Agriculture : l'Aude fait son salon à la ferme

Une miellerie à visiter à Montolieu ou une chèvrerie dans le Haut-Cabardès. 11 exploitations agricoles ouvrent leurs portes dans l’Aude. Pour déjouer l’annulation du salon de l’agriculture et aller à la rencontre d’un monde paysan qui veut rester acteur de son territoire.

Des fromages artisanaux au programme de ce "salon à la ferme" audois auquel deux chèvreries participent.
Des fromages artisanaux au programme de ce "salon à la ferme" audois auquel deux chèvreries participent. © Thomas Hollard

D’habitude, ils "montent à Paris", avec quelques bêtes ou des échantillons de leur production. Cette année, pandémie oblige, pas de Salon de l’agriculture. Alors partout en France, 200 agriculteurs et éleveurs de la Confédération paysanne ont décidé de "faire salon" chez eux, en accueillant le temps d’un week-end ou deux les visiteurs désireux de mieux connaître les fermes et leurs habitants.

Retrouvez d'autres portraits d'agriculteurs et d'éleveurs avec l'opération #NousPaysans de Francetélévisions. (voir carte interactive en fin d'article).

Dans l’Aude, 11 exploitations de paysans adhérents à la Confédération paysanne participent à l’opération. Parmi eux, Thierry et ses abeilles à Montolieu, au nord du département et Justine, éleveuse de chèvres dans le Cabardès.

"Aux Couleurs miel"

Ça fait 3 ans qu’ils sont installés à Montolieu. Au bord d’une petite rivière du village des livres, Anne et Thierry Pucheu se sont lancés seuls dans l’aventure. A 40 ans passés, ils n’ont pas eu le coup de pousse financier concédé aux jeunes agriculteurs. Mais ils ont su développer leur exploitation : 400 ruches qu’ils transhument dans tout le département et jusqu’en Ariège pour profiter des différentes floraisons.

Thierry Pucheu, au chevet de ses ruches dans la garrigue de Montolieu.
Thierry Pucheu, au chevet de ses ruches dans la garrigue de Montolieu. © Aux couleurs miel

Et c’est cette passion pour les abeilles que Thierry veut partager avec les visiteurs le week-end prochain en leur faisant découvrir sa miellerie, même si le moral des apiculteurs est loin d'être au beau fixe en ce moment...

Une exploitation impactée par la pandémie...

8 sortes de miel, et en temps normal une bonne clientèle avec le nouvel engouement pour la nourriture naturelle. Leur production, d’habitude ils la vendent en direct dans leur épicerie de la ferme, sur les foires et marchés ou sur internet, où ils ont lancé un site de e-commerce il y a deux ans. Mais l’année 2020 a été catastrophique : un chiffre d’affaires divisé par deux avec l’annulation des grandes foires et évènements où ils écoulaient leurs miels, notamment à l’automne quand les clients font des stocks d’énergie saine pour l’hiver.

Pour tenter de diversifier leur commercialisation, ils expérimentent depuis décembre 2020 un nouveau circuit court en participant tous les vendredis après-midi au drive fermier toulousain (DFT) qui propose des produits de la région aux habitants de la ville rose, mais pour l’instant, c’est loin de compenser les pertes.

Lancé en 2016 avec la chambre d'agriculture, le DFT permet la vente directe de produits fermiers à Toulouse.
Lancé en 2016 avec la chambre d'agriculture, le DFT permet la vente directe de produits fermiers à Toulouse. © Trait d'union paysan

… et la fragilité des colonies d’abeilles

Comme de trop nombreux apiculteurs en France, à Montolieu Thierry doit faire face à la raréfaction des abeilles. Pollution des produits phytosanitaires, attaques du varois et surtout l’ennemi principal ici, le frelon asiatique qui décime les ruches en se postant à l’entrée et en tuant les butineuses qui en sortent. Résultat, des ruchers affaiblis qui ont bien du mal à résister.

Avant, le taux de ruches à renouveler était de 20 à 30%. Maintenant, je dois en changer près de 50% chaque année. La moitié des colonies à réinstaller chaque année, ça représente beaucoup de travail supplémentaire. 

Thierry Pucheu, apiculteur à Montolieu

Thierry fait de la reproduction et de l’élevage d’abeilles dans la garrigue autour de Montolieu pour "recharger" ses ruches. Et c’est tout ce processus pour tenter de contrer la fragilisation des abeilles qu’il explique aux visiteurs lors du "salon à la ferme", en espérant aussi que son miel fasse de nouveaux adeptes.

"L’agriculture familiale, on peut en vivre"

C’est une éleveuse de chèvres, Justine Bianconi qui l’affirme. Elle et son compagnon Thomas sont installés à Fontiers-Cabardès avec une quarantaine de bêtes, des alpines chamoisées.

Ils fabriquent et vendent leurs fromages sur les marchés environnants et à Carcassonne et ont bien du mal à satisfaire toute la demande. L’activité de la chèvrerie du Colombier fait vivre le couple et ses enfants plus une employée à mi-temps.

