Aveyron : un sans-abri délogé d'un terrain de l'université Champollion

Il s'était installé au pied d'un escalier de secours du campus universitaire de Rodez. Un sans-abri de 72 ans a été délogé le jeudi 8 avril au matin, en application d'une décision de justice pour "occupation illégale du domaine public". 

Le "Monsieur du viaduc" vivait au pied de cet escalier de secours de l'université Champollion à Rodez depuis décembre 2019.
Le "Monsieur du viaduc" vivait au pied de cet escalier de secours de l'université Champollion à Rodez depuis décembre 2019. © Matthias Julliand

De son petit campement, il ne reste plus rien. Au pied de l’escalier en colimaçon attenant à l’une des façades de l’université Champollion à Rodez, le ménage a été fait et une grille avec portique est en cours d’installation.

En face, de l’autre côté de la route, à l’arrêt de bus, un homme, la barbe longue et blanche, regarde sans émotion disparaître l’abri de fortune. « Ce n’est pas la première fois que je suis délogé » lâche-t-il.

Le « Monsieur du viaduc »

Vous ne connaitrez pas son nom. Il ne le souhaite pas. Ni son histoire. Il ne veut pas. Sans domicile fixe depuis « 2 800 jours », le compte est précis. Un accident de la vie, comme il peut en arriver à chacun d’entre nous. Nous l’appellerons le « Monsieur du viaduc ». Il a 72 ans.

A Rodez, beaucoup le connaissent, au moins de vue. Les passants s’arrêtent parfois pour discuter ou lui proposer une aide. Au début, il s’est installé sous le pont qui relie le centre-ville au quartier de Bourran, de l’autre côté de la vallée. Puis, « pour une question de salubrité publique », la mairie lui a demandé à plusieurs reprises de s’en aller. Ce qu’il a fini par faire.

« En aucun cas, nous ne l’avons délogé ou expulsé » précise Pierrick Gaudy, le directeur général des services de la ville. L’intéressé lui n’est pas forcément du même avis. En décembre 2019, il pose ses valises à quelques mètres de là, sur un terrain propriété de l’université Champollion… encore une fois au mauvais endroit !

Persona non grata

« Nous n’avions pas le choix » regrette, amer, David Kahn, responsable du campus universitaire de Rodez. « Il obstruait le seul escalier qui permet une évacuation en urgence des niveaux 1, 2 et 3 de nos bâtiments ». Pourquoi le déloger plus d’un an après son arrivée ? « Nous avons été mis en demeure par  la ville de Rodez suite au passage de la commission départementale de sécurité. C’était soit ça, soit la fermeture des lieux ».

Saisi, le tribunal administratif de Toulouse a rendu son jugement le 31 mars dernier et validé la demande d’expulsion pour « occupation illégale du domaine public ».

Un matin d’avril

Sans le savoir, le « Monsieur du Viaduc » venait de passer là, l’une de ses dernières nuits. A 8 h 30 du matin, ce jeudi 8 avril, des policiers sont venus lui annoncer qu’il ne pouvait plus rester. « Ce n’est vraiment pas une satisfaction de devoir faire ça » lance à travers son masque l’un deux. Ils lui laisseront le temps de rassembler ses affaires, de remplir quelques sacs non sans lui avoir proposé, « une nouvelle fois », une solution de relogement.

Laissés sur le trottoir, le "Monsieur du viaduc" ne sait plus où poser ses sacs.
Laissés sur le trottoir, le "Monsieur du viaduc" ne sait plus où poser ses sacs. © Matthias Julliand

Un accompagnement social et médical

La préfecture de l’Aveyron, comme le conseil départemental de l’Aveyron, n’ignorent rien de la situation du septuagénaire. Son nom est évoqué régulièrement au sein de l’instance dite des « majeurs vulnérables » dans laquelle siègent différents acteurs (santé, social, police, justice, etc.).

« Il fait l'objet d'un suivi régulier, en lien avec les médecins de la Permanence d'Accès aux Soins de Santé du centre hospitalier de Rodez et les travailleurs sociaux et psychologues de l'association La Pantarelle » explique Pierre Bressolles, directeur de cabinet de la préfecture.

Et de préciser : « Comme c'est le cas depuis de nombreuses années, une solution d'hébergement a de nouveau été proposée ces derniers jours et encore au moment de son expulsion. La difficulté est que toute main tendue pour un hébergement ou un appui social est systématiquement refusée par l'intéressé ».

« Je resterai là, avec mes chats »

Sur le trottoir, quatre ou cinq sacs sont soigneusement alignés. Ils resteront là, toute la matinée. Leur propriétaire ne sait pas encore où les poser. La solution de relogement ? « Je ne veux pas laisser mes chats. Ils sont sauvages. Ils ne me suivraient pas ». Ces chats qui l’entourent, prennent soin de lui depuis toutes ces années. « Ils m’ont sauvé la vie, vous savez ».

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