Aude : la pétition au Sénat pour interdire la chasse les mercredis et dimanches inquiète les chasseurs

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Écrit par Alexandre Grellier
Le département de l'Aude compte, au 17 novembre 2021, un peu moins de 10 000 titulaires du permis de chasse.
Le département de l'Aude compte, au 17 novembre 2021, un peu moins de 10 000 titulaires du permis de chasse. © FTV/Frédéric Guibal

Une pétition a été initiée début septembre 2021 sur le site du Sénat, visant à interdire la chasse certains jours. Ayant franchi le seuil des 100 000 signatures, elle devrait faire l'objet d'un examen par les sénateurs. Le monde de la chasse se mobilise.

C'est une pétition initiée par des proches de Morgan Keane, ce jeune aveyronnais décédé d'une balle perdue en décembre 2020, alors qu'il coupait du bois dans son jardin. Mise en ligne sur le site internet du Sénat en septembre 2020 et intitulée "Morts violences et abus liés à la chasse : plus jamais ça !", elle a déjà recueilli plus de 119 000 signatures. 

Aménager la chasse

Le texte propose de nombreux aménagements à la pratique de la chasse, parmi lesquels "une formation plus stricte et un renforcement des règles de sécurité", un meilleur "contrôle et suivi des armes de chasse et des comportements à risque" ou encore "des sanctions pénales à la hauteur des délits commis". Mais la proposition principale consiste à interdire la pratique de la chasse le mercredi et le dimanche. Pour les auteurs de la pétition, "l'inquiétude et l'insécurité ressenties en période de chasse par les usagers de la nature non-chasseurs est intolérable."

Une pétition qui sera examinée au Sénat

Une déclaration de guerre pour le monde de la chasse, qui s'inquiète des suites. Rappelons que les pétitions qui réunissent plus de 100 000 signatures en moins de six mois font l'objet d'un examen au Sénat par la conférence des présidents, qui réunit notamment tous les groupes parlementaires ainsi que les présidents de commissions. L'organe peut alors décider de créer une mission de contrôle, d'inscrire à l'ordre du jour un texte législatif ou de débattre en séance publique.

Dans l'Aude, un département qui compte un peu moins de 10 000 chasseurs à jour de leur permis de chasse, la pétition ne passe pas.  A 72 ans, Michel Galinier pratique encore régulièrement la chasse à l'aide de ses deux chiens. En ce mois de novembre, il piste le petit gibier, dans un bois de pin à Villeneuve-minervois. "Le mercredi et le dimanche, ce sont des jours où les gens sont libres. Les chasseurs sont comme tout le monde, ils travaillent. Et donc si on interdit la chasse ces jours-là, il n'y aura plus de chasse !", s'exaspère le retraité.

Les chasseurs estiment avoir fait des efforts

Même inquiétude à la Fédération départementale des chasseurs de l'Aude. Son président Yves Bastié ne cache pas sa lassitude. Car les chasseurs estiment avoir fait de nombreux efforts en matière de sécurité ces dernières années. Avec notamment un permis de chasse réformé il y a une vingtaine d'année, incluant une épreuve pratique et une autre théorique. Une autre réforme, votée en 2019, impose une formation "sécurité" à tous les titulaires d'un permis (y compris, donc, à ceux qui l'ont eu avant l'instauration d'un examen).

"Dans l'Aude il n' y a plus eu d'accidents depuis des années. On réunit régulièrement les présidents des clubs de chasse, la formation est soutenue. On rappelle aux chefs de battue leur rôle, leur responsabilité pénale en cas d'accident... Qu'est ce qu'on peut faire de plus ? " s'interroge Yves Bastié.  Qui rappelle aussi l'importance des chasseurs dans la lutte contre les sangliers qui font de gros dégâts chez les agriculteurs : en 2020, plus de 10 000 battues aux sangliers ont ainsi été menées dans le département.

Les chasseurs peuvent en tous cas compter sur un soutien de poids, audois lui aussi : Alain Péréa, le député LREM  de la deuxième circonscription de l'Aude. Chasseur, et surtout vice-président du groupe "chasse" à l'assemblée nationale, il est l'un des principaux relais de ce petit monde auprès de la majorité. "La nature n'appartient pas à tout le monde", estime le député, qui poursuit : "Quand vous allez vous promener au milieu des vignes ou dans un champ de betteraves avec votre chien le week-end, vous êtes  sur une propriété privée. Le chasseur a le droit d'y être mais vous, vous n'avez pas le droit d'y être ! Les gens qui portent cette pétition sont en train de nous dire : les chasseurs qui ont le droit d'y être seront exclus pour que moi, qui n'ai pas le droit d'y être, puisse aller me promener." 

Une contre-pétition en ligne

La capacité de mobilisation du monde rural ne doit pas être sous-estimé. En septembre dernier, 20 000 chasseurs s'étaient rassemblés à Mont-de-Marsan pour défendre la ruralité. le combat ne fait que commencer : depuis lundi, une autre pétition est apparue sur le site du Sénat intitulée "Dénigrement des chasseurs, tireurs et amateurs d'armes : ça suffit !" Elle a réunit 69 signatures en un peu plus de 48 heures.

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