Pour l'instant, on est une cinquantaine d’éleveurs de chèvres dans l’Aude et on pourrait créer beaucoup plus d’exploitations ! 

Justine Bianconi, éleveuse à Fontiers-Cabardès

La demande dépasse souvent l'offre pour les fromages de chèvres sur les marchés audois.
La demande dépasse souvent l'offre pour les fromages de chèvres sur les marchés audois. © Le Colombier

Justine est également active à la Confédération paysanne de l’Aude où elle est co-porte-parole du syndicat. Parce qu’elle est persuadée que l’agriculture, l’approche alimentaire et la priorité humaine ne sont pas dissociables.

Cultiver mieux pour manger mieux

"Nous on voudrait une PAAC, c'est-à-dire une politique agricole ET alimentaire commune" revendique Justine.
 Alors que les enjeux d’une alimentation plus saine et plus respectueuse de l’environnement deviennent incontournables, les moyens engagés en Europe pour la politique agricole sont trop déconnectés de cette préoccupation.C’est l’analyse que partagent de nombreux paysans engagés dans une agriculture à taille humaine.

Les petits élevages de chèvres, comme celui du Colombier de Fontiers-Cabardès, n'ont guère de place dans la PAC...
Les petits élevages de chèvres, comme celui du Colombier de Fontiers-Cabardès, n'ont guère de place dans la PAC... © Thomas Hollard

Privilégier les circuits courts, la transformation et la vente des produits sur place. Autant de valeurs que Justine et d’autres exploitations familiales voudraient développer. Mais qui s’opposent au modèle plus répandu de l’agro-alimentaire européen voir mondial.

L’exemple ubuesque de la filière chevreaux

"L’an dernier, la pandémie du Coronavirus a montré aussi les aberrations de l’économie agricole actuelle" explique Justine Bianconi.

D’habitude au printemps, nos chevreaux partent pour être engraissés dans le Lot avant d’être vendus en Italie… Mais au printemps dernier, la frontière a été fermée à cause du Coronavirus et la France s’est retrouvée avec ces chevreaux et agneaux sur les bras…

Justine Bianconi, porte-parole Confédération paysanne Aude

"Nous on préfèrerait pouvoir exploiter cette filière ici" analyse Justine. "Ça pourrait créer une exploitation supplémentaire qui transformerait et vendrait la viande de chevreau localement. Seulement voilà, depuis que l’abattage à la ferme est interdit et que la plupart des abattoirs sont fermés, à part celui de Quillan qui est à une heure de route, c’est impossible !"

 C’est d’ailleurs pour cela que les fermiers se battent pour un abattoir mobile dans l’Aude. Le projet est déjà bien avancé et regroupe de nombreux éleveurs. Une revendication du retour de l'abattage à la ferme qui fédère les paysans dans toute l'Occitanie. Dans l'Hérault, ça se met en place.

Lutter contre la disparition des petits paysans

Justine a ouvert son domaine au public le premier dimanche de ce salon de l’agriculture "décentralisé". L’occasion, pour elle, de sensibiliser aussi les décideurs politiques locaux aux problèmes des agriculteurs. Les exploitations de taille familiale se raréfient dans l’Aude, où près d’un tiers des fermes ne sont pas reprises ou sont absorbées par de plus gros domaines, lorsque le chef d’exploitation prend sa retraite.

Justine Bianconi, passionnée par la sauvegarde du modèle paysan, devant les visiteurs de l'opération "De ferme en ferme" en 2017.
Justine Bianconi, passionnée par la sauvegarde du modèle paysan, devant les visiteurs de l'opération "De ferme en ferme" en 2017. © Le Petit Journal

Et en filigrane la crainte d’une agriculture toujours moins vivrière. Pour Justine, comme d’autres petits paysans, l’investissement massif de la Région Occitanie dans l’infrastructure portuaire de Port-la-Nouvelle accélèrera l’exportation et l’importation de céréales. Au détriment d’un possible développement des circuits locaux et du retour à une alimentation de proximité pour plus d’autosuffisance.

Les rendez-vous du "Salon à la ferme"

Pour échanger avec les agriculteurs audois engagés dans l’opération "Le salon à la ferme", connaître leurs problèmes et leurs espoirs et en profiter pour prendre un bon bol d’air, tous les rendez-vous sur la carte interactive.

Voir en plein écran

N.B. La Chèvrerie du Colombier n’était disponible que dimanche dernier, mais pour les amateurs de biquettes, une autre ferme accueillera les visiteurs le week-end prochain : Les Chamoises, à Lainière dans les Hautes-Corbières. Rachel y élève plus d’une quarantaine de chèvres à 400 mètres d’altitude et fabrique en famille une quinzaine de variétés de fromages, du Pélardon au yaourt en passant par la tome.

Opération #NousPaysans

Quels sont les visages de l’agriculture d’aujourd’hui ? Pour les découvrir, cliquez sur un point, zoomez sur le territoire qui vous intéresse ou chercher la commune de votre choix avec la petite loupe. Bonnes balades au cœur du monde paysan.

 

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