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Bébé congelé de Lasbordes : début du procès de la mère devant la cour d'assises à Carcassonne

C'est dans ce pavillon de Lasbordes, entre Castelnaudary et Carcassonne dans l'Aude, que le corps d'un bébé a été retrouvé dans le congélateur familial en juin 2010 - archives. / © F3 LR
C'est dans ce pavillon de Lasbordes, entre Castelnaudary et Carcassonne dans l'Aude, que le corps d'un bébé a été retrouvé dans le congélateur familial en juin 2010 - archives. / © F3 LR

Les faits remontent à juin 2010. Le corps d'un bébé était retrouvé dans un congélateur par le père de famille. La mère, âgée de 34 ans à l'époque, s'est dénoncée aux gendarmes de Castelnaudary. Elle est jugée du 8 au 10 avril devant la cour d'assises de l'Aude pour homicide volontaire sur mineur. 

Par Carine Alazet avec Alexandre Grellier

L'audience s'ouvre à 14h. 

L'accusée va pouvoir longuement s'exprimer.

Karine E., 43 ans aujourd'hui, comparaît libre devant les jurés de la cour d'assises de l'Aude à Carcassonne.

L'accusée est toute menue, fluette, elle semble peu assurée dans ses réponses, à la présidente de la cour d'assises, Sylvie Chamayou.

Après son arrestation, elle a été placée sous contrôle judiciaire pendant trois ans, avec un bracelet électronique.

Son compagnon de l'époque, qui a découvert le bébé congelé dans leur maison de Lasbordes, s'est constitué partie civile mais ne s’est pas présenté à l’audience.

Une accusée malmenée par la vie

Les éléments mis au jour lors de l'enquête de personnalité font le portrait d'une jeune femme malmenée par la vie.

Son enfance est marquée par l’alcoolisme de sa mère. "Elle préférait boire que s’occuper de nous".

Sa mère meurt dans un accident de voiture, à cause de l’alcool quand l'accusée avait 20 ans.

La famille s’est écroulée, et sa vie est devenue encore plus chaotique.

J’ai fait de très mauvaises rencontres, notamment un petit ami qui me frappait, ça a duré trop longtemps.

Pendant 10 ans, Karine E. subit les violences de cet homme. Elle avorte deux fois, la première à 22 ans parce qu'elle ne voulait pas d'enfant avec ce compagnon brutal.

Par la suite, elle rencontre Alexandre, le père de son fils. C'est un coup de foudre, le couple emménage très vite ensemble et a un petit garçon, "le seul moment où je me suis sentie utile".

J’ai eu beaucoup de chances de le rencontrer. J’ai eu la chance d’avoir un petit garçon que j’aime plus que tout au monde même si j’ai failli partir après ce que j’ai fait. Car j’estimais que quelqu'un qui avait fait ça ne méritait plus d’être là. Mais je suis contente d’être restée pour lui.

Après les faits, elle a fait une tentative de suicide et a séjourné en hôpital psychiatrique.

Je ne me pardonnerai jamais ce que j’ai fait. Ça a bousillé tellement de vies, la mienne c’est pas grave mais j’ai emporté tellement de gens dans mon sillon.

Le procès devant la cour d'assises de l'Aude qui s'est ouvert ce lundi 8 avril à 14h à Carcassonne, 9 ans après les faits,  devrait durer 3 jours.

Témoins et experts sont attendus demain mardi 9 avril.

L'accusée risque la réclusion criminelle à perpétuité.



Retour sur les faits : juin 2010


L'affaire éclate par hasard le 13 juin 2010. Un père de famille de Lasbordes, commune audoise située entre Carcassonne et Castelnaudary, trouve dans le congélateur familial le corps d'un nouvé-né.

Le bébé est enroulé dans une serviette et enveloppé d'un sac plastique.

Sa compagne, mère de leur garçon de 15 mois, est à un vide grenier avec une amie.

L'homme l'appelle immédiatement. Karine E. lui répond sans chercher à nier.

Je n’ai rien fait, je n’ai pas voulu faire du mal.

Le couple vit en concubinage depuis deux ans, elle est aide à domicile, il est chauffeur routier. Ils s'occupent aussi de l'enfant né d''une union précédente du concubin.  la femme va être longuement entendue. 

Très vite, la mère de famille se rend à la gendarmerie de Castelnaudary, avec son compagnon et ses beaux-parents, pour expliquer que c'est elle qui a placé le nouveau-né dans le congélateur juste après sa naissance.


Le rappel des faits avant l'ouverture du procès, Alexandre Grellier et Frédéric Guibal :
 

 

Un déni de grossesse à l'origine de l'infanticide


Selon Francis Battut, le procureur de Carcassonne, interrogé à l'époque, la mère, déjà maman d'un petit garçon, a expliqué, au début de l'enquête, qu'elle ignorait qu'elle était enceinte.

Le 10 janvier 2010, elle a eu de fortes contractions à la suite d'une chute et a accouché seule.

Elle dit qu'elle n'a pas entendu crier ni pleurer ce bébé. Elle a coupé le cordon ombilical avec un ciseau, enveloppé dans une serviette et l'a placé dans un sac plastique au congélateur.

Le récit de l'accusée aux gendarmes en 2010

Karine E. dit n’avoir pris conscience de son état qu’au bout du cinquième mois de grossesse.

Le jour de l’accouchement, elle était à son domicile et s’occupait des deux enfants.

Elle a fait une chute et est allée se reposer après avoir couché les enfants.

A son réveil, elle est prise de douleurs au ventre et à l’abdomen.

Elle perd les eaux et accouche en pleurant.

Elle n’a que peu de souvenirs de l’accouchement mais a raconté aux enquêteurs qu’elle pensait qu’elle ne pourrait pas assumer aussi vite son deuxième enfant.

Elle a placé le petit dans une serviette et un sac poubelle et l’a amené au garage. Ce n’est que dans un second temps qu’elle placera le nouveau né au congélateur.

Elle a dit aux enquêteurs ne pas éprouver de remords car elle avait vécu son accouchement en spectatrice.
Une couche culotte a été retrouvée dans le sac poubelle avec l’enfant.

Le nouveau-né était bien vivant

Pour la mère, 34 ans à l'époque, le bébé n'était pas vivant.

Des déclarations contredites par les expertises médicales : l'enfant était bien vivant à la naissance.

La mère est donc poursuivie pour homicide volontaire sur mineur de 15 ans.


Reportage de Jean-Pierre Laval et Jacques-Michel Cuniasse le 15 juin 2010 : 
 



 

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