Distillation de crise dans la viticulture : ça va commencer en Occitanie

Un milliard de litres : c’est la quantité de vin qui n’aurait pas été consommée en Europe pendant le confinement. Des hectolitres qui menacent aujourd’hui de saturer le marché et de tirer les prix à la baisse. La distillation de crise espère limiter la casse.

Les cuves sont pleines.
Les cuves sont pleines. © F3 LR F.GUibal

C’est le député européen audois Eric Andrieu qui avait alerté  parmi les premiers, en avril dernier, en interpellant les autorités sur Facebook (voir ci-dessous). Car les ventes des rayons « liquides » ont chuté de 3% sur les huit semaines de confinement par rapport à la même période l’année dernière (source IRI).

 

 

Vider les cuves et limiter la casse financière

 

Pour les coopératives, comme pour les vignerons indépendants, outre la fragilisation des trésoreries, le risque était réel de ne plus avoir de place dans les cuves à la mi-août, quand commenceront les vendanges 2020. Mais il s'agit aussi de garantir un minimum financier convenable, explique Jérôme Despey, chargé du dossier à France Agrimer :

 

Pendant la crise, on a vu des négociants proposer des tarifs très bas, mais payés immédiatement « au cul du camion », à des producteurs aux abois, qui pouvaient être tentés pour générer un peu de trésorerie. Si les producteurs ont un minimum garanti par la distillation, ça maintient les prix. Le but c’est de moraliser le marché.

 

Jérome Despey, le président de la chambre d'agriculture de l'Hérault.
Jérome Despey, le président de la chambre d'agriculture de l'Hérault. © MAXPPP

 

Pour passer la crise, les viticulteurs français avaient estimé les besoins en distillation à 3 millions d’hectolitres. A titre indicatif, selon les années, le Languedoc-Roussillon produit entre 9 à 12 millions d’hectolitres de vins. 

Mais l’Europe, qui finance le dispositif à hauteur de 145 millions d’euros, ne leur en a pas accordé autant : les producteurs français pourront distiller 2 millions d’hectolitre de juin à septembre. A des tarifs très intéressants : 78 euros par hectolitre pour les vins d’appellation et 58 euros pour les vins sans Indication Géographique Protégée.

 

 

« La crise va faire partir des gens du métier ! »

 

« Une distillation, ce n’est jamais bien, ce n’est jamais bon signe. Mais les prix obtenus pour celle-ci sont historiques, c’est du jamais vu ! », apprécie Frédéric Rouanet du Syndicat des vignerons. En 2009, dernière année où une campagne de distillation de crise avait eu lieu, les prix étaient plus proches des trente euros par hectolitre. Mais Frédéric Rouanet  précise aussitôt :

 

 Des vins qui se vendent normalement à 120 euros l’hectolitre vont se retrouver à 78 euros… Ca va faire des dégâts. La crise va faire partir des gens du métier.

 

Frédéric Rouanet, représentant des vignerons de l'Aude, en discussion avec le sous-préfet de Céret - 23/05/2017
Frédéric Rouanet, représentant des vignerons de l'Aude, en discussion avec le sous-préfet de Céret - 23/05/2017 © Frédéric Guibal

 

Concrètement, les viticulteurs qui sont intéressés peuvent, depuis le vendredi 04 juin, se rapprocher de la distillerie  la plus proche pour  y inscrire une partie de leur production. Ce sont les distilleries qui paieront les viticulteurs, et l’Europe remboursera à l’automne. La souscription est ouverte jusqu’au 19 juin. Pour l’instant, certains sont tentés de jouer la montre :  « Il y a une petite prime au stockage qui permet d’attendre un peu : certains espèrent vendre plus tard, à de meilleurs prix», explique Frédéric Rouanet.

 

Des distilleries sur le pied de guerre

 

 

A Rieux-Minervois, dans l’Aude les 33 salariés de la distillerie du groupe Grap’Sud, se préparent à un surcroît d’activité dans les prochaines semaines. Habituellement, la période estivale marque une pause dans leurs activités : les produits des vendanges sont plutôt distillés entre l’automne et le printemps. Et l’été est donc consacré à d’autres productions (colorants alimentaires ou acide tartrique, par exemple). Cette année, la distillation de crise devrait les occuper une bonne partie de l’été : « La période permet une certaine souplesse et nous permet d’avoir du temps disponible pour cette activité. Sur l’ensemble de nos quatres distilleries, on devrait pouvoir traiter entre 60 et 72 000 hectolitre par semaine », explique Yoann Maillard, le directeur marketing du groupe. Mais les bénéfices de la société coopérative ne vont pas exploser pour autant :

 

Les aides collent aux coûts de production, ils vont surtout payer pour les coûts industriels. Mais on est content car on rend service : c’est notre raison d’être, notre métier.

 

Les premières livraisons de vins sont attendues en milieu de semaine à Rieux-Minervois. La distillation devrait commencer en début de semaine prochaine.

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