Coronavirus : “sans protection, on devient des serial killers”, infirmiers et médecins saisissent le Conseil d'Etat

Le Conseil d'Etat tranchera sur le nom de la question Occitanie le 7 juillet 2017. / © Creative Commons/georgemoga
Le Conseil d'Etat tranchera sur le nom de la question Occitanie le 7 juillet 2017. / © Creative Commons/georgemoga

Le syndicat des infirmiers libéraux Infin'idels présidé par une infirmière de l'Aude et le SMAER syndicat de médecins libéraux, ont déposé un référé devant le Conseil d'Etat. Objectif : contraindre l'Etat à fabriquer d'urgence les matériels de protection nécessaires aux soignants.

Par Josette Sanna

Au bout du fil, l'énergie et la détermination. Celles de Michelle Drouin-Anin. Infirmière dans les Corbières, dans l'Aude, la professionnelle de santé ne mâche pas ses mots. Elle qui préside Infin'idels le syndicat de défense des infirmiers libéraux a saisi le Conseil d'Etat pour obliger le gouvernement à produire et à réquisionner du matériel de protection (masques, lunettes, surblouses, charlottes) pour permettre aux soignants de se protéger et de protéger leurs patients du coronavirus.

"Depuis le début de l'épidémie, on nous promet des livraisons de masques qui n’arrivent pas ou en quantité insuffisante ou qui ne protègent pas. On nous livre des masques chirurgicaux de mauvaise qualité alors qu’il faudrait des FFP2. On en a dont les élastiques se déchirent, des masques périmés... Nous avons eu 18 masques par personne ! Une quantité ridicule. Quant à la fiabilité n'en parlons pas :lorsque l'on a des patients infectés avec des charges virales massives, nous ne sommes pas protégés".

J’ai une collègue qui a reçu des masques pour enfant

"On a eu une première livraison il y a 15  jours, une deuxième cette semaine mais pas pour tout le monde. Il ne nous faut pas que des masques : en priorité il nous faut aussi une surblouse, des sur-chaussures, des gants, des lunettes, des charlottes pour pouvoir les enlever quand on sort de chez quelqu’un de facon à ne pas transporter le virus dans la voiture et dans un autre domicile."
 

Soigner, pas contaminer

"Pour des patients non contaminés un masque suffit mais si on va chez quelqu’un de contaminé, on est obligé d’adapter notre protection pour ne pas être vecteur de contamination".

Le syndicat a donc déposé ce recours car les professionnels sont en danger mais aussi les patients : " En n'étant pas protégés nous devenons des vecteurs de contamination et ce d'autant plus que nos patients sont pour la plupart âgés, fragiles et immuno-déprimés."

 On a besoin de se protéger comme quand on entre dans la cage aux lions :

"C’est comme quand on entre dans une cage aux lions, et qu’on en sort. Là on peut lâcher son fouet et ses protections. On parle de choses que l’on connaît : il faut protéger les patients et il ne faut pas que l’on s’infecte nous mêmes…"

On ne doit pas amener le virus à des patients en chimio ou en dialyse : cela va les tuer ! Un patient dialysé qui attrape le COVID va mourir.


Serial killers

"Cette angoisse qui pèse sur les soignants peut faire de nous des serial killers, ajoute Michelle Drouin-Anin. L'Etat ne nous donne pas les moyens de limiter la catastrophe, c’est horrible".
Et l'infirmière de poursuivre : "Concernant les masques, le stock d’Etat a disparu. Il n’existe plus. On n’a pas les 15 millions de masques que l’on devrait avoir pour un pays parmi les plus riches au monde comme la France."

Danger

La mise en danger d'autrui, le fait d'être un vecteur de transmission du virus ont motivé le référé devant le Conseil d'Etat. Cette plainte devant le Conseil d’Etat doit mettre l’accent sur ce point là car nous n' avons pas de réponse du tout. 

On demande de fait la réquisition car il y a suffisamment d’usines en France pour fabriquer des masques et du matériel de protection d’urgence.


Michelle Drouin-Anin pointe la situation dans les DOM TOM. Encore plus catastrophique : "A la Réunion ils ont été livrés avec des masques moisis ;  En Corse, ils ont eu des masques périmés, assure-t-elle. Dans les îles, ils sont encore plus dépendants de la livraison du matériel d'Etat". 

Le référé deposé vendredi dernier doit être examiné cet apres midi, jeudi 26 mars, en visio-conférence. Le syndicat SMAER d'Aix-en-Provence et la Fédération des médecins libéraux de France se sont greffés à la procédure engagée.

Ils demandent la possibilité de tester tout le monde et l'emploi de la chloroquinine.

Je suis infirmière depuis 1978  et je n'aurais jamais pensé que l'on vivrait cela 

Michelle Drouin-Anin s'insurge enfin contre le comité d'experts qui entoure le président de la République : "Je suis scandalisée que - dans ce comité d'experts - il n’y ait pas de représentant de la profession d’infirmiers alors que l’on est parmi les mieux formés au monde".
 



 

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