 1985 : les deux fonderies emploient 750 salariés pour une production de 5 000 carters, 5 500 culasses. Ces éléments servent à équiper les Renault 9 et 11.  
  • 1987 : cap du million de carters par an est franchi pour la fonte.
  • 1991 : 881 employés, sans compter les 80 intérimaires et les sous-traitants.  

Le début des difficultés

Première alerte en 1993 : un plan social est annoncé puis annulé par la suite, grâce à des aides gouvernementales et surtout grâce à un net redressement des commandes. Des embauches sont même décidées.

  • 1998 : les Fonderies du Poitou changent de mains pour la première fois. Mises à part celles du Mans, toutes les fonderies filiales de Renault sont vendues au groupe italien Teksid (branche sidérurgique de Fiat).
  • 2001 : c'est la scission en deux entreprises distinctes : Fonderie alu / Fonderie fonte.

La valse des repreneurs

Alors que la fonte reste longtemps propriété de Teksid, pour les fondeurs alu, c'est le début de vingt ans de crises périodiques et de longues batailles sociales avec, toujours en toile de fond, des inquiétudes sur la fidélité de Renault, son niveau de commandes et leurs renouvellements.

  • 2002 : rachat de l'alu par l'Américain Questor.
  • 2007 : Bavaria prend les commandes, c'est un fonds de pension allemand, spécialisé dans le rachat d'entreprises industrielles, automobiles notamment.
  • 2010 : acquisition par Montupet. Cette entreprise française, basée notamment à Châteauroux, est un spécialiste européen de l'aluminium destiné à l'automobile.

A ce moment-là, la Fonderie du Poitou Alu emploie plus de 500 personnes. Mais en juillet 2011, l'annonce par la direction d'un plan de compétitivité marque le début d'une longue période conflictuelle, ponctuée par un placement en redressement judiciaire en 2011-2012. Le dossier devient très politique. Tous les candidats à l'élection présidentielle de 2012 défilent au chevet des salariés en lutte. Au premier rang, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (dans son costume de présidente de région) se livrent un duel à distance pour sauver l'usine.

  • 2012 : reprise de l'alu par l'équipementier automobile Saint-Jean Industries.
  • 2014 : Teksid cède la Fonderie Fonte au groupe 3A Industrie.
  • 2019 : Les deux fonderies sont rachetées par Liberty.
  • 2021 : Placement des usines en redressement judiciaire en avril. La Fonte est liquidée fin juillet, faute de candidats. Les 290 salariés sont licenciés.

Au fil des années, aucun des propriétaires successifs des Fonderies du Poitou n'aura réalisé d'investissements conséquents, ni réussi à trouver d'autres marchés ou débouchés.

Ces derniers mois, plusieurs fonderies françaises, lâchées par Renault, ont mis la clé sous la porte. Parmi les raisons, outre une moindre rentabilité que les concurrentes étrangères, figurent aussi la transition énergétique et l'électrification des moteurs. 

Ce mois de janvier 2022 est un nouveau moment de dénouement pour les 320 fondeurs alu. Ils ont entamé ce lundi soir à 22h, à la prise de service de l'équipe de nuit, une journée de grève de 24h. Ils sauront dans la matinée si le repreneur chinois a concrétisé son intérêt pour leur site industriel avec une lettre d'intention.

Pour l'instant, les commandes de Renault les portent jusqu'en 2025. C'est toujours, à ce jour, le quasi-unique client de l'usine.

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