L'Ariège créé son propre Parlement avenir montagne, pour peser dans les débats sur l'ours et le pastoralisme

La première réunion du Parlement avenir montagne, fondé par le département de l'Ariège, la Fédération pastorale et la Chambre d'agriculture, s'est tenue jeudi 25 novembre 2021, à Rimont dans l'Ariège. Objectif : que cette nouvelle instance devienne l'interlocutrice privilégiée sur les questions des grands prédateurs dans les Pyrénées, notamment les ours.

Une instance de gouvernance locale, regroupant plusieurs acteurs du territoire, destinée à porter la voix des élus et des Ariégeois sur "les problèmes posés par les grands prédateurs" – l'ours, surtout – dans le département : c'est la vocation du Parlement avenir Montagne (PAM) 09, dont la première réunion s'est tenue jeudi 25 novembre 2021 à Rimont, dans l'Ariège. 

Hasard malheureux du calendrier, alors que les tensions entre pro et anti-ours se sont accentuées après l'attaque d'un chasseur par une ourse, qui a ouvert le feu et tué l'animal, lors d'une battue à Seix le samedi 20 novembre. Si la création du PAM a été dans les têtes depuis plus d'un an, "aujourd'hui, le sujet prend encore plus de sens au regard des événements survenus ce week-end dans les Pyrénées Ariégeoises", affirme le Conseil départemental. 

"Alerter les pouvoirs publics"

"Cette instance [à ne pas le confondre avec le Parlement de la montagne, une instance régionale distincte créée en 2018, ndlr] est issue de beaucoup de choses : de la présence de l'ours et de sa population grandissante, évidemment, mais aussi des différentes alertes que l'on a lancé sur la prédation, et sur l'économie pastorale qui est mise à mal", explique Christine Téqui. 

Cofondé avec la Chambre d’agriculture et la Fédération pastorale, le PAM 09 est surtout né d'un constat, presque unanime parmi ses créateurs : "Le temps a fait son effet [sur l'augmentation de la population de l'ours dans l'Ariège, ndlr], mais rien n'a été fait" de la part de l'État pour sa gestion, résume la présidente du Conseil départemental de l'Ariège, qui a plusieurs fois estimé que la cohabitation entre l'homme et les ursidés était impossible. 

"Refléter le territoire"

Voté à l'unanimité lors de la séance plénière du Conseil départemental d'Ariège du 25 octobre 2021, le PAM 09 devrait être composé d'élus locaux, du conseil départemental, des syndicats agricoles, des fédérations de chasse et de pêche, des professionnels de la montagne... Afin de "refléter au mieux le territoire", soutient Christine Téqui. Cinq places ont aussi été réservées à l'État, qui n'a pour l'instant pas souhaité les pourvoir. 

Concernant la présence ou non des associations environnementales, favorables à la présence de l'ours, dans le PAM 09, la présidente du Conseil départemental a estimé lors de la séance plénière que seules celles "représentatives du territoire"  sont invitées. À savoir que les conditions pour "représenter" le territoire sont d'avoir son siège social en Ariège et au moins 50 adhérents. 

Ce qui restreint considérablement le panel, les associations de protection de l'ours les plus actives n'étant pas basées dans le département (mais à Toulouse pour Pays de l'ours - Adet, ou encore Marseille pour Ferus, par exemple). 

Réguler la population d'ours

Objectifs affichés du PAM 09 : "mettre en lumière les points de rupture, alerter les pouvoirs publics et proposer des solutions à court et long terme" sur les sujets ayant trait aux grands prédateurs présents sur le territoire ariégeois.

Christine Téqui espère que ce parlement deviendra un acteur incontournable dans le débat sur l'ours et le pastoralisme dans l'Ariège, après avoir beaucoup critiqué "l'opacité" et le manque de concertation autour du programme de protection Life Ours Pyrénées (aujourd'hui temporairement mis à l'arrêt)

"C'est important, car il y a longtemps que l'on mène ce combat contre la prédation", se félicite Alain Servat, président de la Fédération pastorale. "Et même, au-delà de la prédation, c'est le territoire qui est attaqué. On a le sentiment d'être mis sous cloche. Depuis 25 ans, on a jamais été entendus".

Le PAM va nous emmener cette légitimité, car il n'y a pas que des pastoraux ou des chasseurs avec nous, mais aussi le monde économique et touristique, qui nous soutiennent dans ce ras-le-bol.

Alain Servat, président de la Fédération pastorale

à France 2 Occitanie

Les membres fondateurs du PAM 09 ne s'en cachent pas : ce qu'ils souhaitent, c'est la régulation pure et simple de la population d'ours (puis, plus tard, du loup). "On ne peut pas laisser une population, quelle qu'elle soit, se développer à outrance sans qu'il n'y ait de gestion", affirme Alain Servat.

Pour les associations, cette régulation n'a pas lieu d'être. En 2020, ils étaient une soixantaine d'ursidés à arpenter les Pyrénées centrales et orientales, selon le Réseau ours brun. "Cette population n'est pas viable", expliquait Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'ours - Adet. "C''est la plus petite d'Europe, et donc la plus menacée".  

Subsiste la peur d'une Ariège "rayée de la carte" selon les mots de Christine Téqui, où les ours régneraient en maîtres dans des parcs naturels et où les bergers n'existeraient plus. "Nous ne pourrons jamais nous résoudre à une sanctuarisation de l’espace que nos prédécesseurs ont patiemment et respectueusement humanisés", abondait Jean-Paul Ferre, maire de Vernajoul et vice-président du conseil départemental, lors de la séance plénière du 25 octobre. 

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